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DETROIT de Kathryn Bigelow : la critique du film

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Carte d’identité :
Nom : Detroit
Mère : Kathryn Bigelow
Date de naissance : 2017
Majorité : 11 octobre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h23 / Poids : NC
Genre
: Drame, Thriller

Livret de famille : John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jason Mitchell, Jacob Latimore, Anthony Mackie, Hannah Murray, Jack Reynor…

Signes particuliers : Un choc qui pourrait bien se retrouver en pole position aux prochains Oscars.

L’AMÉRIQUE FACE À SES DÉMONS

LA CRITIQUE DE DETROIT

Résumé : Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés… 

1967, la nation américaine traverse une crise. Alors que la contestation de la guerre du Vietnam est grandissante, les tensions raciales deviennent de plus en plus irrespirables. En juillet, Detroit, la capitale du Michigan et cinquième plus grande ville des Etats-Unis, va connaître un embrasement inédit. Dans le sillage des violences policières récurrentes envers la communauté afro-américaine, une descente de police dans un bar clandestin va mettre le feu aux poudres. Durant cinq jours, les quartiers black de la ville vont se transformer en zone de guerre, opposant les oubliés révoltés à une police particulièrement violente. Avec le sobrement baptisé Detroit, la réalisatrice oscarisée Kathryn Bigelow revient sur cette sombre page de l’histoire américaine moderne. Sans grosse superstar pour ne pas parasiter l’importance du sujet qui se devait primer avant tout, Detroit s’appuie seulement sur de jeunes visages de la nouvelle génération, des Jason Boyega (Star Wars VII) Will Poulter (Le Labyrinthe) ou Jack Raynor (HHhH) pour illustrer ce qui restera comme une tragédie symptomatique d’un poison gangrénant la société américaine depuis bien trop longtemps.Avec Detroit, Bigelow signe un chef d’œuvre, ou du moins une œuvre qui y s’apparente de près. Véritable claque et probablement son meilleur film à ce jour, malgré les réussites indéniables qu’ont été Démineurs ou Zero Dark Thirty, le film sort précisément cinquante ans après les événements dont il se fait le témoin. Des émeutes emblématiques de la tension raciale qui régnait à l’époque. Seulement à l’époque ? À travers cet acte cinématographique commémoratif, Bigelow rappelle surtout que la question est toujours d’actualité, toujours un sujet sensible, toujours une plaie ouverte mal cicatrisée, qui démange encore le rêve d’une grande Amérique forte, fière et unie. Férocement engagé alors que son récit résonne avec l’actualité récente (on pense à Charlottesville et autres faits divers chroniques illustrant des tensions qui continuent de régner, voire connaissent une recrudescence), Detroit est non seulement un thriller apnéique immersif qui noue l’estomac de la première à la dernière minute, mais aussi un brûlot social plongeant dans l’histoire de la communauté noire pour mettre en exergue ses traumatismes passés, présents et probablement futurs.

Construit sur un canevas en trois parties, d’abord la contextualisation des faits et les contours du soulèvement populaire black, puis le drame du motel Algiers, point d’orgue tragique des émeutes, et enfin l’après et le procès qui s’en suivi, Detroit brille sur tous les niveaux de lecture qui s’offrent au spectateur, tant pour l’efficacité première et le pouvoir d’immersion d’un film qui réussit à captiver le spectateur en ne lui laissant aucune échappatoire, que pour son formalisme brut de décoffrage utilisant nerveusement et brillamment l’art de la caméra à l’épaule et du mélange fiction-archives, ou encore pour son intelligence de brûlot évitant de sombrer dans le manichéisme facile qui aurait pu naître de son propos. Car Bigelow s’applique à ne défendre personne si ce n’est une cause noble. Habile pour dépeindre les plus fins rouages d’une tragédie inéluctable, la réalisatrice s’applique à être honnête dans sa démarche, mettant en exergue les torts des uns et des autres, montrant certaines maladresses et l’ignominie des réactions.

Et outre la force et la puissance de ce thriller historique remarquable de pertinence, Kathryn Bigelow de prouver encore une fois, qu’elle est probablement l’une des meilleures cinéastes dans la gestion de la tension. C’est la boule au ventre que l’on traverse les deux heures et demi de ce Detroit, choc cinématographique tourné façon coup de poing dans l’estomac. La multiplicité des points de vue (un agent de sécurité noir, des policiers racistes, un chanteur qui voit son rêve de gloire s’effondrer, deux jeunes blanches spectatrices de l’horreur etc…) confère au film une large spatialité du traitement, qui permet à Detroit de faire le tour de son sujet sans jamais lui faire perdre son intensité dramatique et thématique. Inconfortable, résultat de son approche très immersive au plus proche de « l’action », Detroit est épais, dense, certes un peu sensationnalisme (ça reste du Bigelow quand même) mais l’impact est terrassant. A voir absolument !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

 

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