LA RELIGIEUSE (critique)

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Nom : La Religieuse
Père : Guillaume Nicloux
Livret de famille : Pauline Etienne (Suzanne Simonin), Isabelle Huppert (mère supérieure du couvent St-Eutrope), Louise Bourgoin (Soeur Christine), Martina Gedeck (la mère de Suzanne), Françoise Lebrun (mère supérieure couvent Ste-Marie), Agathe Bonitzer (Soeur Thérèse), Alice de Lencquesaing (Soeur Ursule), Gilles Cohen (le père de Suzanne), Pierre Nisse (Marquis de Croismare), Lou Castel (Baron De Lasson)…
Date de naissance : 2013
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h52 – 5,5 millions €

Signes particuliers (+) : Une belle et élégante adaptation de Diderot, aux thématiques encore modernes et résonnantes d’actualité. Pauline Etienne est impressionnante.

Signes particuliers (-) : Le film est un peu engoncé dans la lourdeur du cinéma littéraire en costumes à la française.

 

HABEMUS VICTIMUS

Résumé : La jeune Suzanne Simonin est sacrifiée par ses parents issus de la petite noblesse et en proie à des difficultés financières. Elle est contrainte contre sa volonté à porter le voile. Envoyé dans un couvent, elle y est très proche de sa mère supérieure; Son décès va être une nouvelle épreuve et le début d’un calvaire qui n’aura de cesse de briser le destin de la jeune femme…

Révélation furieuse du cinéma français en 1998 avec son adaptation de Le Poulpe (son troisième film), Guillaume Nicloux a ensuite connu une carrière étrange, comme si le metteur en scène n’avait jamais réussi vraiment à la faire décoller mais travaillant quand même avec régularité, bon an mal an. Il décide cette fois-ci d’adapter un roman qui aura marqué son adolescence, La Religieuse de Denis Diderot, édité à titre posthume en 1796. Dans ce brûlot résolument anticlérical, l’histoire s’attache aux tribulations d’une jeune femme condamnée à porter le voile contre son gré par les pressions familiales et qui ne cessera de connaître le drame dans une jeunesse qui n’est pas sas rappeler un long chemin de croix christique aux multiples douleurs physiques et morales. Il fallait impérativement une jeune comédienne très forte et dégageant presque naturellement une émotion bouleversante pour incarner la fragile et délicate Suzanne Simonin au cinéma. Le choix de Nicloux se portera sur la jeune belge Pauline Etienne, lumière époustouflante du film, son huitième après notamment Le Bel Age en 2009 aux côtés de Michel Piccoli.

Guillaume Nicloux fait un travail d’adaptation formidable avec La Religieuse. Le cinéaste réussit à cerner les points importants du roman, à en extraire les thématiques fortes qui le traversent et qui, en prime, ont une incroyable résonance pleine de modernité et d’actualité. C’est ce qui a d’ailleurs plu au metteur en scène, la prédominance dans le roman de thèmes qui, encore aujourd’hui, sont plus que jamais forts comme si le monde n’avait finalement que guère changer entre le siècle de Diderot et le nôtre. La Religieuse parle du droit à la liberté et à la justice, de combat acharné pour les défendre, de dignité humaine, d’avenir contraint et imposé et du refus d’abdiquer pour s’en extraire. Et par ailleurs, coïncidence de calendrier, alors que l’église catholique bâtit son avenir, Guillaume Nicloux vient démonter son passé qui finalement, n’est pas si « passé » que cela. La Religieuse va se dédoubler au passage en une puissante charge non pas contre la religion en général (en mettant volontairement à l’écart le fait que ce soit le christianisme qui est au centre du film) mais contre l’obscurantisme, contre le fanatisme religieux qui souvent, dénigre, brise, broie au nom d’un Saint-Père invité à tort dans des affaires qui ne sont que trop humaines. Les drames de vie de la frêle, chaste et innocente Suzanne Simonin vont être le fil conducteur d’une critique virulente contre un esprit religieux rétrograde et borné qui, sous couvert de respect infini envers Dieu, fait preuve d’un irrespect absolu envers l’homme, envers sa nature, envers la vie, envers la décence et la logique. Tour à tour ballotée entre une famille qui la repousse, un couvent où elle subit des sévices punitifs et un autre où une mère supérieure jette son dévolu sur elle sur fond de pulsions sexuelles réfrénées (et homosexuelles) poussant à la folie, la calvaire de Suzanne Simonin devient presque un effroyable brûlot dénonçant la religion comme une folie de l’homme, comme une matière poussant l’homme à la folle déviance en lui refusant le monde et la vie pour lesquels il a été conçu.

Récemment, le drame religieux en costume nous avait laissé sur le catastrophique Le Moine de Dominik Moll avec Vincent Cassel. C’est dire si l’on ne craignait pas un peu le détour par une salle de cinéma pour cette Religieuse de Guillaume Nicloux. Heureusement, on est très loin ici du nanar lamentable de 2010. Nicloux accouche d’un film plus sobre, plus élégant, remarquable techniquement dans ses éclairages à la bougie, dans sa musique interprété en live dans le film (par Pauline Etienne sur des compositions de Max Richter), remarquable dans la précision de sa reconstitution historique mais surtout intense et passionnant, malgré ses longueurs. Sérieux, La Religieuse n’est pas une gratuité moralisatrice choquante mais un beau film privilégiant la rigueur et la justesse à toute envolées narratives faciles. Dans son bel emballage délicat, il exprime avec puissance et force le récit de la résistance dans son combat plein de conviction d’une jeune femme déterminée à aller chercher sa liberté de droit quoiqu’il en coûte.

La Religieuse, un brûlot pour un chef d’œuvre ? Peut-être pas pour des raisons qui le dépassent, inhérente au registre. Le film se traîne notamment toute la lourdeur du cinéma littéraire en costumes à la française, qui n’a jamais vraiment réussi à trouver la grâce dans sa mécanique de déroulement. On sent le poids du respect au roman, la rigidité de traitement, ce besoin auteurisant lourd qui ôte au film une bonne partie sa potentielle force brute charriant généralement avec elle tout ce qu’il faut de passion et d’âme pour élever un film au-delà de son rang. S’il ne souffre pas trop du côté du rythme malgré sa lenteur et quelques errements circulaires le conduisant à parfois tourner en rond et faire dans la redite là où aller de l’avant aurait donné un peu de fluidité à l’indigeste de nature, La Religieuse a globalement ce défaut de raconter le calvaire d’une martyr sans y importer souffle et émotion bouleversante malgré les tentatives qui échouent au pied d’un formalisme à la fois épuré dans le traitement et chargé dans sa construction à la densité trop épaisse.

La Religieuse n’est pas le meilleur exercice de Diderot et par conséquent, son adaptation plutôt fidèle, souffre des mêmes maux que le matériau dont elle s’inspire. Le roman faisait déjà un peu dans la surenchère dramatique, ce que reproduit un film où une tragédie devient alors un calvaire digne de la passion du Christ. Le travail accompli par Nicloux est cependant louable et même si son film manque un peu de force émotive, il reste un bel ouvrage filmique porté par une exceptionnelle comédienne bourrée de talent. Et La Religieuse, malgré ses défauts et sa maîtrisé ultra-léchée engoncée dans les canons esthétiques du genre, d’être quand un effort intéressant.

Bande-annonce :

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