QUE VIVA EISENSTEIN ! de Peter Greenaway : la critique du film [Sortie Ciné]

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que_viva_eisensteinnote 6.5 -10
Nom : Que Viva Eisenstein !
Père : Peter Greenaway
Date de naissance : 2015
Majorité : 08 juillet 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Hollande, Mexique, Finlande, Belgique
Taille : 1h45 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic

Livret de famille : Elmer Bäck (Sergueï Eisenstein), Luis Alberti (Palomino Canedo), Maya Zapata (Conception), Rasmus Slätis (Grisha), Jakob Öhrman (Edouard Tissé), Lisa Owen (Mary Sinclair), Stelio Savante (Hunter)…

Signes particuliers : Dix jours de la vie du cinéaste Sergueï Eisenstein, qui l’ont transformé à jamais. Un film plein de folie pour les uns et un beau document pour cinéphiles, pour les autres.

QUE VIVA PETER GREENAWAY !

LA CRITIQUE

Résumé : En 1931, fraîchement éconduit par Hollywood et sommé de rentrer en URSS, le cinéaste Sergueï Eisenstein se rend à Guanajuato, au Mexique, pour y tourner son nouveau film, Que Viva Mexico ! Chaperonné par son guide Palomino Cañedo, il se brûle au contact d’Éros et de Thanatos. Son génie créatif s’en trouve exacerbé et son intimité fortement troublée. Confronté aux désirs et aux peurs inhérents à l’amour, au sexe et à la mort, Eisenstein vit à Guanajuato dix jours passionnés qui vont bouleverser le reste de sa vie.que_viva_eisenstein_2L’INTRO :

Quand on écoute ou qu’on lit Peter Greenaway parler de Sergei Eisenstein, on ne doute pas une seconde de l’amour sincère que porte le réalisateur australien à son homologue russe de la première moitié du XXème siècle. Greenaway avait été fasciné très jeune par ce qui faisait toute la valeur et la force du cinéma d’Eisenstein, cette façon de propulser des idées fortes à travers un cinéma sérieux et engagé, ne trahissant pas son propos ni par sentimentalisme aseptisé, pas plus qu’il ne le noyait dans une prétention artistique pompeuse. Eisenstein était un maître d’un cinéma poignant, rageur, pur, réel, enraciné dans les questions politiques de son temps, et dans le même temps spectaculaire, violent, incisif. C’était surtout le maître de la métaphore, qu’il ne déguisait pas avec lourdeur dans un récit prosaïque mais qu’il balançait fiévreusement à l’écran avec un sens inventif du choc et de l’entrechoc des images, produisant ainsi du propos par un langage unique et alors, inédit. Le cinéma de Peter Greenway s’est souvent inspiré de celui d’Eisenstein. L’australien ne s’en jamais caché. Aujourd’hui, le voilà qui rend un vibrant hommage au génie derrière des chefs d’œuvre matriciels du septième art tels que La Grève, Le Cuirassé Potemkine, Octobre ou Alexandre Nevski. Que Viva Eisenstein capture tout ce qu’était le metteur en scène soviétique à travers le récit de dix jours passés à Mexico, pour le tournage de son projet malade, Que Viva Mexico, film inachevé tourné en 1932. Pourquoi inachevé ? C’est ce que s’applique à raconter ce nouveau long-métrage de Greenaway, à la base prévu comme un documentaire avant de vriller vers la fiction. Un film qui a connu les honneurs de la compétition officielle au dernier Festival de Berlin.QUE+VIVA+EISENSTEIN+PHOTO1L’AVIS :

L’amour débordant voué à Eisenstein par Peter Greenaway, associé au fait que depuis de nombreuses années, le cinéaste est devenu le spécialiste mondial ès-Eisenstein, ne pouvait conduire qu’à une œuvre respectant philosophiquement, spirituellement, thématiquement et historiquement son sujet. Que Viva Eisenstein respire Eisenstein, transpire Eisenstein, se fond dans Eisenstein, vibre à chaque instant pour Eisenstein, met à nu Eisenstein, au propre comme au figuré. Peter Greenaway s’attache à illustrer un épisode clé de la vie du metteur en scène russe, épisode qui sera d’une importance considérable dans l’évolution de son œuvre car historiquement, son voyage à Mexico l’aura transformé, personnellement et artistiquement. Tout le génie au centre de Que Viva Eisenstein est la façon dont Greenaway rend compte de son idole fascinant. Si sa mise en scène est ultra-présente, très démonstrative même, elle n’a jamais pour vocation de se mettre au-dessus de son sujet, au contraire, préférant se mettre au diapason de celui-ci. Avec toute la splendeur, la verve créative et son langage à mi-chemin entre le poétique et l’expérimentalisme, Greenaway ne rend pas seulement compte de ce qu’était Eisenstein à travers son histoire, il le fait également à travers sa réalisation, qui s’applique à peindre le portrait partiel d’un homme en utilisant la rhétorique de son propre travail. On ne pouvait pas faire plus respectueux.SEL_A_I.242.1Plans-séquences incroyables, distorsion de l’image, jeux de focale, jeux de fonds verts, collages, superpositions, associations d’images, archives, extraits de ses films, tous les moyens sont bon pour Greenaway pour capturer Eisenstein sous tous ses aspects, à la fois humains et artistiques. Intertextuel à l’image de ce qu’était le travail de son sujet, Que Viva Eisenstein est une déclaration d’amour, non seulement à Eisenstein lui-même, mais aussi au cinéma en général, Greenaway usant de tous les artifices du septième art pour s’immerger dans l’œuvre d’un réalisateur connu pour son sens de la maîtrise millimétrée et pourtant furieusement vivante. C’est d’ailleurs ce qu’est Que Viva Eisenstein, film porté avec panache par un immense Elmer Bäck, acteur de théâtre finlandais (et vraie révélation) qui se livre à un numéro d’acting total et sans limites. A ce propos, âmes sensibles et spectateurs pudiques, soyez prévenus, les scènes de sexe explorant la thèse de l’homosexualité refoulée d’Eisenstein contestée en Russie, sont radicalement crues et sans détour, dans la grande tradition du cinéma de Greenaway (rappelez-vous The Tulse Luper Suitcases par exemple).SEL_A_1.184.2Que Viva Eisenstein est une œuvre bouillonnante, fiévreuse, psychologique, physique, témoin, une œuvre introspective faite de vie, de chair, de cinéma, d’histoire et de philosophie. La parfaite illustration du processus transformateur d’un homme qui s’est libéré au contact d’une autre culture, d’expériences nouvelles qui ont stimulé son imagination, autant qu’elles ne l’ont enfermé dans le drame que sera la suite de sa vie et de son œuvre à jamais changée. Et pour les cinéphiles, Que Viva Eisenstein est une explication passionnante de ce changement que l’on pourra constater dans la carrière du cinéaste, entre l’avant-1931 et l’après. Comme un documentaire mais narré par le prisme de la fiction, biais plus prudent car n’imposant pas une vérité établie, Que Viva Eisenstein souffre de quelques petites longueurs dues à son épuisante frénésie, mais on lui pardonne bien vite tant il affiche une générosité débordante doublée d’une pertinence intelligente et d’une folie truculente.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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