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HORSE GIRL de Jeff Baena : l’avis de Fred

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Horse Girl
Père : Jeff Baena
Date de naissance : 2019
Majorité : 07 février 2020
Type : Disponible sur Netflix
Nationalité : USA
Taille : 1h44 / Poids : NC
Genre : Drame psychologique

Livret de famille : Alison Brie, John Ortiz, Debby Ryan…

Signes particuliers : Bouleversante Alison Brie.

PORTRAIT D’UNE TROUBLÉE

L’AVIS DE FRED SUR HORSE GIRL

Synopsis : Sarah, une jeune femme marginale passionnée de loisirs créatifs, de chevaux et de séries policières surnaturelles, voit ses rêves de plus en plus étranges prendre le pas sur la réalité.

Un tissu se scinde pendant que deux employées discutent dans un petit magasin artisanal. Sur le ton de la plaisanterie, Joan explique à son amie et collègue Sarah qu’elle a fait un test ADN pour en savoir plus sur ses origines. La conversation est en apparence anodine mais pour Sarah, le simple fait de lui rappeler ce qui la définit intrinsèquement va se révéler capital pour comprendre le basculement qu’elle s’apprête à vivre.

Aux yeux de tous, elle est juste cette jeune fille un peu bizarre et effacée. Le film nous présente son quotidien tristement banal, partagé entre son travail et sa solitude sentimentale. Ses refuges pour y pallier ? Les visites à un cheval qu’elle connaît depuis l’enfance, ses cours de zumba où elle peut se défouler et une obsession maladive pour une série policière/surnaturelle ridicule (jouée par deux guest stars prestigieuses en ce domaine). Déjà, quelque chose cloche… Chacune des échappatoires de Sarah amène son lot de situations ou de regards extérieurs oscillant entre la pitié et le jugement facile. Prise entre des crises de somnambulisme et des pertes de mémoire, la jeune femme commence à vaciller… Toutefois, le véritable point de rupture est à chercher le jour de son anniversaire : alors que Joan lui offre en cadeau le test ADN dont elle lui avait parlé, Sarah fait la rencontre d’un prétendant idéal le temps d’une soirée arrosée. Au terme de celle-ci, elle se met à rêver d’un lieu étrange où des inconnus et elle-même paraissent avoir été kidnappés dans leur sommeil. Le lendemain, sur son lieu de travail, elle croise par hasard une de ces personnes enlevées qu’elle croyait avoir imaginée…

La folie, cette maladie rampante qui construit savamment son nid à l’intérieur d’un être sans que celui-ci n’ait le temps de réaliser son ampleur… À cause de son passé familial, Sarah est consciente de porter les germes de ce mal à l’intérieur d’elle, en avoir connaissance est déjà en soi une manière de le nourrir par la peur que cela induit. D’un côté, en ce sens, il y a ce test ADN ne pouvant que raviver ses craintes d’incarner génétiquement un douloureux héritage (sa fixation sur le clonage en sera l’émanation) mais, de l’autre, il y a aussi cette rencontre amoureuse synonyme d’un avenir jonché de nouvelles inconnues. C’est sans doute cette concomitance très proche d’émotions contradictoires qui va précipiter Sarah dans le gouffre de ses pires peurs et l’éloigner toujours un peu plus de la réalité.

À partir de ce moment, Horse Girl va nous montrer comment la folie va envahir son hôte en puisant dans tout ce qui l’entoure dans le but de faire disparaître sa rationalité. Que cela soit sa solitude, les thématiques risibles de sa série favorite, les délires conspirationnistes d’Internet, un traumatisme d’enfance dont elle ne peut se défaire, le non-sens des paroles d’un vagabond devant son magasin ou encore le système US vis-à-vis des personnes dans la même souffrance qu’elle, tout ce que croise l’esprit contaminé de Sarah est désormais susceptible d’être interprété de façon à alimenter sa folie jusqu’à son paroxysme. Désemparé devant la noirceur qui dévore cette héroïne à laquelle il s’était si rapidement attaché, le spectateur n’a plus d’autre choix que de suivre l’ampleur incessante de sa descente aux enfers psychologique en espérant qu’elle ne soit pas irréversible.

C’est d’ailleurs peut-être pour éviter de totalement sombrer dans les ténèbres que Horse Girl tente de maintenir le flou sur la teneur de certains événements qui, comme Sarah, nous interrogent sur leur possible véracité et laissent une brèche à d’autres issues plus incroyables. En jouant sur les amnésies répétitives de son héroïne, l’approche va se révéler plutôt astucieuse pour parvenir à donner un peu de lumière à ce propos terriblement angoissant (la quintessence de nos fragilités humaines) et surtout, exalter une densité métaphorique en parfaite adéquation avec le caractère naïf de son héroïne lors d’un dernier acte préférant opter pour une conclusion vue sous un angle bien plus poétique que radicalement nihiliste.

Évidemment, Horse Girl n’a pas l’apanage d’être le premier film à traiter d’un tel sujet, bien d’autres (et plus grands) sont passés avant lui. Toutefois, il est impossible de nier que ce long-métrage est complètement transfiguré par la force de conviction de son interprète principale Alison Brie. Impressionnante dans la montée en puissance de la folie, la comédienne livre clairement ici la plus belle prestation de sa carrière dans un rôle qu’elle a coécrit. On pourrait bien sûr citer d’autres qualités comme la mise en scène de Jeff Baena (quelle dernière demi-heure !) ou la partition musicale du tandem Josiah Steinbrick/Jeremy Zuckerman; Beaucoup de choses concourent à donner une sincérité d’âme à ce Horse Girl mais si on devait n’en retenir qu’une, rien ne pourrait battre Alison Brie. Ce serait une folie de ne pas le souligner.

BANDE-ANNONCE :

Par Fredéric Serbource

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