TÉLÉ GAUCHO (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Télé Gaucho
Père : Michel Leclerc
Livret de famille : Eric Elmonisno (Jean-Lou), Maïwenn (Yasmina), Sara Forestier (Clara), Félix Moati (Victor), Emmanuelle Béart (Patricia Gabriel), Yannick Choirat (Etienne), Zinedine Soualem (Jimmy), Samir Guesmi (Bébé)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h52 – Budget NC

Signes particuliers (+) : Des personnages haut en couleur. Une ambiance savament cernée.

Signes particuliers (-) :A parler d’un esprit bordélique, le film le devient à son hauteur, avec lassitude.

 

TÉLÉ BRICOLO

Résumé : Victor quitte enfin sa banlieue pour Paris où il va étudier le cinéma, sa passion. Il a trouvé un stage sur une émission télé dont il se contrefout mais qui va lui permettre d’habiter pour la première fois seul dans un petit studio. Lorsqu’il fait la connaissance des membres de Télé Gaucho, une équipe hétéroclite faisant vivre une petite chaîne associative ultra-engagée, Victor ouvre une nouvelle page de sa vie…

Michel Leclerc, réalisateur en 2010 de l’une des meilleures comédies françaises de ces dernières années, est de retour deux ans à peine après le succès triomphal du Nom des Gens, pour un troisième long-métrage fonctionnant sur le même principe d’existence et de construction : faire rire tout en insufflant à sa comédie débridée pleine d’humour, du sens pour au final un résultat s’inscrivant dans le registre du film engagé orienté grand public. La recette avait fonctionné à merveille pour sa délicieuse drôlerie emmenée par Jacques Gamblin et Sara Forestier et l’on ne pouvait qu’espérer qu’elle fonctionne à nouveau cette fois-ci sur ce Télé Gaucho, chronique légère, rigolote et pourtant sérieuse sur les aventures/mésaventures d’un jeune homme découvrant le fantastique univers d’une télé locale résolument engagée à Gauche. Victor, aspirant cinéaste rêvant de Pasolini, de Truffaut ou de Godard, va voir sa vie bouleversée lorsqu’il fera la connaissance de Jean-Lou et Yasmina, deux doux-dingues tenant une foire surréaliste alimentant cette brinquebalante chaîne bénévole diffusant ses programmes en VHS sur une vieille télé à tube dans un lieu aux allures de bazar de quartier associatif loufoque. Puis viendra Clara, la femme de sa vie rencontrée au détour d’un reportage sur les pompes funèbres. Puis viendra Patricia Gabriel, animatrice télé rappelant lointainement un croisement entre Jean-Luc Delarue et Sophie Davant etc…

Michel Leclerc s’inspire ouvertement de sa propre vie, se remémorant sa période Télé Bocal entre 1995 et 2000, chaîne associative bordélique de quartier. Il se rappelle de ses aspirations de l’époque, de qui il était, de comment il vivait, de l’esprit qui animait l’organisation de ce groupe étonnant de diversité. D’un documentaire à la base, Télé Gaucho est devenu finalement un film, écrit à quatre mains avec Thomas Lilti. Et fidèle à ce qu’il raconte, la mise en scène de son film va se mettre au diapason de l’esprit qu’il évoque, fait de bric et de broc, de chaleur, d’une ambiance entre chaotique et joyeuse bordel déconstruit. L’idée de Télé Gaucho était sympathique et l’esprit visé rappelait quelque part Le Nom des Gens dans cet amoncellement d’anecdotes éparpillées remontant à la surface mises dans une foire brouillonne donnant lieu à une comédie gentiment anarchique et résolument décalée.

Mais voilà, la magie opérante qui avait rendu Le Nom des Gens si doux, si drôle, si amusant tout en convoquant un fond politisé engagé se perd cette fois-ci dans les méandres d’un film pâtissant finalement de son objectif et de son postulat de départ. Télé Gaucho, aventure humaine construite sur les cendres d’une période de vie foutraque, devient à son tour un métrage manquant de rigueur, de tenue, d’une construction assemblant ses éléments constitutifs dans un tout homogène. Le film de Michel Leclerc se perd dans une cacophonie incessante bruyante manquant de rythme, de charme et de drôlerie, s’abandonnant de trop sur la forme à l’esprit bordélique qu’il dépeint pour un résultat dans lequel le spectateur est égaré  en route, sacrifié sur l’autel d’un film presque conceptuel excessif où des images et des séquences maladroitement assemblées s’agglutinent les unes aux autres dans un équilibre vacillant. On aimerait trouver Télé Gaucho attachant, à l’image de ses personnages tous un brin perdus, tous un brin idéalistes ou pas, trop ou pas assez, mais la mayonnaise concoctée a viré, succombant à la gentille folie de l’ensemble déstructuré et désordonné.

Comme à son habitude, Michel Leclerc brocarde et le fait non sans un certain talent. La droite (souvent atterrante de bêtise rétrograde) en prend pour son grade mais, comme pour Le Nom des Gens, le cinéaste arrive à clairement prendre parti (à gauche) tout en s’amusant à se moquer sympathiquement des défauts « extrêmes » et « extrémistes » de la radicalité d’une gauche parfois prétentieuse, manquant de discernement, défendant ses idéaux sans aucun recul sur une généralité logique de sens. Ses « gauchos » comme il les qualifie gentiment, sont les pourfendeurs d’idées parfois délirantes, souvent excessives. Mais c’est parfois grâce aux excès de certains que l’on atteint parfois le palier d’avant, celui d’une forme de justice plus équitable.

Amusément caricatural, Télé Gaucho alterne une douce folie attachante et un esprit bordélique « attachiant », désagréable quand il se disperse dans les défauts d’un film choral patinant sur place, usant pas très adroitement de sa fraîcheur anarchique, ayant recours à des seconds rôles à l’utilité parfois discutable, simple composante d’un délirium destiné à alimenter une galerie foisonnante mais pas vraiment enivrante. Télé Gaucho ou l’exemple même du film bien sur le papier mais qui pèche dans son exécution par son esprit frondeur surjoué. Le tout reste sympathique, doté de quelques envolées satiriques amusantes se moquant de l’esprit partisan excessif tout en en défendant les intentions maladroitement exprimées. Dans l’hystérie collective générale de ce quasi-ovni, ça s’agite, ça débat, ça discute, ça hurle et ça crie, ça milite et défend des idéaux et ça révèle surtout des gens un peu perdus (à l’image d’un héros paumé entre volonté de s’adonner à la partisanerie et de se sauver lui-même). Parfois cruel, parfois grinçant, parfois drôle, parfois horripilant, Télé Gaucho parle de beaucoup de choses, ère, se trouve puis se perd. Dans tous les cas, Michel Leclerc ne transforme pas l’essai et livre un film en demi-teinte, pas vraiment abouti qui fait beaucoup de bruit, pas pour rien, mais on n’entend pas tout. Dommage mais pas totalement loupé et insupportable non plus, rien que pour cette douce folie qui émane de certains de ses personnages atypiques.

(note : En hommage -ou parce que c’était un jour sans- mais cette critique est aussi bordélique que le film.)

Bande-annonce :

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