NYMPHOMANIAC, VOLUME 2 de Lars von Trier
En salles – critique (drame)

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418692.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 5.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Nymphomaniac : Vol. 2
Père : Lars von Trier
Date de naissance : 2013
Majorité au : 29 janvier 2014
Type : Sortie en salles
Nationalité : Danemark, France, Allemagne, Belgique
Taille : 2h04
Poids : 9,4 millions €
Genre : Drame, érotique
Livret de famille : Charlotte Gainsbourg (Joe), Stellan Skarsgård (Seligman), Stacy Martin (Joe jeune), Shia Laboeuf (Jérôme), Jamie Bell (K), Jean-Marc Barr, Willem Dafoe, Udo Kier…

Signes particuliers (+) : Enfin la suite d’un film que nous n’avions pu voir qu’à moitié, chose frustrante surtout au regard de la beauté du premier volume. Cette seconde partie achève de rendre l’oeuvre épique qu’est Nymph()maniac d’une cohérence et d’une richesse fabuleuse et absolue. La lumière de la première partie cède sa place aux ténèbres de la seconde. Ou plus clairement, le temps de la jouissance cède sa place au temps du repentir et de la souffrance expiatoire. Un film plus difficile mais se fondant dans une cohérence évidente.

Signes particuliers (-) : Si l’on ne percevait pas bien encore où voulait en venir au final le génie danois après une première partie qui ne livrait pas toutes ses clés, désormais on le sait. Et malgré le respect dû à son auteur et la reconnaissance d’un travail admirable, difficile de le suivre aussi loin sur le terrain du cynisme, du fataliste et de l’amertume. Nymph()maniac est le témoignage d’un regard dégoûté sur l’homme et l’humanité environnante. Von Trier n’est jamais apparu aussi désespéré, pervers, malsain et nihiliste.

 

DE LA LUMIÈRE À L’OMBRE : TRAJECTOIRE INVERSÉE

LA CRITIQUE

Résumé : La suite de la folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est autodiagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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L’INTRO : Notre critique du Volume 1, c’est ici.

Scindé en deux par son producteur pour en faciliter l’exploitation en salles et ainsi éviter d’effrayer le public face aux volumineuses 4h30 du très long-métrage, Nymph()maniac livre enfin sa seconde partie et nous permet ainsi d’avoir enfin une vision globale du supposé film définitif sur le sexe version Lars von Trier, une fois de plus à l’œuvre dans la provocation avec cette immersion totale sous forme de fresque « épique » explorant la vie d’une véritable nymphomane. Ce volume 2 reprend donc exactement là où s’en était arrêté le premier, avec une Joe (Charlotte Gainsbourg) toujours alitée, confessant ses « péchés » et sa vie à cet inconnu de Seligman (Stellan Skarsgard) qui l’a recueilli chez lui après un passage à tabac. L’histoire avançant dans la vie de Joe, l’heure est venue pour la comédienne française d’avoir droit à « sa partie » et c’est désormais sous ses traits que nous la suivront après l’éblouissante prestation de Stacy Martin qui l’incarnait jeune. Au programme des « rencontres » de ce second chapitre, Willem Dafoe, Jamie Bell, Jean-Marc Barr ou encore Udo Kier dans un mini-rôle anecdotique.

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L’AVIS :

Passé le carton d’introduction passablement énervant et frustrant, nous avertissant qu’il s’agit là d’une version censurée avec le consentement du génie danois mais pas son concours,  Nymph()maniac volume 2 replonge vite dans son récit autour du sexe et ses tourments. Un « volume 2 » qui va enfin nous permettre d’appréhender l’œuvre (ou le chef d’œuvre) dans son véritable sens définitif. Car autant nous avons essayé du mieux possible d’émettre un avis à l’issue de la première partie, autant il est quand même compliqué sur le fond d’évoquer un film en en ayant vu seulement la moitié. Toujours est-il que l’heure est venue de pouvoir boucler la boucle et de saisir réellement et au mieux ce Nymph()maniac qui nous avait paru si brillant au terme de son premier volume puissant, émouvant, dur, intelligent, profond, et traversé de moments de cinéma foudroyants de beauté même si von Trier avait parfois une fâcheuse tendance à surjouer son néo-style très chargé visuellement.

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Avec ce volume deux, nous découvrons enfin les intentions finales de cette fresque ultime et d’une richesse à faire pâlir, qu’est Nymph()maniac. En somme, une sorte de périple personnel empruntant une symbolique religieuse et christique illustré par les oppositions entre les églises orthodoxe et catholique. Pour von Trier, la première est celle du bonheur tournée vers l’enfant-Jésus, l’imagerie de sa naissance dans les bras de la vierge Marie. La seconde, est celle de la souffrance, ancrée dans les notions de repentir, d’auto-culpabilité, de crucifixion et de martyr. A l’image d’un trajet de l’une à l’autre, Joe ira du bonheur vers la souffrance. Ou plutôt de la jouissance vers le repentir expiatoire de ses péchés, comme le souligne les affiches du film, la première illustrant le plaisir, la seconde l’expiation douloureuse. Passée cette clé de décryptage éclairant la construction du film tout entier, on comprend instantanément que cette seconde partie sera nettement plus difficile, moins lumineuse, plus tragique. De fait, on sous-estimait à quel point…

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Si de son apparent moralisme noir et nihiliste il se dégageait au final une sorte de luminosité à l’issu de la première partie, la découverte de l’œuvre dans son ensemble a vite fait de replacer les choses dans leur contexte nourri à la douleur morale et physique. On l’avait déjà deviné par ses travaux récents mais le constat est cette fois sans appel : Lars von Trier est de plus en plus un provocateur au regard tristement amer et fataliste sur l’humanité. Son portrait désormais complet, Nymph()maniac se révèle une œuvre terrible de noirceur, profondément cynique, sombre, perverse, radicale, où le cinéaste crie sa mélancolie désespérée dans un hurlement qui témoigne de son dégoût et de la perte de sa foi en l’homme et en l’humanité. On aimerait le suivre sur tous les terrains qu’il explore, mais là, trop c’est trop.

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Nymph()maniac, c’est comme converser passionnément autour d’arguments intelligemment réfléchis avec un cynique de la pire espèce. L’échange a beau être très intéressant, question d’opinion, on se refuse de céder à autant de cruauté fataliste. A l’image du film lui-même, von Trier vrille vers le dégoût. Dégoût d’idées faisant écho à un dégoût visuel d’une seconde partie nettement moins virtuose que sa prédécesseur. Pourtant, le talent n’est pas parti en cours de tournage. Des fulgurances, Nymph()maniac volume 2 en a lui-aussi. Des passages de provocation idéologique magnifiquement étayés, des moments brillants, comme lorsque le cinéaste s’autorise un peu d’humour soulageant le poids mort qu’est ce pavé pas loin de l’indigestion. Mais pour autant de petites jouissances, comme Joe, nous devons nous infliger un monument de peine tourmenté et éprouvant qui laisse poindre une forme de mépris et de dédain dans ce qu’il forme à l’arrivée à savoir un édifice cohérent et brillant d’intelligence mais réservé dont la demeure est réservée à ceux qui accepteront d’y vivre selon ses lois.

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Dans son entièreté, ce nouvel effort ambitieux mais confus, aux mille idées tirant dans tous les sens au point de placer les cerveaux en surchauffe, écartelés à devoir suivre les nombreuses pistes explorées et digressions assumées, se transforme en un pensum pesant aussi bien moralement que visuellement. Une sorte de thèse cinématographique oppressante au point d’étouffer, radicale au point de rebuter, torturée au point de lasser. Cette psychanalyse personnelle déguisée et incarnée par un voyage dans la sexualité féminine qui ne sert finalement que d’imagerie à un discours aux directions trop éparpillées pour finalement seulement discourir sur l’être humain, est peut-être l’excès de trop, celui qui fait passer le danois du passionnant génie torturé et tortueux au grotesque caricatural alors qu’il nous laisse, avec sur les bras, un monstre cafardeux et déprimant capable de vous plomber une journée par sa finalité désabusée et malsaine. C’est dommage, Nymph()maniac aura su nous faire vibrer autant qu’il aura su nous écœurer par son désespoir résigné. Désolé Lars, nous t’avons toujours défendu quoique tu fasses, quoique que tu exprimes, en comprenant tes points de vue et les louant et ce depuis toujours. Mais sur ce coup là, on ne peut te suivre. Peut-être à la prochaine…

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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