SANS PLOMB (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Blood Car
Père : Alex Orr
Livret de famille : Mike Burne (Archie), Anna Chlumsky (Lorraine), Katie Rowlett (Denise), Matt Hutchinson (Donald), Marla Malcolm (l’autostoppeuse sexy)…
Date de naissance : 2007
Nationalité : Etats-Unis
Taille/Poids : 1h16 – 25.000 $

Signes particuliers (+) : Une idée de fond maligne et intelligemment intégrée (à défaut d’exploitée) et un hommage amusant au ciné de Russ Meyer ou de Troma.

Signes particuliers (-) : Un amateurisme à faire pâlir, des comédiens désastreux et un ensemble maladroit.

 

LE PLEIN… DE CADAVRES

Résumé : Archie, un jeune instituteur, rêve de conduire une voiture. Mais l’on est dans le un futur proche, l’essence coûte une fortune et seuls les très riches peuvent s’en offrir. Il cherche scientifiquement un mélange pouvant remplacer l’essence à base de jus d’herbe. La solution lui tombera dessus par hasard lorsqu’il se coupera involontairement au-dessus de son installation et qu’il s’apercevra que quelques gouttes de sang font démarrer le moteur…

Au départ et sur le papier, Blood Car, titré débilement Sans Plomb chez nous, avait tout de la petite péloche sans une tune mais avec de l’ambition, celle d’être à la fois une marrade grindhouse fun et délirante et une œuvre indépendante défendant un discours relevant de  la féroce satire sociale plus que jamais d’actualité et probablement pendant encore un petit moment (la preuve, on est en 2013 ça marche toujours alors que le film date de 2007). Le pitch est simple, un mec, une bagnole, du sang. Le mec se rend compte qu’en mettant du sang dans le réservoir de sa bagnole, mélangé avec du jus d’herbe, ben elle roule du tonnerre ! Et ça tombe bien car on est dans le futur, que l’essence est très rare et coûte du coup très très chère et que personne ne peut s’en payer à part les très très riches. Les pauvres, eux, roulent donc à vélo ou marchent. Mais Archie, lui, veut être cool. Il veut conduire, d’autant qu’une bagnole revient à disposer d’un aimant à nanas et que lui est un peu le geek bizarre de service s’attirant seulement les faveurs d’une vendeuse de jus d’herbe au look proche de celui de l’inénarrable Annette (celle avec ses couettes) dans Hélène et les Garçons. Aussi, ben Archie n’a pas d’autre choix que de tuer des gens pour mettre leur sang dans sa caisse et pouvoir frimer devant des cagoles qui tout d’un coup, sont irrésistiblement attiré par son bolide et ce qu’il y a dans son pantalon. Voilà, on a à peu près fait le tour de Blood Car, qui renvoie aussi bien à du Troma, qu’à du Russ Meyer ou du grindhouse avec un soupçon de décalé satirico-politisé à la John Waters.

Concrètement, avec 25.000$, on ne pouvait qu’attendre de cette bobine quasi-amateur, qu’elle soit un tout petit fun, un tout petit peu barrée et en revanche complètement grindhouse et bisseusement jouissive et déviante, avec une touche de craspec pour saupoudrer un discours résolument engagé et placé dans un film d’horreur quasi-politique. Presque réussi et presque raté à la fois. On voit très bien où Alex Orr voulait en venir mais autant dire que l’apprenti « cinéaste » s’est un peu planté avec ce premier long-métrage après deux courts, lui dont l’expérience est plus dans la technique comme assistant réal, chef électro plateau ou responsable d’unité de production (il a bossé sur quelques films comme The Signal ou séries télé) qu’artiste seul aux commandes d’un projet. Orr voulait faire une petite série B pas trop dégueulasse en reprenant l’esprit des bons vieux films d’horreur bis des eighties soit, en gros, reposant essentiellement sur un pitch plus qu’un script et mélangeant gore et cul dans une certaine forme de médiocrité simpliste attachante. Sauf qu’il aurait dépassé cela en y injectant une vrai parti pris, une vraie thématique argumentée qu’il défend bec et ongle et qu’il place en avant de son film d’horreur qui n’a rien du coup de débile ou de gratuit. Le fond devant la forme, la forme servant le fond, on a pas trop l’habitude dans le cinéma de genre, surtout celui de cet acabit là, mais si les deux pouvaient coexister, on prend bien volontiers. Sauf que malheureusement, petit constat d’échec partiel voire même total à cause d’un élément fatal. Blood Car éprouve toutes les peines du monde à se rendre attachant et pour cause, sa générosité est en souffrance, tantôt insuffisante, tantôt tellement forcée qu’elle ne fonctionne pas. Et ça, c’est bien l’arme numéro une contre le manque de pognon et c’est bien dommage car une chose est sûre, difficile de reprocher à Alex Orr son absence de sincérité sur un projet qu’il a porté de tout son cœur.

Extrêmement mal joué par son comédien principal à tarter, mal dialogué par Orr lui-même qui a écrit un scénario un peu trop mécanique et redondant, tournant en rond sans direction précise vers laquelle avancer pendant une bonne partie du métrage avant de se décanter, Sans Plomb a finalement des allures de belle purge multipliant les faux raccords tellement visibles qu’ils en deviennent comiques. Techniquement, le cinéaste est à la rue (sans mauvais jeu de mot) et comble le vide absolu cinégénique de son film surréaliste de débilité dans l’écriture grossière de sa forme (pas de son fond) par un enchaînement effréné et rébarbatif de morts et de scènes de cul totalement gratuites (mais ça, c’est pas grave hein !) mais finalement gonflantes tant elles reviennent à fréquence régulière à chaque fois que le film ne sait plus trop quoi faire, ce que l’on grille vite et qui a le don d’agacer puisque l’on a du coup cette fâcheuse impression d’être pris pour des triples buses. Mais en vérité, Sans Plomb n’est pas débile et c’est ça qui est dommage. Orr semble plus obnubilé par sa tentative de faire un petit film fauché mais qui trouvera le cœur du public par sa sincérité affichée derrière ses carences techniques et surtout par le discours qui sous-tend tout son arc narratif, que par l’envie de faire un film super chouette et sympa. Un discours critique connu que l’on retrouvait déjà dans quelques autres films d’horreur auparavant et selon lequel la société, par ses travers et son système de fonctionnement inefficace et cynique, oblige ses citoyens à commettre l’inacceptable pour survivre et s’en sortir. Ici, Archie est un non-violent, végétarien convaincu, gentil comme tout et serviable. Mais son désir de se hisser un cran au-dessus de sa médiocre condition, sa frustration d’être incapable d’attirer l’attention des belles femmes, de ne pas pouvoir frimer au volant d’une voiture, plaisir uniquement réservé aux riches, vont le pousser à aller à l’encontre de toutes ses croyances. Trahir ses principes comme seule solution pour s’en sortir dans une société broyeuse, qui étouffe les convictions et oblige à leur tourner le dos, voilà ce que défend Blood Car et c’est pas si idiot que ça dans le fond, de même que dans la façon dont il essaie de le faire. Mais voilà, l’amateurisme du film a vite fait de tuer ses espoirs de s’envoler vers une catégorie supérieure à celle de nanar absolu dans laquelle le film se morfond.

Un nanar d’une nullité effarante, voilà malheureusement ce qu’est cet étrange Blood Car aux deux visages. D’un côté, un film à peine vendable en DVD à 49 centimes dans une station service de nuit au fin fond de la Meuse et de l’autre, une œuvre indépendante touchante par l’intelligence de départ de l’entreprise de son auteur. Son amateurisme, sa cheaperie horripilante et le manque d’inspiration d’Alex Orr pour donner corps et vie à cette idée à la base amusante doublée d’une féroce et acide critique du système sociétal actuel (symbolisée par cette magnifique phrase d’accroche présente sur l’affiche « un plein coûte un bras ? ») ont vite fait de lui planter un couteau dans le dos et de le tuer. Et nous avec en le regardant…

Bande-annonce :

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