ROBOCOP de José Padilha (version 2014)
En salles – critique (SF)

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541514.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 5.5
Carte d’identité :
Nom : RoboCop
Père : José Padilha
Livret de famille : Joel Kinnaman (Alex Murphy), Gary Oldman (Norton), Michael Keaton (Sellars), Abbie Cornish (Ellen Murphy), Samuel L. Jackson (Novak), Jay Beruchel (Pope), Jennifer Ehle (Liz Kline), Michael K. Williams (Jack), Jackie Earle Haley (Maddox)…
Date de naissance : 2013
Majorité : 05 février 2014 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 1h57
Poids : 100 millions $

 

Signes particuliers (+) : Robocop version 2014 est loin d’être la catastrophe annoncée et José Padilha est en grande partie l’artisan de ce sauvetage inespéré. Le cinéaste injecte de son talent de petit génie virtuose pour signer un film traversé de fulgurances de mise en scène et qui surtout, fait l’effort au-delà de son formatage calibré grand public, de conserver le fond politisé du film de Verhoeven en réactualisant ses thématiques. Un actioner humble, honnête et divertissant.

Signes particuliers (-) : Bien entendu, le film ne pourra en aucun cas soutenir un portrait associé à son modèle. La comparaison est déloyale. Néanmoins, on regrettera que ce remake façonné sur des bases édulcorées, accumule les maladresses et facilités narratives et constitutives, trahissant à bien des égards le mythe de Robocop pour en faire un produit plus calibré et mélodramatisé perdant ainsi en singularité et en caractère.

 

LE RETOUR DU FLIC AUX COUIL*** D’ACIER

LA CRITIQUE

Résumé : Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d’acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme…

robocop
L’INTRO :

Le remake de Robocop est un projet maudit par les fans et passés par toutes les phases. Son annonce a fait bondir avec véhémence des hordes de cinéphiles encore marqués par la purge qu’était Total Recall, autre remake pillant l’héritage du néerlandais Paul Verhoeven pour l’abaisser au rang de grosse machinerie hollywoodienne indigeste et idiote. Puis le choix du brésilien José Padilha aux commandes de ce reboot a quelque peu rassuré, le cinéaste bénéficiant d’un crédit certain après son acclamé diptyque Tropa de Elite. Mais c’était avant que ne soient dévoilées les premières images… Une photo d’abord. Celle du néo-costume du légendaire flic d’acier, arborant une tenue high tech à mi-chemin entre un Batman robotisé et un membre des Daft Punk. Puis une bande-annonce qui laissait présager rien de bon sinon une débâcle d’avance programmée avec un flic mécanique aussi agile que SpidermanSic… Pour couronner le tout, des déclarations qui filtrent selon lesquelles Padilha crie son désespoir face à un tournage cauchemardesque où il se plaint d’avoir eu les mains liés sur un projet où toutes ses idées étaient incessamment rejetées. Et ce Robocop de presque avoir une mauvaise réputation avant même d’être sorti…

Robocop oldman

Au casting, le méconnu Joel Kinnaman (excellent dans la version américaine de la série The Killing) repend le rôle anciennement dévolu à l’excellent Peter Weller. Bonjour la pression. Gary Oldman est le scientifique derrière sa « création frankensteinesque », Michael Keaton est le patron crapuleux de la firme militaire OmniCorp visant l’implantation de policiers robotisés sur le sol américain, et la belle Abbie Cornish (Sucker Punch) incarne une « veuve Murphy » nettement plus présente dans l’histoire que celle du film de 1987. Samuel L. Jackson, Jay Beruchel, Jennifer Ehle, ou encore Michael K. Williams complètent la distribution.

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L’AVIS :

Peut-être parce qu’on s’était tellement préparé au pire, peut-être aussi parce que José Padilha a su trouver le moyen d’injecter un peu de son talent et de sa personnalité dans un blockbuster calibré et formaté mais toujours est-il que, oh surprise, ce reboot de Robocop n’est au final pas si mauvais qu’on pouvait le redouter. Au contraire, il s’impose même comme une agréable surprise divertissante, certes bien loin du chef d’œuvre originel signé Paul Verhoeven, au moins autant qu’il n’est loin du « viandage » qu’était le récent remake de Total Recall. Padilha emprunte un itinéraire bis qui arbore moins de caractère que son modèle, mais le chemin mineur sur lequel il évolue n’est pas aussi ennuyeux et insipide qu’une morne autoroute goudronnée. Les inquiétudes laissées par la bande-annonce s’atténuent au fur et à mesure que ce remake déploie sa nouvelle histoire prenant pas mal de libertés vis-à-vis de son imposant et illustre ancêtre, pour s’insérer dans un créneau plus balisé et grand public. Même ce fameux néo-costume qui aura tant fait couler d’encre, trouve un sens et une explication intelligemment logique dans cette histoire perdant certes en impact et en violence mais respectant néanmoins son aîné à bien des égards. Et c’est sans faire référence à un clin d’œil musical aussi inoffensif que délectable et faisant office d’hommage introductif attendu.

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Alors oui, on aura à redire sur cette version modernisée plus consensuelle dans sa facture. Des défauts, Robocop 2014 en aligne à la pelle. Un Joel Kinnaman aussi expressif qu’une quiche lorraine et qui ne retrouve pas l’intensité du jeu robotisé de Weller en son temps, probablement aussi à cause d’un personnage auquel on a voulu donner davantage de nuance et d’émotion. Grave erreur qui rend ce nouveau « Robocop » moins fascinant et plus humainement mièvre, à l’opposé de la froideur du héros culte des eighties. Ensuite, certains choix artistiques ou narratifs sont matière à débat, sa BO bruyante laisse parfois perplexe et surtout, ce Robocop là n’a plus la poigne dévastatrice, l’excessivité cataclysmique et le culot frontal qu’on a connu avec le chef d’œuvre de Verhoeven, il y a plus de 25 ans, ce monument de violence explosif et marquant. En cause, une trame plus « facile », linéaire et rabougrie, qui perd en nature et en singularité, moins originale dans son approche, davantage cousue de fil blanc et bâtie sur les codes traditionnels du sacro-saint cinéma-spectacle avec moins d’aspérités formelles et thématiques.

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Pourtant, s’il s’érige droitement dans ses bottes sur les cendres de l’original, Robocop version 2014 parvient à ne pas se faire détester. Pourquoi donc ? D’abord, parce que l’emballage qui abrite le cœur de cette nouvelle version modernisée a fière allure. Avec une réalisation élégante et nerveuse qui non seulement tient la route mais le fait en plus avec la capacité de s’octroyer quelques fulgurances étonnantes à la fois d’audace et de virtuosité, José Padilha en met non seulement plein la vue, et plutôt bien au demeurant, et nous gratifie d’une multitude de plans qui trahissent la présence d’un petit surdoué noyé dans les conventions à respecter pour tenir un cacher des charges qui ne seyait pas bien à un film exigeant davantage de liberté pour s’exprimer au mieux. Mais le vrai point fort à sauver de cette tentative de remake désespérée et plus policée pour s’adresser au grand public, et de voir à quel point le cinéaste se bat de toutes ses forces pour conserver au milieu de ce déluge d’action efficace, le fond politisé cher au film de Verhoeven avec ici une réflexion réactualisée sur les dérives de l’autoritarisme, sur les dangers du surprotectionisme, de l’interventionnisme et de l’ingérence, avec au passage, une critique acerbe de la manipulation et de la désinformation médiatique organisée par un milieu devenu un véritable fléau pour la communication moderne, par sa capacité à prendre en otage les mécanismes de réflexion personnels de son auditoire en truquant l’information pour imposer une pensée prédéterminée liée à accointances et cynisme. Une thématique chère à Verhoeven, que Padhila essaie d’approfondir avec une vision modernisée.

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Si l’on peut dire adieu aux séquences cultes et mémorables qui zébraient l’original, force est de constater que le procès n’était au fond pas équitable. Padilha ne pouvait rivaliser avec Verhoeven et au fond, lui-même le sait. C’est pourquoi il signe plus un « reboot » qu’un « remake ». Humblement, le metteur en scène accouche d’un film qui, sans être bon, est en tout cas loin de se couvrir de honte. Mis au pied du mur avec le modèle de 87 comme tireur, Robocop 2014 n’avait aucune chance. Pris en soi comme un film nouveau à l’existence factuelle certes critiquable, il sauve les meubles et remplit une bonne partie de son contrat en essayant de s’élever comme il le peut. Et c’est déjà pas mal. On s’attendait en toute honnêteté à un nanar inassumable, on se retrouve à l’arrivée avec un blockbuster nuancé, un peu light dans l’écriture de sa dramatique trop sublimée et mélodramatisée trahissant souvent l’esprit et l’essence même de Robocop, mais évitant le zéro pointé par quelques bonnes idées et un look correct. Quand on est fan de l’original, on peut vite prendre ce reboot comme une trahison plastique et idéologique. Mais en faisant l’effort d’essayer de mettre de côté le modèle originel… Passable mais sans mention, reste un actioner efficace, pas si bête, et visuellement capable de grandes choses. On éprouve même une pensée respectueuse envers José Padilha qui a sans cesse nagé à contrecourant face à un studio rejetant toutes ses idées pour donner de la personnalité à un film marketé « grand public » et PG-13. Le réalisateur s’en tire pas si mal au vu des circonstances et si échec il doit être, ce seront aux exécutifs d’assumer la responsabilité de cette démarche de recréation insensée, car à son niveau et avec les cartes en sa possession, Padilha lui a fait du mieux qu’il pouvait et un bon boulot. On se prête juste à rêver de ce qu’en aurait réellement fait Padilha s’il avait eu carte blanche pour laisser libre court à son imagination et à ses ambitions.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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