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LE DÉSERTEUR de Maxime Giroux : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : La Grande Noirceur
Père : Maxime Giroux
Date de naissance : 2018
Majorité : 21 août 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : Canada
Taille : 1h34 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Martin Dubreuil, Romain Duris, Sarah Gadon, Reda Kateb, Soko…

Signes particuliers : Une œuvre singulière.

UNE DRÔLE D’ALLÉGORIE DU MONDE DE DONALD TRUMP

NOTRE AVIS SUR LE DÉSERTEUR

Synopsis : Quelque part dans le monde, une guerre fait rage. Terrifié à l’idée d’être mobilisé, Philippe a fui Montréal pour se réfugier dans un Ouest américain aussi sauvage qu’hypnotisant. Il vit tant bien que mal de concours d’imitation de Charlie Chaplin. Mais la cruauté de l’humanité ne se limite pas aux champs de bataille, et Philippe ne va pas tarder à découvrir la face obscure du rêve américain. 

Maxime Giroux n’est pas un nouveau-venu de la scène cinématographique québécoise. Le cinéaste quadragénaire y œuvre depuis plus de dix ans déjà et si ses deux premiers longs-métrages n’avaient pas atteint nos frontières, son troisième avait été en revanche beaucoup plus remarqué après avoir volé la vedette au Mommy de Xavier Dolan au festival de Toronto. Félix et Meira avait ainsi pu pénétrer la porte de nos salles obscures et faire découvrir la délicate sensibilité du cinéma de Maxime Giroux. Si l’on n’avait été que peu réceptif à ce drame romanesque d’une lourdeur assommante, reste que l’on avait pu déceler du talent chez l’artiste, un talent qui ne réclamait qu’une œuvre plus accomplie pour mieux s’exprimer. Cinq ans après, le metteur en scène revient avec Le Déserteur, un nouvel effort qui n’a eu aucun mal à trouver un distributeur dans l’hexagone puisque derrière son acteur principal Martin Dubreuil (le Félix de Félix et Meira), on retrouve au casting des noms bien connus du public français, Reda Kateb, Romain Duris ou encore la chanteuse-comédienne Soko.

S’il s’avère très bancal dans le résultat de sa proposition finale alors qu’il tente beaucoup de choses sans forcément avoir toujours la maîtrise nécessaire pour valider ses intentions, Le Déserteur n’en demeure pas moins une œuvre curieuse, intéressante même, comme une sorte de petit ofni modeste qui essaierait d’apporter un soupçon de lumière dans une industrie si formatée. A l’heure où l’on aime les œuvres qui rentrent dans des cases, qui répondent aisément aux codes du marketing, qui s’adressent à des publics spécifiques et ne débordent pas trop hors du cadre type, Le Déserteur apparaît comme un film libre de toute attache. On ne sait jamais trop exactement où l’on est, on ne sait jamais trop exactement à quelle époque on est, et on ne sait jamais trop quel genre de film on regarde. Fresque aventureuse, road trip mélancolique, drame intimiste, film historique sur fond de guerre, thriller, tragédie burlesque… Le Déserteur navigue entre les eaux avec cette liberté qui lui sert de carburant pour avancer, et pour surprendre sans cesse avec cette opinion que le cinéma n’a pas à s’enfermer dans quoi que ce soit pour raconter une histoire. Maxime Giroux refuse d’ailleurs de s’enfermer, tant dans un scénario très narratif que dans une production rigidifiée par des conventions. Le cœur de ce petit étonnement fragile, c’est des rencontres. Celles que va faire un sosie de Chaplin tout au long de son périple pour échapper à l’horreur humaine qui se joue quelque part. Car Philippe a fui pour éviter d’être enrôlé et envoyé à la guerre. Il vagabonde dans l’Ouest américain et au fil des personnes qu’il va croiser sur sa route, cet ersatz de Charlot porteur d’une tendre douceur empathique sur son visage ne va que constamment croiser la noirceur humaine. Elle sera incarnée tour à tour par trois petites frappes, par Sarah Gadon, par Reda Kateb ou encore par Romain Duris. Comme si le monde était devenu trop pourri pour accueillir des hommes comme ce doux-rêveur grimé en Charlot, car le personnage chaplinien a été, est et restera un emblème cinématographique de l’innocence naïve. Alors qu’il traverse des paysages magnifiques et qu’il pourrait se rassasier de la beauté du monde, cet anti-héros délicatement tragicomique ne va avoir de cesse que d’expérimenter la médiocrité humaine.

De l’aveu de Maxime Giroux, la conception du film est née de l’avènement au pouvoir de Donald Trump, absurde Président puissant qui incarne aux yeux du réalisateur canadien (et de bien des gens à travers l’Amérique ou le monde), l’intolérance, la petitesse, la grossièreté, l’égoïsme et la malveillance. Le Déserteur est ainsi une allégorie où un homme bon va être plongé dans une spirale de méchanceté de plus en plus outrancière, les rencontres qui jalonneront son parcours devenant ainsi des symboles d’un monde en perdition, envahi par les ténèbres d’un pessimisme et d’un fatalisme effrayant. D’ailleurs, le titre original du film est La Grande Noirceur. Tout est dit.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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