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BLACK CHRISTMAS de Sophia Takal : la critique du film

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Black Christmas
Mère : Sophia Takal
Date de naissance : 2019
Majorité : 11 décembre 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h33 / Poids : NC
Genre : Épouvante

Livret de famille : Imogen Poots, Aleyse Shannon, Lily Donoghue…

Signes particuliers : Autant revoir l’original.

UN REMAKE INUTILE

L’AVIS DE FRED SUR BLACK CHRISTMAS

Synopsis : Sur un campus universitaire, lors des vacances de Noël, des filles de la confrérie sont les proies d’un tueur en série.

À un moment ou à un autre, le tiroir-caisse qui gouverne l’esprit de Jason Blum en matière de projets horrifiques adolescents allait forcément nous pondre un film qui se sert du cadre de Noël, cette période de l’année étant habituellement désertée par le genre en salles, et donc synonyme de disette pour le pape du frisson rentable. C’est désormais chose faite avec… Black Christmas. Oui, vous avez bien lu, encore un remake de Black Christmas après celui de 2006 !

Une proposition totalement originale aurait sans doute demandé trop d’efforts d’imagination ou représenté une prise de risques trop importante, alors autant se rattacher à un grand nom de la catégorie pour attirer le regard du public. L’autre franchise d’horreur de Noël Douce Nuit, Sanglante Nuit ayant refait surface trop récemment avec le Silent Night de Steven C. Miller en 2012, les sbires de Blumhouse ont par conséquent décidé de ressusciter l’excellent film de 1974 réalisé par Bob Clark, que certains considèrent comme le précurseur du slasher quatre ans avant le fameux Halloween de John Carpenter. Effectivement, sur le principe même de son tueur s’en prenant aux membres d’une sororité, Black Christmas premier du nom possédait bon nombre d’ingrédients qui deviendraient par la suite des éléments essentiels de ce sous-genre horrifique et, même visuellement, Carpenter s’inspira de la vue subjective déjà utilisée par la caméra de Bob Clark afin de nous mettre d’entrée dans les yeux de son Michael Myers. Mais il serait un peu facile de ne le réduire qu’à cela car Black Christmas était tellement avant-gardiste qu’il dépassait déjà le cadre réducteur du slasher ! Les meurtres avaient bien sûr leur importance (celui de la licorne de verre avait même de jolis airs de giallo) mais le film préférait miser avant tout sur son ambiance étouffante où tout était fait pour entretenir le plus possible le mystère sur son assassin déviant et ses agissements commis au sein même de la maison de ses victimes. Plus encore, Black Christmas était en réalité un film d’horreur doté d’une force de frappe féministe détonante pour l’époque (et encore plus vis-à-vis de pas mal de personnages féminins de slashers qui en découleront). Par le prisme des personnalités de ses étudiantes/victimes, c’était en réalité toutes les facettes de la femme dans sa globalité qui étaient menacées par un agresseur ne les voyant que comme des objets pour assouvir ses fantasmes tordus. D’ailleurs, ce n’était pas un hasard si l’héroïne se trouvait être une jeune fille enceinte et souhaitant avorter plutôt qu’abandonner ses études face à la pression de son petit ami. Devenant un frein à cette émancipation féminine, ce dernier devenait ainsi un suspect dans la logique d’un film où, lorsqu’ils n’étaient pas considérés comme inutiles (les policiers) ou oppresseurs (le père d’une victime agacé du mode de vie de sa fille), les hommes étaient tout simplement vus comme un danger pour des femmes cherchant à embrasser leur liberté. Bref, vous l’aurez compris, Black Christmas était un long-métrage plutôt brillant, au discours tout aussi engagé que visionnaire, et qui a trop souvent été éludé dans l’ombre de Halloween. On ne peut donc que vous encourager à le redécouvrir aujourd’hui.

Bon, on s’étendra un peu moins sur le premier remake de 2006. Le film écrit et réalisé par Glen Morgan était cette fois un slasher pur jus, sympathique et souvent mésestimé (à nos yeux, évidemment) mais, en choisissant d’afficher explicitement le background de son tueur, Black Christmas 2006 privilégiait clairement une forme de fun horrifique (efficace) au détriment de la proposition bien plus ambitieuse de son modèle. Si cette première resucée faisait bien le job avec son casting de jeunes actrices en devenir (on a tout de même connu bien pire comme remake depuis), elle n’en avait pas moins un caractère incontestablement plus oubliable.

Venons-en donc à cette cuvée 2019, un Black Christmas signée pour la première fois par une réalisatrice, Sophia Takal. Première chose, fuyez comme la peste la bande-annonce qui s’est donnée pour but absurde de dévoiler la quasi-totalité de l’intrigue (un suicide marketing dépassant l’entendement) ! Deuxième donnée capitale, si vous êtes venus en espérant voir une relecture de l’histoire du film originel ou même du premier remake, vous risquez de tomber de haut ! Certes, des éléments du cadre ont été conservés (la sororité, Noël…) et quelques très rares clins d’œil viennent nous rappeler le souvenir du long-métrage de 1974 mais c’est bel et bien tout. Black Christmas raconte une toute nouvelle intrigue n’ayant absolument rien à voir avec son lointain ancêtre sinon… un propos féministe cette fois véritablement exacerbé. Dans le fond, refaire surgir la thématique centrale du film de Bob Clark à l’ère du mouvement #MeToo et de ses conséquences n’avait rien d’idiot mais, pendant plus d’une heure, Black Christmas 2019 ne va pour ainsi dire faire que ça en oubliant toute notion de subtilité. Sophia Takal entend nous faire comprendre que la misogynie est toujours une constante en cette fin de décennie et autant dire qu’elle ne va pas y aller avec le dos de la cuillère vu que le décorum universitaire s’y prête parfaitement. Que cela soit à un niveau institutionnel par l’intermédiaire d’un professeur aux idées nocives, au niveau des étudiants à cause des pratiques abjectes des fraternités ou même au stade plus intime de l’héroïne poursuivie par les séquelles d’un terrible drame, Black Christmas 2019 cible l’homme blanc et hétérosexuel sans discernement, et ce jusqu’à sombrer dans la caricature la plus totale. La charge est tellement excessive que les rares points de nuance louables (comme quand un représentant du « camp mâle ennemi » fera remarquer qu’un point de vue extrémiste ne peut qu’en engendrer un autre face aux arguments de ses interlocutrices) sont balayées dans cette bourrasque féministe. De ce côté, Black Christmas 2019 ne fait donc pas dans la subtilité et en oublie même hélas d’être un film d’horreur convaincant pendant les trois-quarts du temps. Pas aidé par une interdiction PG-13 qui l’enferme de fait dans une approche bien trop sage et un rythme qui frise le footing bien baveux d’un gastéropode, le film se contente de se focaliser sur son discours en ne proposant rien d’autre que quelques meurtres hors-champ précipités ou des apparitions en mode jump-scares invariablement foirées. Bref, passée une heure, si l’on peut saluer des intentions louables ou une Imogen Poots dont la présence dans un tel projet nous interroge, on en vient à penser que rien ne viendra sauver le film du naufrage…

Mais, heureusement pour lui, Black Christmas 2019 va tout de même nous sortir de notre torpeur lors de sa dernière partie. Attention, le film ne va pas varier d’un iota dans ce qu’il entend dénoncer, cependant, il va tout de même prendre un virage bien plus attrayant qui va lui permettre de justifier son ton jusqu’au-boutiste par quelques idées amusantes et surtout l’envie d’aller en découdre sur un autre registre. À ce stade et avec des geysers de sang en plus, Black Christmas 2019 aurait même pu se terminer sur un affrontement jubilatoire et délirant mais, encore une fois, le PG-13 condamne ce final à n’être qu’une simple recréation un brin meilleure que le reste… Sauvé de l’ennui confondant par son dernier acte , Black Christmas 2019 n’en demeure pas point une variation moderne aussi loupée que dispensable et qui, de surcroît, a la mauvaise idée d’oublier toute l’intelligence avec laquelle son modèle construisait son propos féministe avant-gardiste. Autant revoir une nouvelle fois le film de Bob Clark, celui de Sophia Takal ne pourra jamais atteindre la même résonance au fil du temps…

BANDE-ANNONCE :

Par Frédéric Serbource

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