Nom : L’inconnue
Père : Arthur Harari
Date de naissance : 26 août 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h20 / Poids : NC
Genre : Drame, Fantastique
Livret de Famille : Léa Seydoux, Niels Schneider, Victoire Du Bois…
Signes particuliers : Vertigineux et mal-aimable.
Synopsis : À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.

ECHANGISME ET JEU DE DOUBLES
NOTRE AVIS SUR L’INCONNUE
Arthur Harari et Cannes, c’est une histoire d’amour qui dure et qui continue. En 2021, son second long-métrage
Onoda, 10 000 nuits dans la jungle était ovationné lors de sa présentation en ouverture de la section Un Certain Regard. Deux ans plus tard, l’artiste était associé à la Palme d’Or avec
Anatomie d’une chute, film qu’il avait coécrit avec sa compagne, la réalisatrice Justine Triet. 2026, Arthur Harari revient a nouveau sur la Croisette, cette fois avec un long-métrage bien à lui, présenté en Compétition. Avec
L’inconnue, l’auteur-cinéaste y adapte librement
Le Cas Zimmerman, une bande dessinée qu’il avait précédemment cosignée avec son frère Luca.
Le film raconte l’étrange histoire d’un photographe qui se réveille un jour dans le corps d’une inconnue avec qui il a eu une relation sexuelle. Un drame porté par Niels Schneider et Léa Seydoux.

Les premières images distillent une séduisante impression d’évocation des débuts de la Nouvelle Vague. Un plaisir cinéphile qui malheureusement ne durera pas bien longtemps. Arthur Harari nous plonge ensuite dans les méandres d’une fable fantastique plus nébuleuse et insaisissable qu’une bizarrerie convoquant Nicolas Gogol. Certains diront qu’elle est envoûtante et vénéneuse, d’autres qu’elle est profondément pénible et hermétique. Face à cette cathédrale cinématographique à tiroirs multiples, il y aura ceux qui ont lu et aimé la BD (sinon ils ne viendraient pas en voir l’adaptation) et les non-initiés attirés par la curiosité. Mais peu seront au final réellement satisfaits. Car en plus d’être nettement moins accessible que l’ouvrage originel, le film ne parvient pas à nous happer dans sa mise en images. Harari loupe un peu son adaptation, peut-être car ce qui fonctionnait en dessins ne fonctionne pas en images de cinéma ? Ou peut-être tout simplement parce que son long-métrage passe à côté de son intention d’être une expérience sensorielle à la narration énigmatique et déstabilisante. Une chose est sûre, le cinéaste délaisse un peu la touchante mélancolie de sa BD pour lui préférer une dimension métaphysique exacerbée. Pour les néophytes détachés du matériau originel, on ne comprend rien ou pas tout à cette histoire de body swap tentaculaire. Des indices sont semés et l’idée générale de ce conte aux allures de puzzle se met très doucement en place. Quand on finit par mieux en comprendre les subtilités, il est déjà trop tard. Harari nous a perdus depuis très longtemps avec son drame existentiel d’une chiantitude assez copieuse. Et c’est dommage car quand le tableau est complet, on se rend compte à rebours qu’il était vertigineux, et que son vertige s’écrivait dans ses plus infimes (et intimes) détails.

Tout au long de son aventure sinueuse où les corps s’échangent, Harari distille des idées et des réflexions philosophiques sur l’altérité, sur l’identité (ou la perte d’identité), sur le déterminisme. Pourquoi suis-je ici et comme ça ? Que se serait-il passé si j’étais né ailleurs, dans un autre cadre, dans une autre culture, dans une autre vie, dans un autre corps, à une autre époque ? Ces interrogations, on se les pose parfois dans l’innocence questionneuse de l’enfance ou dans des élans de rêvasseries introspectives. Harari les figure, les travaille, il les incarne à travers les visages et les corps transformés de Niels Schneider et Léa Seydoux (exceptionnels soit dit en passant). Leur mise en images donne lieu à une bizarrerie troublante -voire dérangeante- où un Schneider très amaigri se confond avec une Seydoux à l’inverse grossie. L’un est l’autre, l’autre est l’un, où sont-ils d’autres peut-être ? Dans tous les cas, tous courent après une réalité et des repères qui leur échappent. De son postulat fantastique (qui par le passé a autant pu servir le genre que la comédie) ou dans la manière dont il l’appréhende en s’aventurant sur des chemins de traverse éminemment abstraits, L’inconnue cherche à nous emporter dans une sorte de dimension onirique où le sens profond a plus d’importance que le sens narratif. Mais le voyage est si rude, si fastidieux. L’inconnue paye parfois souvent son insaisissabilité. Il a ce défaut de s’enfermer dans un refus catégorique du didactisme au point de couper la branche sur laquelle il est assis. Et ainsi de dégager une sensation éprouvante d’être un pensum prétentieux se regardant filmer, parler et penser, semblable à un mauvais délire lynchien. Ce qu’il n’est pas vraiment dans l’absolu, mais le mal est fait.
Reste une chose que l’on ne pourra retirer au metteur en scène, le goût du risque. Arthur Harari signe un film audacieusement singulier, un geste de cinéma à la radicalité épidermique comme on en voit guère à l’heure d’une industrie qui rejette le danger comme la peste, qui lisse tout et épuise son crédit en se soumettant aux formules du moment. L’inconnue est d’une telle originalité qu’il en devient assez fascinant. On ne peut que louer la tentative d’évoluer ainsi sur le fil du rasoir entre l’expérience ensorcelante, la rêverie magnétique et le cauchemar oppressant. Mais dommage pour lui, le sentiment qui prédomine à l’arrivée, c’est l’incommensurable ennui qui soutient son allure poseuse et la confusion d’un scénario peinant à communiquer ce qu’il souhaite réellement dire sur les sujets qu’il embrasse.