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HUMINT de Seung-wan Ryoo : la critique du film [Netflix]

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Nom : Humint
Père : Seung-wan Ryoo
Date de naissance : 31 mars 2026
Type : disponible sur Netflix
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h00 / Poids : NC
Genre : Thriller, Action, Espionnage

Livret de Famille : In-sung ZoJeong Min ParkHae-Joon Park

Signes particuliers : L’énième démonstration du savoir-faire sud-coréen !

Synopsis : Des agents secrets nord et sud-coréens s’affrontent tout en découvrant des crimes commis à la frontière de Vladivostok.

UNE NOUVELLE BOMBE CORÉENNE

NOTRE AVIS SUR HUMINT

On trouve parfois de très bonnes choses en farfouillant un peu sur Netflix. Pour les suiveurs du cinéma coréen, le nom de Ryoo Seung-wan n’est pas inconnu. Prolifique depuis le début des années 2000, on lui doit entre autres des Arahan, Crazy Lee ou Battleship Island. Et parmi ses nombreux faits d’armes, The Agent et Escape from Mogadishu, deux films dont l’action se passait à l’étranger, à Berlin pour le premier, dans la Somalie en pleine guerre civile pour le second. Après ces deux-là, Humint est en quelque sorte la conclusion d’une trilogie non officielle puisque l’action se déroule cette fois en Russie, et mélange une nouvelle fois action, espionnage et tensions politiques.

Les chemins d’un agent sud-coréen et d’un agent nord-coréen vont se croiser à Vladivostok sur fond d’enquête sur un vaste trafic de drogue et de femmes.

Privé de sortie dans nos salles obscures, Humint est depuis peu disponible sur Tudum. Et la plateforme n’hésite pas à mettre en avant (en extrait destiné à appâter le chaland) une de ses grosses séquences d’action où ça cogne sévère sur une horde de méchants patibulaires. Un geste marketing pas loin de la tromperie car pour ceux qui espèrent alors du film une grosse débauche d’action frénétique à l’asiatique (façon le prochain The Furious qui arrive bientôt en salle), l’affaire n’est pas gagnée. Passée effectivement une bonne baston introductive où un super agent sud-coréen flanque une bonne branlée à des mécréants qui l’ont bien méritée, Humint va ensuite jouer sa partition non pas dans le thriller d’action énervé mais plutôt dans le pur film d’espionnage méandreux.

Trafic de drogue et traite d’êtres humains, mafieux russes, indics, officiels corrompus, espionnage, contre-espionnage et lutte dans l’ombre entre les services de renseignement ou de sécurité nord et sud-coréens, Humint déploie alors une intrigue tentaculaire aux enjeux complexes. Ryoo Seung-wan prend son temps pour bâtir son récit et ses ramifications, pour planter ses personnages et leurs actions dans cette vaste mécanique d’espionnage trouble. Le film devient alors plus froid, plus lent, plus sinueux, la tension du thriller suivant de près la courbe du drame humain où des hommes et des femmes sont confrontés à des manigances politiques qui les dépassent et mettent à l’épreuve leurs convictions. Pendant longtemps, Humint se perd un peu entre deux directions. On a la sensation qu’il aimerait être ce thriller intense capable de s’embraser à tout moment, mais qu’il se réfrène par volonté de proposer autre chose, en l’occurrence une œuvre plus réfléchie et élégante, une œuvre à la précision quasi maladive et viscérale tant dans son écriture à la John Le Carré que dans sa mise en scène à la Alan J. Pakula. Dans le dédale embrouillé de cette cathédrale vertigineuse où tout le monde surveille tout le monde, certains pourront se perdre car Ryoo Seung-wan multiplie les couloirs construisant son jeu de dupes. tous se ressemblent et la narration épuise sa réserve de faux rythme.

Mais avant de perdre patience devant ce qui s’applique à être un formidable film d’espionnage captivant quoique un peu longuet et pas toujours très intelligible, il faut se rappeler que Ryoo Seung-wan a souvent prouvé son aptitude à la maîtrise et à l’efficacité. Et à l’approche du dernier tiers, le cinéaste sort son arme fatale. On sentait depuis un moment qu’une forte tension était en train de germer et de s’emparer du film en montant crescendo, magnifiée par une mise en scène ingénieuse. Elle préparait en réalité un final explosif et absolument dantesque, marqué par une fusillade XXL de près d’une demi-heure ! De quoi rappeler les grandes de Johnnie To, ou d’un John Woo auquel le cinéaste rend au passage un hommage évident en lui empruntant l’un de ses plans signature. Audace, créativité et extrême efficacité vont alors sublimer ce final hallucinant à la générosité débordante et à la classe renversante.

Rétrospectivement, on repense Humint différemment. Ryoo Seung-wan signe un très grand film à la maîtrise folle. Sa première scène de baston fonctionne comme un starter allumant le moteur d’un film d’espionnage millimétré et prodigieusement écrit, et le final est un épilogue explosif concluant 1h30 de tensions et d’affrontements discrets, mais aussi d’une romance bouleversante de désespoir. Somptueux formellement, exceptionnel dans sa construction et passionnant dans son intrigue, Humint est à l’arrivée une sacrée leçon de cinéma qui vient inscrire son nom dans la noble tradition des grands divertissements coréens efficaces et appliqués.

 

Par Nicolas Rieux

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