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KOMPROMAT de Jérôme Salle : la critique du film

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Nom : Kompromat
Père : Jérôme Salle
Date de naissance : 2021
Majorité : 07 septembre 2022
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h07 / Poids : NC
Genre : Thriller

Livret de Famille : Gilles LelloucheJoanna KuligMikhaïl Gorevoï

Signes particuliers : Efficace.

Synopsis : Russie, 2017. Mathieu Roussel est arrêté et incarcéré sous les yeux de sa fille. Expatrié français, il est victime d’un « kompromat », de faux documents compromettants utilisés par les services secrets russes pour nuire à un ennemi de l’Etat. Menacé d’une peine de prison à vie, il ne lui reste qu’une option : s’évader, et rejoindre la France par ses propres moyens…

ESCAPING RUSSIA

NOTRE AVIS SUR KOMPROMAT

Lorsque le générique de Kompromat apparaît, il paraît difficile voire impossible d’imaginer que cette histoire incroyable ait été vécue par un Français. Et pourtant, en 2015, Yoann Barbereau, directeur de l’Alliance française (une organisation chargée de promouvoir la culture hexagonale à travers le monde) d’Irkoutsk en Sibérie orientale, est victime d’un Kompromat par le gouvernement russe. Concrètement, il s’agit d’une fausse accusation montée de toutes pièces, la plupart du temps à des fins politiques ou de déstabilisation diplomatique. À l’époque, l’homme de 36 a été accusé d’actes pédocriminels et enfermé dans une des prisons les plus rudes du grand froid soviétique. Après deux tentatives et trois ans de souffrance, il réussit à rentrer en France et à prouver son innocence.

C’est cette histoire sur laquelle planche Jérôme Salle depuis quatre ans maintenant. Le réalisateur a l’efficacité dans la peau, à l’image de ses œuvres haletantes, d’Anthony Zimmer à L’Odyssée, en passant par Largo Winch. Pour narrer ce récit extraordinaire, le cinéaste retrouve le romancier Caryl Férey, dont il a adapté le roman Zulu (avec Orlando Bloom et Forest Whitaker), qui cosigne le script de Kompromat.

Que retenir de cette œuvre ? C’est bien ce qui nous taraude une fois les portes de la sortie franchies. Car si Kompromat ne manque ni d’ambition, ni d’ampleur géographique, nous emmenant dans des recoins vides de toute humanité, ce thriller a bien du mal à embrasser sa dimension géopolitique. Alors que l’Europe vit actuellement une nouvelle Guerre Froide et que les relations franco-russes sont crispées comme rarement dans l’Histoire, le film de Jérôme Salle se voulait le porte-parole d’une violence sociale intrinsèque à une Russie encore hantée par les démons de l’URSS. Force est de constater que le cinéaste s’est restreint au point de vue purement humaniste de cette odyssée. Le personnage de Mathieu Roussel s’étale ainsi sur presque la totalité des scènes, traînant son injustice légitime comme une âme en peine. Difficile de ne pas être attendri par son destin tourmenté, qui trouve en Gilles Lellouche la marionnette idéale. Dans un registre qu’il maîtrise à la perfection (L’Enquête, Bac Nord ou cette année, Goliath), le comédien tient notre attention et notre émotion.

Mais c’est bien sur la mise en scène que le long-métrage refroidit nos attentes. En harponnant sa caméra sur son héros malheureux, Jérôme Salle se refuse à toute grandiloquence stylistique. D’une part, en limitant les décors pourtant très beaux à de simples checkpoints d’un récit balisé de toute part. Le long-métrage est alors si programmatique qu’il en vient à annihiler la tension de certaines séquences. D’autre part, le réalisateur semble si préoccupé par ses retournements qu’aucune conscience politique ne s’échappe de Kompromat, qui se contente d’éructer ses clichés occidentalistes avec peu de subtilités. Dès lors, aucune possibilité de réellement se projeter dans ce thriller d’évasion qui doit beaucoup à ses ainés (de La Grande Evasion à Papillon), dont la simple ambition se résume à montrer, sans jamais interroger ou élever, une histoire rocambolesque pourtant hautement politique.

Kompromat est alors à peu près tout ce qu’on peut attendre de sa ligne promotionnelle. Un thriller engageant, qui dispose d’un sens aiguisé du rythme, renforcé par le charisme inné de Gilles Lellouche, décidément taillé pour être l’homme seul contre tous. Mais c’est bien là l’unique attrait de cet œuvre qui, pas révolutionnaire pour un sou, aura bien du mal à marquer son époque. Involontairement dépassé par son contexte géopolitique, Kompromat souffre d’une innocence qui le condamne à stagner comme une production de moyenne gamme. Ni mauvaise, ni géniale. Mais agréable et oubliable.

 

Par Louis Verdoux

One thought on “KOMPROMAT de Jérôme Salle : la critique du film

  1. Juste gênée par quelques invraisemblances concernant le rôle de « sauveteuse » de la fille de ce haut dignitaire du régime.
    Contradiction entre cette relative facilité qu’elle a à apporter de l’aide et l’environnement écrasant, étouffant, liberticide voire carrément terroriste ds lequel baigne la Russie mais surtout, elle.
    Sinon, film bien fait. Correspondant à ce qui se sait de ce décidément pauvre pays

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