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SOUND OF METAL de Darius Marder : la critique du film

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Spectateurs

Carte d’identité :

Nom : Sound of Metal
Père : Darius Marder
Date de naissance : 2019
Majorité : 20 janvier 2021
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h02 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de Famille : Riz Ahmed, Olivia Cooke, Paul Raci…

Signes particuliers : L’un des très grands films à voir début 2021 au cinéma.

 

 

DE LA FUREUR DU BRUIT AU SILENCE ASSOURDISSANT

NOTRE AVIS SUR SOUND OF METAL

Synopsis : Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu’il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

 

Il y a des films qui peuvent supporter d’être vus sur sa télé, sur une tablette, dans un avion, peu importe. Leur futilité ne répond de rien. Et d’autres en revanche, qui ne peuvent s’exprimer autrement que dans une salle de cinéma. Sound of Metal est de ceux-là. Plus que de voir un film, c’est à vivre une expérience sensorielle que nous invite le réalisateur Darius Marder (scénariste de The Place Beyond the Pines) à travers l’histoire du batteur d’un groupe qui, du jour au lendemain, ressent de terribles acouphènes et apprend qu’il s’apprête à devenir sourd d’ici très peu de temps.

Quelle puissance ! Quelle maîtrise ! Quelle intensité ! Pour son premier long-métrage, Darius Marder frappe très fort sur la nouvelle scène cinématographique indépendante américaine. Un cinéaste est né en même temps qu’une œuvre magistrale, immersive, poignante, déstabilisante portée avec un talent au-delà de la conviction par Riz Ahmed.

En quelques scènes d’introduction, Sound of Metal nous fait comprendre très vite que l’on s’apprête à voir quelque chose de grand. Parce qu’il se dégage une forme de perfection immédiate qui saisit, captive et fascine les sens. Tout débute par une performance sur scène d’un groupe alternatif. Lou (Olivia Cooke) chante avec une voix électrisante au rythme des sons de sa guitare électrique. Derrière elle, Ruben est habité par la violence des coups qu’il assène sur sa batterie. Il est en transe, ruisselant, presque érotique, il vibre, il ressent ce qu’il joue. Cut. Le lendemain dans leur caravane d’artistes bohèmes, le couple vit avec douceur. Mais en quelques échanges simples et furtifs, Marder nous fait comprendre que ses personnages traînent un passif. Il nous échappe pour l’instant mais il est là et le cadre est planté. Quand le soir même, lors d’un nouveau concert, tout se fissure, ce que le film a déjà posé nous permet de comprendre vite et subtilement que tout va exploser en vol. Subitement, sans crier gare, Ruben ressent une gêne, il entend mal, étouffé, puis plus rien. Cette soudaine surdité aurait pu n’être qu’un petit souci passager mais voilà, Sound of Metal nous a déjà piégé dans une ambiance qui fait que l’on sait. En une fraction de seconde, on a compris que c’est grave, que plus rien ne sera comme avant, qu’une tragédie vient de couper l’élan passionnés de ces âmes proches de l’érosion.

La puissance de Sound of Metal est aussi assourdissante que ses silences. Elle est le fruit d’une conjoncture de vents de génie soufflant des quatre coins. Il y a d’abord l’impressionnante subtilité avec laquelle Darius Marder pose et impose son histoire, ses personnages, ses enjeux, soumettant instantanément le spectateur à leurs trajectoires et à leurs ressentis. Une connexion empathique s’installe tout de suite, sans résistance, à la force de quelques plans, quelques scènes, lesquelles posent le pari artistique radical qui va nous accompagner durant les deux heures. Sound of Metal va sans arrêt bousculer notre position et regard, tour à tour d’entendant et de non-entendant en faisant des allers-retours extérieur/intérieur. A l’extérieur, on entend, à l’intérieur, on est dans la peau de Ruben, on est sourd comme lui, on est fragilisé comme lui, on ne comprend pas ce qu’il se passe ni ce qu’il se dit, comme lui. Ce mouvement perpétuel renforce tout, aussi bien la puissance du son que l’angoisse de sa privation, rendant Sound of Metal extrêmement immersif, viscéral, vecteur d’intenses émotions. La mise en scène de Darius Marder y est pour beaucoup dans la maîtrise de ce procédé de va-et-vient et la force de ce qu’il communique. Le cinéaste affiche une virtuosité permanente exploitant un travail sidérant sur le son. Enfin, plus que jamais, un acteur est pour moitié dans la réussite du film. L’excellence du travail de Marder n’aurait sans doute pas été aussi fabuleuse sans l’excellence de la prestation de Riz Ahmed (Night Call, Venom, Rogue One). L’acteur redonne ses lettres de noblesse au terme « interprétation ». Habité à un point qui transcende sa fonction de comédien, Riz Ahmed est un Stradivarius entre les mains d’un virtuose. Il module avec une intensité dingue pour alterner puissance charismatique, présence sensuelle, terreur soudaine, désespoir, colère, rage, affrontement, apaisement…

Sound of Metal est l’histoire d’une vie contrainte et forcée de changer face à un drame qui balaie tout et ne laisse aucune chance. Quand il perd l’ouïe, Ruben perd tout son monde. A l’angoisse de l’ébranlement s’ajoute le regard les yeux dans les yeux avec de vieux démons qui rejaillissent. Il va devoir affronter tant sa nouvelle condition que son passé d’accroc à l’héroïne, si tentant pour surmonter aujourd’hui le choc. Riz Ahmed nous prend aux tripes, Darius Marder nous prend à l’âme, et Sound of Metal nous envahit totalement. Une claque assenée à coups d’instants de grâce qui traverse une œuvre pénétrante comme cet instant saisissant où le drame arrive, comme cette scène délicat où Ruben communique avec un enfant à petits coups de vibration. Magnifique…

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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