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JOJO RABBIT de Taika Waititi : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Jojo Rabbit
Père : Taika Waititi
Date de naissance : 2019
Majorité : 29 janvier 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h48 / Poids : NC
Genre : Drame, Comédie, Guerre

Livret de famille : Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Rebel Wilson, Sam Rockwell…

Signes particuliers : Intelligent et fun, drôle et tragique, léger et profond. Une merveilles de contradictions.

LA GUERRE SELON JOJO

NOTRE AVIS SUR JOJO RABBIT

Synopsis : Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

Jojo Rabbit, c’est rire d’Hitler comme ont pu le faire Chaplin, Lubitsch ou Mel Brooks en leur temps. Jojo Rabbit, c’est le spectre de la Deuxième Guerre Mondiale à travers le regard d’un enfant, comme chez Benigni dans La Vie est Belle. Jojo Rabbit, c’est aussi et surtout le nouveau long-métrage du talentueux Taika Waititi, qui après son hilarant et spectaculaire Thor 3, s’offre une virée hors des sentiers battus en adaptant le roman de Christine Leunens Le Ciel en Cage, paru en 2004. Dans l’Allemagne hitlérienne, un petit garçon surnommé Jojo rêve de devenir un soldat de la garde rapprochée d’Hitler. Mais pour l’instant, ce petit nazi en herbe vit son enfance solitaire, avec pour ami imaginaire, le Führer lui-même. Quand il découvre que sa mère (Scarlett Johansson) est une résistante au régime et cache chez elle une jeune juive, ses convictions vont être mise à rude épreuve.

Jojo Rabbit est un ofni. C’est peut-être ça que les Oscars ont voulu saluer en sur-nominant le film (six citations) dans plusieurs catégories. Un choix aussi surprenant que louable, car voir le film de Taika Waititi concourant pour la plus prestigieuse des statuettes dorées est quand même assez jubilatoire et porteur d’un sentiment rafraîchissant. Bref, entre comédie délirante, drame d’une éblouissante tendresse et regard piquant sur la guerre, la différence, l’embrigadement et les préjugés (tout ce que la shoah a pu cristalliser), Jojo Rabbit est une délicieuse folie armée d’un cœur gros comme le compte en banque de Disney… au passage distributeur étonnant du film puisqu’il appartenait au line-up de la Fox hérité dans le rachat de la firme ancestrale par la maison de Mickey.

A travers l’histoire de ce petit garçon qui se rêve en futur nazi avant de faire la connaissance d’une fille juive cachée par sa mère, Jojo Rabbit incarne le combat entre l’innocence de l’enfance et la stupidité du fanatisme crasse. C’est un récit initiatique vers la tolérance, vers la compréhension, vers la maturité pour réaliser ce que l’aveuglement peut avoir de pire. Comme sans doute beaucoup d’enfants à l’époque (et encore aujourd’hui, ailleurs), le petit Jojo est endoctriné et éduqué par la haine des adultes comme l’explique Taika Waititi. Empruntant le chemin escarpé de la satire provocatrice pour se rendre sur les vertes prairies du pamphlet pacifiste, Jojo Rabbit exploite l’absurde pour illustrer l’absurde. Plus précisément, l’absurdité de l’idéologie monstrueuse qu’était le nazisme. Mais attention, chez Waititi le rire n’est jamais gratuit, il se paye toujours à un moment ou à un autre. Il a toujours des conséquences. Ici, il sert à personnifier la bêtise irrationnelle. Mais le contrecoup sera violent car le processus de lavage idéologique que va devoir affronter notre jeune héros ne se fera pas sans peine(s). Comme au détour d’une scène magistralement mise en scène, où le garçonnet va faire l’expérience d’une cruauté dont il n’avait pas conscience à cause de ses œillères rendant son nationalisme aveugle. « Il me semble qu’on nous a caché des choses » entend t-on dans le film lors d’un échange entre deux enfants. Oui, c’est exactement ce que montre Jojo Rabbit, ou comment une idéologie abrutissante peut détourner le regard et pervertir les esprits. Parfois, quand on ouvre les yeux, il est déjà trop tard. Et Jojo Rabbit de planter un poignard en plein cœur et de faire jaillir l’émotion au milieu de la satire décalée et rieuse, la replaçant sans ménagement dans une réalité violente. Sous ses airs presque inconséquents, le film de Taika Waititi est en réalité une fable à l’intelligence imparable, bien plus riche d’esprit qu’il n’y paraît.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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