WALL CINÉ PICTURES n°34 : On célèbre l’immense Henri-Georges Clouzot
Le Ciné-Club

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34ème numéro du Wall Ciné Pictures, notre rendez-vous « ciné-club » du samedi. Au programme de cette nouvelle escale dans l’histoire du cinéma, Henri-Georges Clouzot ! Novembre 2017 marque le centenaire de la naissance du réalisateur de génie, probablement l’un des plus grands qu’ait connu le cinéma français. Et autant dire que l’immense Clouzot est fêté dignement, en salles comme en vidéo, par Pathé comme par TF1 Studio.

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LE SALAIRE DE LA PEUR
De H.G. Clouzot – 1952 – 2h22
Genre : Aventure – France
Avec : Yves Montand, Charles Vanel, Folco Lulli, Peter Van Eyck…
Sortie : le 24 octobre 2017 en vidéo

Synopsis : En Amérique Centrale, une compagnie pétrolière propose une grosse somme d’argent à qui acceptera de conduire deux camions chargés de nitroglycérine sur 500 kilomètres de pistes afin d’éteindre un incendie dans un puits de pétrole. Quatre aventuriers sont choisis et entament un voyage long et très dangereux…

Une magnifique réédition Blu-ray/DVD du Salaire de la Peur ! Comme souvent, on serait tenté de dire « le meilleur film de Clouzot » mais non, impossible. Clouzot a trop de « meilleurs films » à son actif. Avec Le Salaire de la Peur, adaptation du roman éponyme de Georges Arnaud, Clouzot a su pousser à son paroxysme les trois principaux éléments forts de son cinéma. Un, la noirceur. Deux, sa maîtrise inégalée du suspens. Trois, la gestion optimale du sens du montage. Modèle de tension à couper le souffle où l’on tremble à chaque seconde devant cette aventure périlleuse suivant les péripéties d’un convoi de nitroglycérine dirigé par Yves Montand et Charles Vanel, Le Salaire de la Peur raflera la Palme d’Or et l’Ours à Berlin, la même année. Un exploit rarissime. Friedkin fera un remake très valeureux avec l’époustouflant Sorcerer. Différent mais un grand film quand même. Le père de L’Exorciste ne cessera de clamer son amour pour ce chef d’œuvre de Clouzot. Comme tous les cinéphiles à travers le monde d’ailleurs. Avec cette belle édition soutenue par une image magnifique, les amoureux de Clouzot, du cinéma ou tout simplement les amateurs de bons films, vont pouvoir redécouvrir à foison ce coup de brio, parmi les célèbres du cinéma français patrimonial. Le Salaire de la Peur ressort en édition collector Blu-ray et DVD le 24 octobre chez TF1 Studio.

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LES DIABOLIQUES
De H.G. Clouzot – 1954 – 1h54
Genre : Thriller – France
Avec : Noël Roquevert, Simone Signoret, Vera Clouzot, Paul Meurisse…
Sortie : le 24 octobre 2017 en vidéo

Synopsis : Dans une institution destinée à l’éducation des jeunes garçons, Christina et Nicole, respectivement épouse et maîtresse du directeur Michel Delasalle, s’associent afin d’assassiner l’homme qu’ells ont fini par haïr. Mais quelques jours après leur méfait, le corps de Michel disparaît…

Les Diaboliques… Autre chef d’œuvre devant l’éternel. Qui n’a jamais tremblé devant ce glaçant thriller machiavélique orchestré de main de maître et porté par le trio Simone Signoret, Véra Clouzot et Paul Meurisse ? Si l’on a tous oublié le sinistre remake américain pondu par Jeremiah S. Chechik en 1996 avec Isabelle Adjani et Sharon Stone, personne n’a oublié l’immense classique de Clouzot. Avec Le Salaire de la Peur, on tient là les deux plus grands films à suspens de la filmographie de Clouzot (voir du cinéma français), dans deux registres très différents. Ici, on est dans le thriller, voire même dans le thriller à la lisière du film d’épouvante, un peu comme le Psychose d’Hitchcock. Ponctué par un final inoubliable resté dans les annales, Les Diaboliques appartient à cette race de films qui marque à jamais passée leur découverte. A tel point que même Sir Alfred Hitchcock lui-même, vantera les mérites de ce bijou fascinant. C’est après sa découverte qu’il demandera à l’auteur du roman originel (Boileau-Narcejac) de lui écrire un scénario dans la même veine. Ainsi naîtra Sueurs Froides. Les Diaboliques ressort en édition collector Blu-ray et DVD le 24 octobre chez TF1 Studio.

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MIQUETTE ET SA MÈRE
De H.G. Clouzot – 1950 – 1h36
Genre : Comédie – France
Avec : Danièle Delorme, Bourvil, Louis Jouvet…

Synopsis : Miquette, candide jeune fille travaillant avec sa mère buraliste, rêve de devenir comédienne. Courtisée par le sympathique et maladroit Urbain de la Tour Mirande, Miquette attend impatiemment que ce grand timide se déclare. Mais le marquis de la Tour Mirande, jaloux de l’amour que son neveu a pour Miquette, entraîne celle-ci à Paris, lui promettant qu’elle pourra ainsi réaliser son rêve de devenir actrice. Sous les bons auspices de Monchablon, directeur d’un petit théâtre, Miquette se retrouve actrice dans la même troupe que sa mère. Tandis que la mère se laisse griser par cette nouvelle vie, Miquette semble commencer à regretter sa province et son soupirant…

Si l’on connaît tous Clouzot sous l’habit de maître du suspens, comme un cinéaste à l’œuvre sombre dont les films haletants auront marqué des générations entière de cinéphiles, le réalisateur de Quai des Orfèvres aura également tenté de se frotter à la comédie, comme en témoigne Miquette et sa Mère, adaptation d’une pièce de théâtre populaire. Clouzot disait qu’il lui manquait une chose pour réussir dans ce genre si éloigné de son univers habituel : le sens de l’humour. Même ses proches le disaient, il n’en avait aucun et ne comprenait jamais rien aux traits d’humour. Œuvre de commande, Miquette et sa Mère est la démonstration que la comédie n’était pas faite pour Clouzot, il n’y était pas à l’aise et ça se sent. Cette comédie de boulevard est tout sauf une vraie réussite comique avec sa balourdise et ses gags éculés. On dira que Miquette et sa Mère est finalement peu inspiré, peu savoureux, peu truculent. Du moins dans son versant humoristique. Alors certes, c’est le but dans une comédie mais néanmoins, Clouzot a su proposer quelque chose derrière le costume de farce enlevée. Sa proposition ? Une sorte d’exagération permanente, comme si le cinéaste s’employait à singer volontairement le genre qu’il épouse, un peu contraint et forcé. Miquette et sa Mère offre un résultat étrange, comme si son grotesque était à la fois son argument et son principal défaut. En tout cas, par curiosité, on vous conseille de vous pencher sur cette comédie atypique, à (re)découvrir en Blu-ray & DVD dès le 22 novembre prochain. Sur cette belle édition « combo » proposée par Pathé, on y retrouve le film magistralement restauré et 33 minutes d’entretien passionnant avec Clouzot.

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CLOUZOT L’ESSENTIEL
Coffret 13 DVD
Editeur : TF1 Studio
Sortie : 24 octobre 2017

On vient d’évoquer trois films, mais l’œuvre d’Henri Georges Clouzot est immense. Tellement immense qu’il en devient fascinant de constater le nombre de chefs d’œuvre que le maître incontesté du suspens a pu livrer tout au long de sa carrière. On n’est qu’au mois d’octobre certes, mais mine de rien, les fêtes de noël approchent à grands pas, et il serait peut-être temps d’y penser sérieusement. Vous avez un cinéphile dans votre entourage, que vous aimeriez contenter en frappant un joli coup ? Soyez sûr et certain qu’aucun amoureux du cinéma ne restera insensible devant le coffret 13 DVD édité par TF1 Studio à l’occasion du centenaire de la naissance de Clouzot. Au total, 12 films et une galette renfermant de précieux suppléments. Parmi les douze longs-métrages, la crème de la crème et quelques petites raretés plus méconnues.

Pour commencer, on y retrouve les trois films précédemment évoqués. Le Salaire de la Peur, Les Diaboliques et Miquette et sa Mère font bien partie de cette anthologie fastueuse. Au rayon des classiques, ce beau coffret propose donc L’Assassin Habite au 21, deuxième film de Clouzot tourné pendant la guerre (1942) avec Pierre Fresnay. A travers cette histoire de crimes en série commis à Paris, on sent déjà prémices du style très sombre qui accompagnera la carrière de Clouzot. Premier chef d’œuvre. Le début d’une longue liste puisque suivront Le Corbeau et Quai des Orfèvres. On serait tenté de dire « deux des meilleurs films du cinéaste » mais on aurait encore l’impression d’en trahir d’autres. Le Corbeau pousse encore plus loin la noirceur du style Clouzot, qui s’inspire de l’affaire dite de « Tulle » entre 1917 et 1922, où une série de lettres anonymes fît des ravages. Produit par la Continental, société de production allemande, le film fît débat. Il faut dire qu’il y présentait un portrait peu glorieux des français, vus comme des adeptes de la délation. Une bien triste réalité de la Seconde Guerre Mondiale. Le Corbeau est un classique, doublé d’un film brillant. Mais que dire de celui qui suivra, Quai des Orfèvres, avec un extraordinaire Louis Jouvet. Suspens aiguisé, dialogues savoureux, interprétation gigantesque et mise en scène d’exception, avec un sens du montage qui confère à l’excellence digne des plus belles pièces d’horlogerie fine. Et que dire du magnifique Manon, transposition de l’histoire de Manon Lescaut dans la France de 1944 ? Le film remportera le Lion d’or à la Mostra de Venise en 1949.

Derrière ces classiques, on retrouve quelques films moins célèbres mais néanmoins de grande valeur. Comme Retour à la Vie, film à sketch réalisés à cinq mains par les grands noms du cinéma français de l’époque, sur des histoires de soldats ou déportés revenant à la vie normale. Clouzot y avait signé un segment avec son ami Louis Jouvet. Plus déroutant, Le Mystère Picasso, documentaire où Clouzot s’est contenté de filmer l’artiste espagnol en train de peindre. Également, Les Espions, un film d’espionnage comme son titre l’indique. Plus anecdotique et pas le meilleur film de Clouzot. Et La Prisonnière, son ultime long-métrage tourné en 1972. Si le film a beaucoup de choses intéressantes à défendre, il marquait un peu le déclin du metteur en scène. Et puis il y a L’Enfer… Aaaah L’Enfer d’Henri-George Clouzot… Probablement l’un des documentaires les plus passionnants sur le cinéma. L’histoire d’un tournage hors normes, d’un cauchemar annoncé, et d’un film inachevé. On avait longuement parlé sur Mondociné de cette merveille signée Serge Bromberg (la chronique ici), confectionnée à partir de nombreuses images filmées par Clouzot. Bref, un superbe coffret, certes DVD seulement (on aurait pas craché sur la même chose en Blu-ray), mais bien complet concernant le maître Clouzot. En film majeur, il n’y manque finalement que La Vérité, seul long-métrage où Brigitte Bardot aura su prouver ses capacités de comédiennes, bien dirigée par un grand Clouzot. Encore.

CLOUZOT, CA SE PASSE AUSSI AU CINÉMA !

Clouzot chez soi, c’est bien. Mais Clouzot au cinéma, c’est encore mieux ! Bonne nouvelle, à l’occasion du centenaire de sa naissance, l’intégrale de l’œuvre d’Henri-Georges Clouzot envahit les salles obscures à compter du 08 novembre prochain. Histoire que la célébration soit totale. Le Salaire de la Peur va offrir toute sa tension… sur grand écran, Les Diaboliques va terrifier… sur grand écran, et on en passe. De Quai des Orfèvres à La Vérité en passant par le méconnu Brasil et tous les autres, ce sont 13 longs-métrages qu’il sera possible de redécouvrir dans des conditions optimales, en version restaurée pour certains. Une certaine idée du bonheur, non ?

 

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A samedi prochain !

Par Nicolas Rieux

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