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KOKO-DI KOKO-DA de Johannes Nyholm : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Koko-Di Koko-Da
Père : Johannes Nyholm
Date de naissance : 2019
Majorité : 13 novembre 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : Danemark, Suède
Taille : 1h26 / Poids : NC
Genre : Thriller

Livret de famille : Leif Edlund, Ylva Gallon, Katarina Jacobson…

Signes particuliers : Bizarre, bizarre…

UN CAUCHEMAR EN BOUCLE

NOTRE AVIS SUR KOKO-DI KOKO-DA

Synopsis : Pour surmonter les problèmes que traverse leur couple, Elin et Tobias partent camper au coeur de la forêt suédoise. Mais des fantômes de leur passé resurgissent et, plus que jamais, les mettent à l’épreuve.

Révélé en 2016 avec The Giant, le suédois Johannes Nyholm revient aujourd’hui avec Koko-Di Koko-Da, un second long-métrage assez barré qui a tout d’un premier exercice malin, bancal et un peu moins bien maîtrisé que son film précédent. Et il y a peut-être une explication logique à cela. Si chronologiquement ce nouvel effort passablement surréaliste est un « deuxième film », ce n’est pas si simple dans les faits car le tournage de cet improbable mix entre le thriller, l’épouvante, le fantastique, l’onirisme, le drame voire parfois la comédie macabre, avec au milieu du chant, du clownesque, des ombres chinoises et du dessin, a commencé en 2011, soit bien avant The Giant. Mais faute de budget, Koko-Di Koko-Da a dû attendre longtemps avant d’être terminé. En même temps, est-il vraiment terminé maintenant ? Et si oui, avait-il besoin de l’être ?

Il y a quelques mois, l’obscur Koko-Di Koko-Da (l’équivalent de notre cocorico en suédois) avait connu les honneurs d’une présentation à L’Etrange Festival. De quoi lui offrir sans aucun doute son plus beau coup de projecteur car sa sortie en salles ne s’annonce pas simple tant on flirte ici avec l’ofni ultra-déroutant. Dans une industrie cinématographique de plus en plus formatée, les tentatives de prendre le chemin de la marge pour s’essayer à des choses différentes sont toujours louables. On aime l’originalité, on aime les prises de risque, on aime l’audace, et surtout on aime les œuvres qui osent témoigner d’un caractère affirmé. Koko-Di Koko-Da, c’est un peu tout ça, sauf que le positif enthousiasmant se transforme doucement mais sûrement en négatif désenchanté.

Concrètement, Johannes Nyholm tente de nous entraîner dans un véritable délire hallucinatoire en appelant à la comptine macabre teinté d’un esprit glauque à l’étrange charme malaisant. Dès les premières minutes, on semble nager en plein surréalisme avec un groupe de personnages bizarres comme sortis d’un conte horrifique très lynchien dans l’âme, marchant en forêt en entonnant une ritournelle morbide. On bascule ensuite auprès d’une famille en vacances, tous maquillés en lapin, et croisant la route d’un couple excentrique affublés de dents proéminentes. Jusque là, autant dire qu’on est comme largué dans un « what the fuck » total. Passée cette introduction absconse, le film va enfin commencer à raconter quelque chose pour le bien-être de nos mirettes écarquillées. Ce quelque chose, c’est le drame d’un couple qui perd un enfant. Koko-Di Koko-Da va alors aborder ce sujet aussi délicat que tabou en jouant avec les ficelles du conte fantastique, imaginant un survival sur la base d’une effrayante comptine pour enfant. En gros, c’est comme si La Chambre du Fils rencontrait Antichrist avec le concept d’Un Jour sans Fin et le style bizarroïde de David Lynch. Alors que notre couple endeuillé part camper en forêt pour surmonter leurs problèmes, ils vont voire les fantômes du passé ressurgir et les piéger dans une boucle temporelle. Et en fond, le propos de Nyholm étant de filmer l’éternel accablement d’un couple qui ne pourra échapper au drame qu’ils viennent de vivre et qui les poursuivra à jamais.

Alléchant sur le papier. Mais ça ne durera pas. Car rapidement, Koko-Di Koko-Da va reprendre sa marche vers la bizarrerie dès qu’il plantera son postulat fantastique jouant la carte de l’éternelle situation qui recommence en boucle. L’ennui, c’est que le film de Johannes Nyholm va complètement s’abîmer dans son étrangeté. Si le fait que Koko-Di Koko-Da recycle un gimmick que l’on connaît par cœur (le coup de la situation qui se boucle sur elle-même dans un film de genre a déjà été vue dans Triangle ou Timecrimes) n’est pas vraiment un immense problème en soi, la volonté du cinéaste de le traiter sur le ton du conte effrayant peine à fonctionner parce que Nyholm ne maîtrise que très mal son extravagance fantasmagorico-angoissante. Koko-Di Koko-Da se paume en circonvolutions, peine à se charger d’une dimension effrayante et tend plus vers la curiosité arty à la lisière de la cacophonie prétentieuse. Koko-Di Koko-Da a été pensé comme une rêverie confusante, ces songes dont on se réveille mal en ne sachant plus trop ce qui a été réel ou imaginé, ni à quel moment on a basculé dans le cauchemar. On manque d’emprise sur ce qu’il s’est passé et c’est exactement comme cela que Johannes Nyholm a voulu emballer son effort de petit malin. L’idée était plutôt bonne, le traitement original, mais le metteur en scène se disperse beaucoup trop -surtout formellement- au point de perdre l’essence de son entreprise. On y apprécie le côté sensoriel de sa fable sur l’impossibilité d’échapper à l’inéluctable et à ses démons, mais son expérimentalisme biscornu finit par lasser et ôter au drame, sa puissance viscérale.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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