THE IMPOSSIBLE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Impossible (aka Lo Impossible)
Père : Juan Antonio Bayona
Livret de famille : Naomi Watts (Maria), Ewan McGregor (Henry), Tom Holland (Lucas), Soenke Möhring (Karl), Samuel Joslin (Thomas), Oaklee Pendergast (Simon), Geraldine Chaplin (la dame âgée), Marta Etura (Simone)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis, Espagne
Taille/Poids : 1h47 – 40 millions $

Signes particuliers (+) : Le film essaie maladroitement de rechercher une certaine forme de véracité au-delà de ses plans joliment composés.

Signes particuliers (-) : Rarement aussi prenant et viscéral que les réelles images télévisées. Bayona force trop le trait mélodramatique sirupeux.

 

NE PAS FAIRE DE VAGUE…

Résumé : Le destin d’une famille éclatée lors du tragique tsunami de 2004 qui a frappé les touristiques plages thaïlandaises. Séparés les uns des autres, tous vont se battre dans le chaos et la désolation pour se chercher avec l’espoir de se retrouver…

Oh le sale parcours jonchés d’embûches que s’est taillé l’ibérique Juan Antonio Bayona pour son second long-métrage puisqu’il s’empare dangereusement de l’histoire vraie d’une famille ayant subi le cauchemar du mortel et ravageur tsunami asiatique de 2004. On sait le cinéaste talentueux, il l’a montré il y a quelques années avec L’Orphelinat, film de genre multi-récompensé dans plusieurs festivals. Mais après le fantastique, c’est au réalisme que veut se confronter Bayona qui va devoir avoir les reins très solides pour éviter les nombreux écueils qui se vont se présenter face à son projet : risques de dérives voyeuristes, de récupération et d’exploitation opportuniste d’une tragique catastrophe humaine, de sur-dramatisation lacrymale etc… D’autant que sa superproduction espagnole à gros budget se focalisera sur l’histoire émotionnellement forte d’une famille séparée dans le chaos de la catastrophe avec en  fond, un jonglage entre horreur malheureusement non-fictive et mélo pour lequel on craint déjà les appels du pied des sirènes hollywoodiennes. Parce qu’une caution est toujours utile à ce type de projet casse-gueule, Bayona va travailler en étroite collaboration avec Maria Bélon, la femme dont l’histoire a inspiré The Impossible, le titre de ce drame fleuve qui résume et justifie à lui-seul le déroulement presque improbable de l’histoire narrée.

Avec Noami Watts (excellente au passage) et Ewan McGregor pour vedettes, Bayona explore donc le cauchemar infernal dans lequel s’est retrouvée plongée une famille de touristes en vacances en Thaïlande pour les fêtes de Noël 2004. Une terre magnifique, des plages cristallines, un hôtel paradisiaque… des vacances de rêve. Jusqu’à un triste 26 décembre où à la suite d’un fort tremblement de terre en mer, une vague déferlante colossale s’est abattue sur ces lieux bondés de familles, locales comme étrangères. Des familles qui ne s’y attendaient pas, prises par surprise au petit matin par un monstre d’eau de plus de 30 mètres qui allait tout ravager sur son passage. Mais plus que le spectaculaire de cette catastrophe naturelle, The Impossible s’attarde sur l’après, sur le chaos ambiant régnant sur des terres dévastées, désolées. Un chaos dans lequel nombre de famille s’est retrouvé séparées, amputées, dispersées. Pour beaucoup d’entre elles, l’incompréhension, la barrière de la langue, la désorientation et surtout, l’enfer de ne pas savoir. Ne pas savoir si ses proches perdus ont survécu. Où sont-ils ? Ont-ils pu en réchapper ? Comment les retrouver ? Où aller et tout simplement, que faire ? Par l’histoire d’une famille parmi tant d’autres, Bayona voulait montrer la généralité d’un chaos, d’une désorganisation et d’une désorientation totale pour des gens en plein état de choc, paumés, perdus, abasourdis, dans l’incompréhension de ce qu’il vient de se produire sous leurs yeux. Et l’effroyable réalité ne va pas tarder à les rattraper. La mort, la destruction, la désolation et pour beaucoup, la séparation des uns des autres. The Impossible va raconter le combat d’une famille complètement éclatée dont les différents membres angoissés, vont se battre pour se retrouver dans un désormais no man’s land faits de débris, de ruines, de cadavres et de pleurs.

Après le fantastique, place au réalisme pour Bayona avec pour seule continuité dans sa filmographie : l’horreur. Mais de l’horreur fictive, le cinéaste espagnol passe à l’horreur cette fois-ci réaliste. L’effroi en est d’autant plus terrible. Le traumatisme du tsunami a mené à un besoin d’exorcisation en Asie avec plusieurs films catastrophes récents venus de différents pays. Le regard occidental s’était pour l’instant surtout résumé par le désastreux L’Au-Delà de Clint Eastwood qui lui consacrait un segment en revanche, pour sa part, très fort et impressionnant d’immersion. Le meilleur du film du metteur ne scène américain. Bayona passe derrière et son film se concentre entièrement sur la catastrophe et l’histoire de la famille Bennett va être une façon de représenter l’horreur vécue par beaucoup. De l’exemple à la généralité. Les intentions sont simples dans ce film en deux actes. Premier temps, la catastrophe et le récit de survie. Puis, acte deux, la recherche des uns et des autres dans le chaos, la lutte pour réunir les siens, pour se sortir du marasme.

Bayona évite bien des écueils qu’il aurait été facile de se prendre de plein fouet, autant d’obstacles comparables à ceux que doivent éviter ses protagonistes. Il parvient déjà à éviter tout voyeurisme condescendant empreint de pitié, un bon point pour lui. De même qu’il esquive la surdramatisation forcée. Ces deux points sauvent la qualité d’un film qui malheureusement, se retrouve handicapé par ailleurs par un manque de rage, d’aspérité qui va lui être fatal puisqu’il fait passer le métrage à côté de ses objectifs. L’ibérique voulait livrer une expérience tendue, frontale, éprouvante, par laquelle le spectateur aurait été immergé dans l’enfer que fut le drame. Mais The Impossible alternera le bon et le moins bien et aboutira sur un constat de semi-échec aussi bien dans sa première moitié que surtout, dans sa seconde, qui vire au mélo trop appuyé plombant le récit âpre qu’il voulait retranscrire. A noter également au rayon des bons points, la qualité de la prestation, outre de Naomi Watts, du jeune Tom Holland bluffant dans le rôle du fils aîné. Et puisqu’on parle casting, The Impossible est riche en seconds rôles et Bayona convoquera deux visages connus, d’abord la grande Géraldine Chaplin (qui avait déjà joué dans L’Orphelinat) et Maria Etura (l’héroïne pleine de charme de Malveillance) qui campe une jeune femme en état de choc à l’hôpital, incapable de parler.

L’expérience des 10 minutes d’horreur déboussolantes, la fameuse séquence redoutée du tsunami, est un moment violent, visuellement saisissant, au point qu’il aura fallu un an de préparation pour la mettre en boîte. Saisissante mais pas total par un manque de rage, d’intensité et de puissance dû essentiellement à une ellipse et un fondu au noir en plein centre qui se voulait peut-être comme un effet de désorientation pour nous mettre au même niveau que les victimes mais qui vient au final annihiler la continuité d’un moment violent et sauvage. Et Bayona de passer du coup un peu à côté de son objectif de nous plonger en immersion dans la confusion furieuse de ce déchaînement naturel meurtrier. Pourtant, par de brèves fulgurances, il arrive à nous faire ressentir ce choc asséné mais ce « moment de bravoure » filmique est finalement d’une durée relativement courte au regard d’un métrage qui a alors beaucoup de temps pour développer l’après. Un après dans lequel le scénario va s’enliser, contrebalançant ses bonnes idées par des mauvaises. Bayona arrive plutôt bien à nous faire assimiler les tenants et les aboutissants de sa problématique ou comment rebondir dans la confusion du chaos. La retranscription du chaos, la désorientation de personnes perdues, à la fois en état de choc et dans une volonté de se battre pour leur vie et pour les leurs, motivées par l’adrénaline boostée à son maximum, seront le meilleur d’un second acte pas mauvais qu’il essaie de décrypter l’après-catastrophe mais qui tourne mal quand il s’adonne au mélo sirupeux et au sentimentalisme exacerbé.

The Impossible semble perdu lui aussi entre la volonté de véracité puissante et le sensationnalisme d’une histoire extraordinaire. Bayona ne sait pas vraiment sur quel pied danser, il s’efforce de livrer un film épuisant moralement, physiquement et mentalement mais dans le même temps, il se laisse aller à un pathos de comptoir qui en limite les effets ressentis. Malheureusement pour lui, The Impossible met finalement plus en relief ses défauts que ses réelles qualités et ne réussit pas à nous prendre aux tripes, à nous chambouler dans un drame et une quête que l’on vivrait avec la même intensité que les personnages à l’écran. En cause, cette dualité incessante, entre rage impuissante et élégance de la mise en scène pleine d’effets poético-tragiques, entre rugosité et lourdeur, entre sobriété et émotion sur-recherchée. Sans être une purge navrante comme on pouvait le craindre, The Impossible peine à dépasser le stade du blockbuster aux ficelles parfois grossières pour entrer de plein pied dans un véritable film d’horreur ou plutôt un film horrible viscéral qui aurait brasser l’enfer, l’instinct de survie, la rage de la quête déterminée au courage et la solidarité humaine. Les intentions ne se révèlent que dans des soubresauts inspirés d’un film trop tendre, pas assez (et faussement) douloureux pour rendre vraiment compte de ce qui a été vécu et qui se regarde plus qu’il ne se vivre avec âpreté. On aurait dû en ressortir comme après un cycle pleine puissante immergé dans le tambour d’une machine à laver mais ce ne fut qu’un prélavage qui n’apporte pas un éclairage nous plongeant à même dans les à la fois fascinantes et non moins insoutenables images vues à la télévision.

Bande-annonce :

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