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GLASS de M. Night Shyamalan : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Glass
Père : M. Night Shyamalan
Date de naissance : 2018
Majorité : 16 janvier 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h23 / Poids : NC
Genre : Drame, Fantastique

Livret de famille : James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson, Anya Taylor-Johnson, Spencer Treat Clark, Luke Kirby…

Signes particuliers : Shyamalan déconstruit (ou reconstruit) la figure du super-héros.

LA BOUCLE EST BOUCLÉE

LA CRITIQUE DE GLASS

Synopsis : Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

Après des années très difficiles marquées par un déclin artistique faisant écho à une terrible panne d’inspiration, M. Night Shyamalan a entamé une renaissance fascinante sous le chapiteau Blumhouse. La modestie du studio de Jason Blum lui a permis de calmer sa mégalomanie jadis décriée, et de puiser au fond de lui de quoi se relever après une série d’échecs fossoyeurs (After Earth, Le Dernier Maître de l’air...). D’abord, avec le found footage The Visit, une petite remise en jambe très efficace. Puis surtout avec Split, pierre angulaire de ce qui va devenir un coup de maître. Au détour d’une scène surprise, l’isolé Split est devenu une sorte de vraie/fausse suite à son célèbre Incassable, et le film de transition menant aujourd’hui à Glass, boucle géniale concluant une trilogie dessinée sur 18 ans où trois œuvres se répondent et se rendent hommage… pour ne former plus qu’un. Les univers fusionnent et Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy se réunissent dans ce périlleux long-métrage qui se voudrait comme un film unique que l’on pourrait découvrir détaché des deux autres sans vraiment y parvenir, tant ce serait le réduire à trop peu. Car la réalité est que Glass est relié veines et sang à Split et Incassable. Ensemble, les trois longs-métrages forment un tout assez brillant questionnant en profondeur la figure du super-héros, la mode accrue des super-héros, ou le rapport entre humanité et mythologie. Glass est un apport qui permet de réinterpréter Incassable sous un nouveau jour… Ou quand un cinéaste réinvente fabuleusement une partie de son œuvre sur le tard…

Déroutant, c’est sans aucun doute le terme qui conviendra le mieux pour définir l’essence de Glass, film de super-héros aux antipodes de ce que le genre nous balance à outrance entre Marvel et DC. Ici, point de boulimie d’effets spéciaux clinquants, point d’action frénétique ou de méli-mélo de storylines trépidantes. Surtout, Glass ne rejoue pas l’éternel affrontement d’un super-méchant contre un ou des super-gentils. Tout se veut plus fin, plus malin, plus existentiel, plus humain en un sens. Les enjeux sont ancrés dans un réel palpable, la notion d’héroïsme est distordue dans un regard original, et Glass avance masqué, en préservant ses cartes pour nous emmener vers sa finalité sans que l’on ne voit rien venir. La lenteur et le statisme minimaliste de l’entreprise risque de faire mal à ceux qui ne pénétreront pas de tout leur être dans cette fable fantastique, mais pour les autres, quelle entreprise fascinante ! Glass est un tour de passe-passe qui se montre à la fois éperdument amoureux de la culture geek des comics, autant qu’il s’efforce d’y apporter quelque chose de neuf, de la retravailler en profondeur en s’élevant vers des thématiques nouvelles et passionnantes.

Il y a 18 ans, Incassable réfléchissait à la question de savoir qu’elle était notre place dans le monde. Avec Glass, Shyamalan s’interroge davantage sur ce que nous sommes, les maîtres isolés de notre destin ou les instruments d’un tout plus grand qui nous forge autant qu’il nous motive ou nous entrave. Et une fois notre place trouvée, qui veut-on être ? Qui peut-on être ? Le prolongement est très intéressant mais il ne s’arrête pas là. En son temps, Incassable travaillait les notions de Bien et de Mal en déconstruisant la figure type du héros. Cette fois avec Glass, il est davantage question de montrer que la frontière s’est altérée, qu’il est devenu difficile de résumer des oppositions héroïque de façon aussi binaire et manichéenne. D’Incassable à Glass, on se rend compte que Shyamalan a accompagné l’évolution du mythe du super-héros, et son travail peut éblouir de virtuosité tant dans le fond que sur la forme, à condition de ne pas y voir une pseudo-ritournelle mollement intellectualisée avec une prétention à peine dissimulée cachant un faux coup de génie et une vraie arnaque. Deux opinions radicales vont sûrement s’affronter à la découverte de ce déconcertant Glass et les débats entre partisans et détracteurs risquent de vite s’enflammer.

Mais outre une intelligence d’écriture que l’on espère sincère, Shyamalan impressionne par la manière dont il traduit ses idées en images. La perfection des cadrages, la minutie avec laquelle il filme les échanges, oppositions et dialogues, la façon dont il gère la tension dans ce qui s’apparente à un quasi huis-clos ou encore l’énorme travail sur le son, la musique en particulier, Glass est une cathédrale à la technique virtuose qui fourmille de corridors comme autant de détails et secrets que l’on pourra percer au gré des visionnages et revisionnages. A condition de supporter un manque de rythme certain qui fait autant partie de l’ADN d’un film anti-conventionnel, qu’il est une maladie affectant un peu ses nobles intentions. En bref, Glass est un film que l’on peut percevoir comme épatant même s’il a ce petit défaut d’en avoir trop conscience, un film mal-aimable et souvent exigeant, mais qui a tout pour devenir aussi culte qu’Incassable avant lui. Une chose est sûre, ce n’est pas une simple suite. Mais impossible de dire ce qu’il est exactement car ce serait gâcher la surprise concoctée malicieusement par Shyamalan et qui sous-tend un édifice voulu vertigineux et posant la question : au fond, qu’est-ce que l’héroïsme ?


BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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