Nom : Garance
Mère : Jeanne Herry
Date de naissance : 23 septembre 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h45 / Poids : NC
Genre : Drame
Livret de famille : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud…
Signes particuliers : Drôle, émouvant, du pur Jeanne Herry.
Synopsis : Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction.

LA VIE ALCOOLISÉE D’ADÈLE
NOTRE AVIS SUR GARANCE
Jeanne Herry est de ces cinéastes qui ont la côte tant auprès du public que de la critique. Parce qu’elle signe généralement des œuvres bien bâties entre le rire, l’émotion et un regard fort sur un sujet de société. Désormais, la metteuse en scène pourra également se vanter d’avoir aussi la côte à Cannes. Son quatrième long-métrage, Garance, a connu les honneurs d’une sélection dans la prestigieuse Compétition reine. Sur le ton de la chronique exaltée, la cinéaste y raconte le parcours d’une jeune comédienne qui court après les rôles. Sa vie est faite de boulots, de rencontres, d’histoires amoureuses, de galères d’appart, d’amis et de fêtes. Mais sans s’en rendre compte, Garance a appris à trouver dans l’alcool, une béquille indispensable pour tenir debout.
Après Elle l’adore, Pupille ou Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry confirme tout son talent pour confectionner des récits impactant qui amusent, inspirent et bouleversent. Une fois encore, elle prouve surtout sa capacité à épouser des sujets pourtant peu cinématographiques (et surtout peu sexy) sur le papier. Dans Pupille c’était les naissances sous X. Dans Je verrai toujours vos visages, c’était les traumatismes des personnes agressées et l’espoir d’une reconstruction psychologique. Avec Garance, Herry traite cette fois des ravages de l’alcoolisme. Mais plutôt que de s’enfermer dans le mélo lourdement tragique, elle va ausculter les causes et les conséquences d’une dépendance en s’adossant à un regard contemporain sur les maux de notre monde.

Un verre de blanc en rentrant qui appelle ses p’tits frères et sœurs, quelques coupes de champagne enchaînées à la fin d’une représentation pour fêter ça, une bonne cuite de derrière les fagots en soirée portée par l’euphorie de l’amusement, un coup par-ci ou par-là parce que c’est gentiment proposé et très rapidement, c’est le cubi car ça coûte moins cher au quotidien, c’est l’angoisse d’être à court, c’est le verre en passant qui se multiplie par trois, c’est le passage quotidien à la poubelle pour jeter discrètement les cadavres de la veille, c’est le black-out les lendemains de murge… Pour Garance, l’alcool est devenu non seulement une béquille mais aussi un carburant. Elle ne cherche pas forcément l’ivresse comme les héros d’Un Singe en Hiver, elle ne ressent pas forcément la spirale d’une addiction écrasante comme le couple de Le jour du vin et des roses, son besoin est plus insidieux, plus constant. Comme manger ou respirer, l’alcool est devenu une discrète nécessité pour échapper au stress du quotidien. C’est là que Jeanne Herry raconte quelque chose de nos sociétés actuelles et de nous-mêmes, dans l’auscultation de nos vies perpétuellement en quête d’un apaisement addictif pour encaisser et tenir debout… quitte à fermer les yeux sur les conséquences.

Emmené par une formidable Adèle Exarchopoulos (comme toujours) qui aurait pu légitimement prétendre au prix d’interprétation, Garance est un portrait sur le déni. Le film épouse un style léger sur la forme, mais c’est pour mieux être plus réaliste et juste sur le fond. En un sens, on a la sensation de voir Jeanne Herry venir fricoter sur les plates bandes du duo Nakache/Toledano avec des proportions inversées. Le ratio humour/drame n’est pas le même mais la méthodologie d’écriture est peu ou proue la même. Avec cette comédie dramatique haute en couleurs et émouvante, Jeanne Herry signe un beau film, pas forcément impérissable mais plutôt réussi et équilibré en dépit de sa tendance à mélanger trop de choses dans un récit chargé (l’alcoolisme, le portrait d’une actrice galérienne, une histoire d’amour LGBT, la maladie d’une proche). Dans tous les cas, on en ressort étourdi d’émotions après beaucoup de rires et quelques larmes.
Par Nicolas Rieux
