THE DIVIDE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Divide
Parents : Xavier Gens
Livret de famille : Lauren German (Eva), Michael Biehn (Mickey), Milo Ventimiglia (Josh), Courtney B. Vance (Delvin), Ashton Holmes (Adrien), Rosanna Arquette (Marilyn), Jennifer Blanc (Sam), Michael Eklund, Ivan Gonzalez…
Date de naissance : 2011
Nationalité : États-Unis, Allemagne, Canada
Taille/Poids : 1h52 – 3 millions $

Signes particuliers (+) : Une ambiance claustrophobique suffocante. Quelques fulgurances esthétiques notamment dans le final.

Signes particuliers (-) : Une très mauvaise gestion de la progression dramatique. Un script très décousu et qui pèche par manque de solidité.

 

CONFINEMENT ET FINEMENT CONS

Résumé : Une explosion atomique ravage brutalement New York. Huit personnes se réfugient dans le sous-sol de leur immeuble. Dans une ambiance lourde et pesante, les tensions vont progressivement prendre le pas sur la raison et le calme…

On avait quitté le français Xavier Gens en 2007 avec son maladroit Hitman, thriller d’action américain écrit par le scénariste Skip Woods. Après un court-métrage intitulé Les Aventures de Fusion Man, le cinéaste s’est lancé dans une recherche de financement digne d’un galérien pour réunir les seulement trois petits millions qui lui auront été nécessaire pour emballer son nouvel et ambitieux projet, The Divide, fable post-apocalytique mettant en exergue l’incapacité de l’homme à se serrer les coudes et à rester rationnel et civilisé quand il est confronté à un stress post-traumatique issu d’une situation inextricable et angoissante où tout son monde et ses repères se délitent. L’auteur du décrié, bancal mais courageux Frontière(s) aura connu toutes les peines du monde à monter son projet et continue à l’heure actuelle son chemin de croix puisque le film qui fait le tour des festivals, ne connaîtra vraisemblablement aucune sortie en salles en France mais plutôt une fin en direct-to-video programmée pour juin 2012 après une sortie déjà seulement technique aux USA. Comme quoi, nul n’est prophète en son pays.

Après avoir démarché des financiers indépendants en Europe et en Amérique du Nord, c’est en 2010 que Gens parvient enfin à attaquer le tournage de The Divide, sorte de huis clos claustrophobique, avec un budget tout riquiqui mais qu’il espère transcender à la force de ses idées. Genre casse-gueule par excellence, des idées, le huis clos en demande énormément afin d’être réussi. Problème de rythme, problème de renouvellement narratif, problèmes dus à l’unité de lieu, l’exercice exige beaucoup et appose de nombreux obstacles à qui s’y frotte. Avec The Divide, Xavier Gens part sur les routes de thématiques très ambitieuses pour une petite série B. S’ouvrant sur un cauchemar post-apocalyptique avec la vision d’un New York ravagé par des explosions atomiques, le film réunit une galerie de personnages hétéroclites dans un sous-sol miteux où ces quelques survivants à l’holocauste vont devoir réfléchir, penser, s’organiser en attendant on ne sait quoi dans une telle situation de cauchemar. Mais bien évident, le stress, la peur, la panique, la désorientation et le choc psychologique vont avoir des conséquences et à plus forte raison quand un groupe d’hommes mystérieux et armés, fait irruption dans les lieux, enlevant une petite fille et repartant aussi sec. On ne sait pas trop vers quoi nous emmène le cinéaste avec jusque-là, un récit très obscur et mystérieux où l’on n’en sait pas plus que les personnages eux-mêmes. On va le découvrir cela dit rapidement. Gens ne va pas vraiment s’attarder sur l’extérieur, sur la généralité de la catastrophe et de la tragédie mais sur l’intimisme de ce petit vase clos où les protagonistes vont s’affirmer et surtout se révéler et révéler leur tendance enfouies. Et le cinéaste de scruter l’éclatement d’un groupe qui au lieu de se souder, de survivre ensemble, va reproduire toute l’horreur du monde actuel dans leur carcan réduit, à la démesure de la folie que produit leur enfermement et la situation horrible qu’ils vivent.

Sur le fond, The Divide a de bonnes idées et présentent de bonnes choses dans l’exercice de style qu’il se révèle être. Mais rapidement, le projet va vaciller au point de se casser la gueule sur les écueils d’un genre dont on connaît tous les dangers. A commencer par l’importance de disposer de personnages solides et crédibles. Le concept même du huis clos impose d’avoir des bases extrêmement solides et les protagonistes qui vont se mouvoir dedans sont l’une des composantes essentielles à la réussite d’une œuvre du genre. Et malheureusement, The Divide échoue d’emblée sur ce premier point. Personnages exaspérant, peu intéressant, ne suscitant aucune empathie, on se fiche bien du sort de ce petit monde auquel l’on ne s’attache jamais par manque de profondeur dans leur caractérisation qui tombe, trop souvent, dans des clichés presque trop caricaturaux. La femme fragile en apparence mais forte de l’intérieur (la belle Lauren German), le petit ami couard écrasé (Ivan Gonzalez) par de fortes têtes qui se révèlent en méchanceté et en sadisme directeur au fur et à mesure (Milo Heroes Ventimiglia et Michael Eklund), l’homme énigmatique (l’excellent Michael Biehn), la femme terrorisée et asservie (Rosanna Arquette) et le vrai gentil dégoûté par tant d’horreur et qui fait tout pour ne pas y participer (Ashston Holmes). The Divide essaie de brosser un éventail de personnages très différents mais se rate par trop de simplicité. Mais pire que les personnages en eux-mêmes, leur trajectoire de laquelle découle tout le sujet du film, devient le réel problème plombant définitivement le film. Ne s’occupant pas de ce qu’il se passe à l’extérieur et abandonnant toute volonté d’expliquer les mystères ayant conduit à une telle situation (de la catastrophe à l’intrusion de ces étranges soldats/scientifiques en combinaison) Xavier Gens préfère scruter l’irrationalité de l’évolution de la situation de ce petit groupe partant en vrille. Sauf que la progression dramatique, la tournure que prend la situation et l’évolution de chacun des personnages participent à un illogisme de chaque instant où rien ne paraît crédible et cohérent. On pourrait invoquer que tout ceci est un condensé en seulement quelques jours d’une finalité logique bien qu’extrême et une parabole de la nature humaine, mais le scénario manque cruellement de sérieux dans son discours, de logique dans les actions et réactions, dans les évolutions psychiques et mentales comme si chaque protagonistes était réduit à une fonction caricaturale et représentative d’une trajectoire possible dans ce type de cas de figure.

Une fois de plus, le nouveau film de Xavier Gens présente des choses intéressantes mais se vautre pas trop d’erreurs handicapantes prenant le pas sur la tenue de l’ensemble. L’idée de délaisser complètement la généralité de la catastrophe pour se focaliser sur un groupe et la façon dont ses membres vont tenter de survivre, de s’imposer ou de construire une sorte de mini-société, est plutôt bonne et intéressante dans le fond mais manque de finesse dans sa construction, dans son évolution, dans tous les éléments qui composent le déroulement de son arc narratif. Remontant la pente dans un final de toute beauté, l’ensemble reste pataud, flemmard et surtout manque d’intelligence dans sa progression, dans ce qu’il cherche à montrer, la faute à une dynamique accélérée dans le discours. Soignant son œuvre pour ne pas trahir son maigre financement, Gens réussit pourtant par moments à reproduire une esthétique élégante à la David Fincher mais tous ses efforts formels sont de toute manière annihilés par un scénario qui manque cruellement de solidité et d’habileté où tout devient assez improbable par souci de traduire un discours riche sur la primauté de l’individualisme en tant de crise et la progression crescendo de la folie en milieu clos suffocant, en un minimum de temps. Gens a eu les yeux peut-être plus gros que le ventre avec un tel sujet et laisse sur sa faim avec un projet trop ambitieux.

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