THE PLACE BEYOND THE PINES (critique)

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Carte d’identité :
Nom : The Place Beyond the Pines
Père : Derek Cianfrance
Livret de famille : Ryan Gosling (Luke), Bradley Cooper (Avery Cross), Dane DeHaan (Jason), Eva Mendes (Romina), Ray Liotta (DeLuca), Rose Byrne (Jennifer), Bruce Greenwood (Robin), Mahershalalhashbaz Ali (Kofi)…
Date de naissance : 2013
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h20 – 15 millions $

Signes particuliers (+) : Une composition en trois parties se muant en véritable tragédie mythologique superbe et envoûtante sur la transmission et l’héritage des choix de tout un chacun. Bouleversant entre douleur sombre et lumière porteuse d’espoir.

Signes particuliers (-) : Légèrement inégal tant certaines parties atteignent des sommets.

 

ON Y EST BIEN DANS CETTE PLACE LÀ…

Résumé : Cascadeur à moto, Luke apprend qu’il a un enfant. Il plaque tout, décidé à faire partie de sa vie. Mais par besoin d’argent, il tombe dans les braquages de banque. Il va apprendre que tout choix a ses conséquences. Un policier ambitieux, Avery Cross, croise sa route. Quinze ans plus tard, leurs enfants respectifs portent les stigmates des choix de leurs parents…

Valeur montante du cinéma indépendant américain, le cinéaste Derek Cianfrance poursuit son petit bonhomme de chemin et monte encore d’un cran dans ses ambitions filmographiques. L’auteur en 2010 du drame romantique Blue Valentine (avec Michelle Williams et déjà Ryan Gosling) signe avec The Place Beyond the Pines, son troisième long-métrage en, on l’espère, celui qui l’installera encore un peu plus dans le paysage du cinéma « indé » américain. Drame délicat construit sous la forme d’un triptyque, The Place Beyond the Pines, malgré son budget relativement étroit, se paie un casting en or et particulièrement vendeur. Outre la belle Eva Mendès, outre des seconds rôles solides comme Ray Liotta ou Rose Byrne, outre la jeune étoile montante Dane DeHaan (Chronicle, Des Hommes sans Loi), Derek Cianfrance s’offre surtout le luxe de faire se croiser dans un même film, deux des plus gros sex-symbol actuels du cinéma américain, Ryan Gosling d’un côté, Bradley Cooper de l’autre. De acteurs tombeurs de ces dames mais également deux talents purs qui copartagent l’affiche d’un film dont aucun n’est le héros !

Ecrit à quatre mains et avec complicité par Cianfrance lui-même et le scénariste Ben Coccio (The Beginner qu’il avait écrit et réalisé), The Place Beyond the Pines est donc un authentique drame qui se mue en tragédie aux accents presque antiques. Car on se croirait presque dans une tragédie grecque avec cette histoire traversant deux générations mais traversant surtout trois personnages tour à tour héros de leur segment dans un film en trois parties distinctes mais dont chacune n’est que la conséquence de la précédente. Un motard (Ryan Gosling) exhibant ses talents dans des manifestations foraines découvre qu’il est père. Il change de vie mais tombe dans le braquage de banque. Un policier ambitieux (Bradley Cooper) obnubilé par sa carrière croise sa route. Quinze ans plus tard, leurs enfants respectifs (Dane DeHaan et Emory Cohen) se connaissent et certains secrets hanteront leur relation. Trois étapes dans un film presque choral sans l’être, glissant par transfert de personnage en personnage avec grâce et fluidité, dominées par des questions comme : quel héritage laisse t-on à ses enfants ? Quelle image de la figure paternelle garderont ils ? Qu’est-ce qu’être père ? C’est après l’avoir été pour la seconde fois que Cianfrance arrivera à matérialiser une idée de scénario qui germait dans sa tête depuis des années. Sur des thèmes comme l’héritage et la transmission, Derek Cianfrance accouche d’un superbe drame douloureux sur les choix que l’on fait et sur la façon dont ils peuvent affecter notre propre vie, celle des autres et par transmission celle de nos enfants. Dans The Place Beyond the Pines, un événement, un choix va affecter et contaminer la vie de plusieurs personnes dans un effet domino pointant du doigt cette idée d’héritage qui plane au-dessus d’un film envoûtant et habité.

The Place Beyond the Pines est pour l’heure l’un des tous meilleurs films de l’année 2013. Porté par des comédiens en état de grâce (Ryan Gosling impressionne dans un rôle de beau rebelle taciturne charismatique qu’il ne connaît que trop bien, au point qu’il serait d’ailleurs temps pour lui  de se méfier de l’effet caricature de lui-même car à la longue, l’acteur s’enferme dans un type de rôle trop récurrent nous amenant à nous questionner sur la supposée étendue de sa palette de jeu de comédien / Bradley Cooper offre plusieurs visages avec talent / Eva Mendès est touchante et épidermique / Dane DeHaan n’a pas son pareil dans sa génération pour personnifier à l’écran de façon aussi épidermique de jeunes personnages torturés et mal dans leur peau, bouffé par le poids de secrets et de mystères), le film de Derek Cianfrance fait partie de ces œuvres fascinantes, celles qui vous entraînent sans vous lâcher une seule seconde en vous hypnotisant par leur pouvoir magnétique. A fleur de peau et d’une sensibilité époustouflante, The Place Beyond the Pines est remarquable d’intelligence dans son écriture et dans la conduite de sa narration s’inscrivant dans un registre souvent casse-gueule. Les styles, les tons, changent au fil des trois histoires, du sombre au lumineux, tout en restant ancrés dans cette idée de grande tragédie attractive, aidée par l’exceptionnel score du musicien Mike Patton.

Thriller dramatique poignant, The Place Beyond the Pines n’en oublie jamais de ne pas être ennuyeux, de ne pas pousser à l’excès ses envolées tragiques. Gardant en tête une retenue tout à son honneur, Cianfrance arrive à nous bouleverser tout en restant juste, trouvant un équilibre parfait entre la lumière et la noirceur, entre le dynamisme (des scènes de poursuites à moto à couper le souffle) et l’intimiste. En résulte une œuvre intense, dense, qui ne lâche jamais prise tout au long de cette saga familiale splendide à mi-chemin entre le polar âpre (l’influence de Scorsese ou de James Gray n’est pas loin) et le mélodrame ravageur bourré d’émotions. Si le film laisse parfois ses coutures un peu apparentes dans son mode opératique clinquant, il n’empêche que Cianfrance, qui confirme ici tout le bien que l’on pensait de lui, délivre une charge cinématographique d’exception, traversé par du talent à tous les étages. Parfois roublard, on pourrait penser  au gros drama sombrement désespéré. Et pourtant, des ténèbres se dégage souvent une forme de lumière particulière porteuse d’espoir, des tragédies naissant parfois des histoires incroyables. C’est le cas ici avec des personnages qui vont se révéler à eux-mêmes au rythme des coups de la vie, apprenant au passage tous quelque chose qui va les transformer à jamais. Tout est alors complémentaire dans un film à la mécanique généralement complexe à mettre en forme sans chuter. Globalement sobre, ne forçant jamais trop le trait stylistique pas plus qu’il ne cède à la facilité spectacle, The Place Beyond the Pines est bel et bien un film d’atmosphères immersif. D’atmosphères avec un « s » car il y en a plusieurs, au gré des héritages laissés aux autres par les choix de tout un chacun. S’il peut parfois se montrer légèrement inégal sur les 2h20 qui le construisent (et encore, même dans ses passages plus faibles, on reste dans du haut niveau au vu de l’exceptionnel qui les encadre et les entoure), The Place Beyond the Pines est une fois de plus un film sur les relations compliquées entre les gens, notamment les relations familiales (la récurrence du cinéma de Cianfrance), un film rugueux, âpre et dévastateur, mêlant réalisme, poésie et, par petits touches savamment utilisées, grandiloquence. Un régal sentimentalement épique, visuellement époustouflant, d’une magique douceur à l’ouïe comme il est une élégante fulgurance à l’œil. Et Cianfrance est bel et bien un metteur en scène à suivre.

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4 commentaires à propos de “THE PLACE BEYOND THE PINES (critique)

  1. Pour répondre à ta question, notre système de notation est un peu basé sur le mode de IMDB en somme, 7.5 / 10 car il est difficile de lui mettre plus. Si l’on met 8 ou 9 à un film comme celui, très bon sans être un chef d’oeuvre, quelle marge reste t-il pour évaluer des grands classiques du cinéma ? En gros, 8-9 ou 10/10 sont des notes réservés aux grands chefs d’oeuvre, ceux qui resteront dans l’histoire…

  2. Avec tant de compliments sur le film dans la critique, pourquoi seulement un 7.5/10?
    Alors moi j’ai vu le film hier soir. Et j’ai beaucoup aimé … mais…
    J’ai trouvé que le film n’était pas complètement à la hauteur de son ambition. En fait, j’ai trouvé que le fait de découper le scénario en trois parties était une bonne idée malheureusement celles-ci sont plutôt inégales en terme d’ambiance et d’intensité…
    Dans la première partie on découvre le personnage joué par Ryan Gosling et, un petit peu comme dans Drive, il est tout de suite magnétique à l’écran (d’ailleurs si on jouait au jeu des 7 différences entre son jeu dans Drive et celui dans ce film, on aurait du mal à les trouver ces différences! Le côté beau blond taciturne et (un peu) violent fonctionnait très bien dans Drive, ça marche bien dans The place beyond the pines également mais est-ce que ça marchera une troisième fois…? Bref…) L’ambiance également se met en place, on rentre dans l’histoire et puis au bout d’une heure… boum! il meurt et on passe au personnage du flic Avery Cross joué par Bradley Cooper (d’ailleurs le face à face entre les deux n’aura pas duré longtemps! lol)
    C’est à ce moment là que le film retombe un peu. Et ce n’est pas du tout de la faute de Bradley Cooper qui est vraiment parfait dans son rôle et qui arrive à offrir une palette d’émotions un peu plus vaste que celle de Ryan Gosling. Néanmoins, l’histoire de ce flic ambitieux qui découvre que ces petits copains de la Police ne sont pas très honnêtes etc est un peu moins intéressante. En fait il y a un changement d’atmosphère entre la première partie et la seconde ce qui est un peu dommage.
    Ensuite vient la troisième partie avec la rencontre des deux ados et la le film retrouve l’intensité qu’il avait un peu perdu (l’acteur qui joue le rôle du fils d’Avery Cross est parfait en jeune « petit con »).
    Donc pour résumer : Les acteurs sont très bons (n’oublions pas les seconds rôle Eva Mendes, Ray Liotta…) avec quand même mention spéciale pour mon chouchou Bradley Cooper, la mise en scène est très bien, la BO ne m’a pas marqué plus que ça mais est pas mal aussi, le film est assez long (2h20) mais on ne s’ennuie pas malgré une seconde partie un peu moins intense que les deux autres. Les thèmes abordés sont intéressants…
    Bref il FAUT aller voir ce film qui malgré quelques défauts, reste un très très bon film et pour le moment un des must de 2013!
    Et moi je mets un bon 8/10 :-)

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