CAPHARNAÜM de Nadine Labaki : la critique du film [Cannes 2018]
Sortie cinéma / festival de Cannes

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Carte d’identité :
Nom : Capharnaüm
Père : Nadine Labaki
Date de naissance : 2017
Majorité : Prochainement
Type : Sortie en salles
Nationalité : Liban, France
Taille : 2h03 / Poids : NC
Genre
: Drame

Livret de famille : Zain Alrafeea, Nadine Labaki, Yordanos Shifera…

Signes particuliers : Drôle, bouleversant, important.

PLAIDOYER POUR L’ENFANCE MALTRAITÉE

LA CRITIQUE DE CAPHARNAÜM

Résumé : À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans est présenté devant le Juge.
LE JUGE : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? »
ZAIN : « Pour m’avoir donné la vie. » 

Présenté en compétition officielle à Cannes, Capharnaüm est le nouveau long-métrage de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki, une ancienne du clip passée au cinéma avec Caramel en 2007, et dont ce nouvel effort est le troisième film. De Cannes, avec son sens légendaire de la réaction excessive à chaud, on aura tout entendu sur ce drame qui nous plonge dans les bas-fonds de Beyrouth, à la rencontre des enfants vivant dans la misère. Certains l’ont présenté comme une indécente prise d’otage émotionnelle, d’autres comme un vibrant manifeste sur l’enfance, certains ont pensé à Slumdog Millionnaire là où d’autres y ont vu un mélange de Lion et des Misérables version Liban. Emmené par un jeune acteur non-professionnel (le petit Zain Al Rafeea – 13 ans), Capharnaüm a divisé avant de se voir récompensé du Prix du Jury au terme de la compétition. De quoi renforcer encore un peu plus l’envie de se pencher sur son cas.

Fort mais peu subtil. Certes, Capharnaüm pourrait se résumer à cette expression lapidaire qui, en un sens, définit un peu sa démarche. De par son sujet et le traitement que lui accorde la réalisatrice Nadine Labaki, il faut bien avouer que Capharnaüm est une chronique poignante qui prend aux tripes et à la gorge alors que les larmes montent jusqu’à déborder des yeux. Peu subtil ? Il est vrai que Labaki instrumentaliste pas mal son récit et n’hésite pas à aller chercher franchement l’émotion. Est-elle forcée ? Est-celle fabriquée ? Oui et non. Oui, Capharnaüm cherche à émouvoir et oui, il s’en donne les moyens. Maintenant, ce qu’il raconte est une réalité tragique que l’on peut occulter et si la montrer pousse aux larmes, la faute n’est pas à mettre sur le dos de sa metteur en scène, mais plutôt sur celles du monde tout entier qui ne prend pas ses responsabilités face au fléau de cette misère infantile déchirante. Vient alors l’argument « Alors il aurait fallu faire un documentaire ». En effet, Labaki aurait pu faire un documentaire, d’autant qu’elle en utilise certains procédés comme le choix d’un jeune acteur non-professionnel issu des bidonvilles de Beyrout où sa famille s’est réfugiée après avoir fuit la Syrie il y a quelques années. Mais un documentaire aurait-il eu le même impact qu’un film de fiction qui peut compter sur on capital émotionnel pour provoquer des réactions et éveiller des conscience ? A l’heure où l’on reproche trop souvent à un certain cinéma commercial de n’avoir rien à dire, est-il juste de condamner un film qui, certes instrumentalise un peu l’émotion, mais au moins mais cette émotion au service d’un sujet fort et important, mettant le monde face à la maltraitante des enfants, à l’esclavagisme moderne, à la traite des humains ou à l’exclusion. Pour répondre à certains médias, ce qui est indécent, ce n’est pas le film de Nadine Labaki, c’est ce qu’il montre et qui devrait être intolérable. Il serait peut-être temps de se recentrer sur le bon débat.

D’autant que le reproche n’est pas loin d’être injuste. Si l’on veut de l’instrumentalisation et du sur-appuyé, la compétition officielle cannoise de cette année nous a servi avec Les Filles du Soleil d’Eva Husson. A l’inverse, Capharnaüm ne chausse pas du tout les mêmes gros sabots, loin de là. Par son choix d’une tonalité comique affirmée (on rit énormément devant les péripéties tragiques de ce gamin des rues à la personnalité incroyable), le film de Nadine Labaki évite le piège de la lourdeur et du pathos écrasant, et tente de se préserver d’une noirceur excessive. Par le prisme de ce formidable héros de cinéma tout en modestie, souffle romanesque et réalisme émouvant, Capharnaüm trouve même une petite porte vers le lumineux et si larmes il y a (nous en tout cas, on a fondu), c’est bel et bien parce que l’odyssée dépeinte est d’une tristesse authentique et révoltante. Et en plus d’être d’une grande beauté cinématographique, Capharnaüm combat ses attaques réductrices par ses notes d’intelligence, et elles sont nombreuses. Comme la volonté de déployer un vrai propos social, allant parfois dans la nuance au lieu de condamner facilement et de manière manichéenne. Les parents de ce gosse forcé de travailler comme un âne dès ses dix ans au lieu de vivre son enfance sont-ils les grands méchants de l’histoire ? Le film ne leur excuse rien mais ne l’accable pas non plus de tous les maux, à l’image d’un final qui leur offre le droit d’être à leur tour, déchirant de malheur.

Pour en terminer, impossible de ne pas évoquer le jeune Zain Al Rafeea. Un visage marquant, une personnalité inoubliable, une conviction d’une puissance hallucinante et un style à l’angélisme meurtri qui dévaste. Zain Al Rafeea n’était pas acteur mais Zain Al Rafeea méritait trois prix d’interprétation à lui-seul cette année à Cannes. Si son jeu est exceptionnel de force, c’est son regard mélancolique, presque résigné face à sa vie de misère, qui emporte le plus. Peut-être fera t-il carrière, peut-être n’en entendrons-nous plus jamais parler, mais quel performance. Par son charisme, ce jeune chérubin que l’on prend très vite en affection, emporte tout sur son passage. En résumé, foncez voir Capharnaüm, parce qu’il est magnifique, parce qu’il est drôle, parce qu’il est douloureusement poignant, parce qu’il offre une grande leçon de vie, et parce qu’il est utile et important.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

3 commentaires à propos de “CAPHARNAÜM de Nadine Labaki : la critique du film [Cannes 2018]
Sortie cinéma / festival de Cannes

  1. Je remercie nadine labaki
    J ai vu le film bouleversant juste
    Dénoncé la réalité on ne doit pas fermer les yeux.
    Des milliers d êtres humains souffrent dans le monde et le monde s en fou le pouvoir l argent
    Ma petite personne d abord Eh oui
    L individualités on nous formate
    A la résignation. Seule la lutte nous sortiras de se monde pourri
    Bravo à cette dame nadine labaki
    Ce film méritait la palme d or

  2. je sors de voir ce film bouleversant!!!!!!!!!!! quelle réalité noire cruelle animale qui nous prend aux tripes!!!!!!!!!!!!!merci pour ce réveil de nos cerveaux endormis………..

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