MISS SLOANE de John Madden : la critique du film
Sortie cinéma

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note 4 -5
Carte d’identité :
Nom : Miss Sloane
Père : John Madden
Date de naissance : 2016
Majorité : 08 mars 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA, France
Taille : 2h09 / Poids : NC
Genre : Drame, Thriller

Livret de famille : Jessica Chastain, Mark Strong, John Lithgow, Sam Waterston, Gugu Mbatha-Raw, Alison Pill, Michael Stuhlbarg, Jake Lacy…

Signes particuliers : Passionnant et porté par un Jessica Chastain phénoménale.

PLONGÉE AU CŒUR DU SYSTÈME DES LOBBYS

LA CRITIQUE DE MISS SLOANE

Résumé : Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille. Miss Sloan

Lobby, lobbyisme, lobbyiste, lobbying… Autant de termes que l’on connaît tous, mais de loin. Car finalement, peu maîtrisent réellement la chose tant il s’agit là d’un monde aussi opaque qu’insaisissable, dont on entend beaucoup parler sans trop savoir de quoi il s’agit vraiment. Qui sont-ils, que font-ils, que visent-ils, qui servent-ils, comment fonctionnent-ils ? Des questions qui resteront souvent sans réponses si vous sondez les gens autour de vous. Avec Miss Sloane, le réalisateur John Madden s’intéresse à ce monde particulier, généralement mal perçu voire méprisé avec véhémence. Si son film prend des faux airs d’histoire vraie adaptée à l’écran, il n’en est rien. Miss Sloane est le fruit d’un scénario signé du néophyte Jonathan Perera, présent dans le top 5 de la fameuse Black List recensant les meilleurs scripts en attente d’un producteur.

M018 (Left to right.) Jessica Chastain and GuGU Mbatha-Raw star in EuropaCorp's "Miss Sloane". Photo Credit : Kerry Hayes © 2016 EuropaCorp Ð France 2 Cinema

Intéresser le grand public à un sujet aussi complexe que le fonctionnement des sociétés de lobbying était un pari aussi difficile que l’intéresser à un sujet aussi peu glamour que les méandres de la bourse. Récemment, The Big Short s’était vautré dans sa tentative avec un film aussi foireux qu’hermétique. Sauf que John Madden n’est pas Adam McKay et Miss Sloane n’est pas The Big Short. Brillamment, le cinéaste parvient à prendre son sujet à bras le corps en trouvant la parfaite équation pour atteindre l’équilibre entre incursion passionnante dans les recoins de son univers et intelligibilité de son sujet. Aussi pointu et riche en informations soit-il, Miss Sloane est captivant d’un bout à l’autre. Surtout, John Madden a su trouver la bonne porte d’entrée pour embarquer le spectateur dans le monde tortueux des sociétés de lobbying. Porté par une exceptionnelle Jessica Chastain, dont la prestation aurait pu être couronnée d’un Oscar sans que personne ne puisse trouver matière à redire (son absence des nominations 2017 a d’ailleurs tout d’un scandale), Miss Sloane est un thriller politique palpitant, à travers lequel Madden dresse un portrait terrifiant des mondes du lobbyisme et de la politique américaine, dénonçant leur cynisme, leur immoralité et leurs cupides collusions, le tout à travers le portrait d’une figure iconique et représentative, parfaite incarnation humaine d’un milieu où seule compte la gagne, peu importe le coût et les dommages collatéraux. Miss Sloan

C’est un portrait amer et désabusé de l’Amérique capitaliste d’aujourd’hui que formule le cinéaste avec Miss Sloane. Le portrait d’un pays où tous les coups sont permis pour vaincre et gagner, ou l’égoïsme et ses propres intérêts priment sur ce qui est fondamentalement juste, où les convictions personnelles s’effacent derrière l’appât du gain, où les connivences entre les puissants ont volé le pouvoir au peuple. En somme, un pays où la morale n’a plus sa place, balayée par des enjeux financiers et de pouvoir, perçus comme supérieurs. Fascinant, complexe mais toujours suffisamment ludique pour ne pas se couper du spectateur, Miss Sloane est un challenge réussi. A l’heure où l’on a trop souvent coutume de mettre à dos, cinéma d’auteur et cinéma grand public, John Madden abolit cette opposition et triomphe en piochant le meilleur des deux styles, pour une œuvre qui parvient à dompter son exigence sans la trahir, pour se rendre accessible à tous. Le résultat est remarquable et l’on se retrouve littéralement happé par cette course à la gagne opposant deux sociétés de lobbyisme se disputant les faveurs des sénateurs prêts à voter une loi sur la règlementation des armes à feu aux États-Unis. Et John Madden de cristalliser sa double-critique périphérique, autour d’un troisième sujet central, analysant les argumentaires des uns et des autres sur l’une des préoccupations majeures de l’Amérique, questionnant l’immobilisme du pays face à la problématique des armes à feu. Enragé, engagé et follement passionnant, tel est ce Miss Sloane, sans aucun doute le meilleur film à ce jour du réalisateur de Shakespeare in Love, L’Affaire Rachel Singer ou Indian Palace.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

Une réponse à “MISS SLOANE de John Madden : la critique du film
Sortie cinéma

  1. Je viens de visionner le film pour la première fois et mon impression rejoint totalement celle de Nicolas Rieux.
    À un détail près, je ne le rejoins pas sur le raccourci relatif au « portrait de l’Amérique capitaliste d’aujourd’hui ». En effet, je pense qu’il s’agit là de tout le contraire que d’un portrait du libéralisme. John Madden démontre avec brio et talent de quelle manière les politiciens, quel que soit leur bord, agissent dans le seul but de leurs intérêts et pas de ceux du peuple, à savoir se faire réélire à n’importe quel prix. Le cinéaste apporte avec cette œuvre un éclairage salvateur sur cette réalité qu’est le capitalisme de connivence qui est en totale opposition avec la philosophie libérale chère aux pères fondateurs des États-Unis d’Amérique.
    N’oubliez pas qu’il n’est de lobbyistes que parce qu’il y est des politiques.
    Plus vous donnez de pouvoir aux politiques, plus ils ont la capacité de par les lois qu’ils votent de contrôler tout ce qui se vend et s’achète, alors la première chose à acheter ou à vendre c’est… le législateur ! Qu’il soit de droite, de gauche ou de nulle part…
    Quant à « Thé Big Short », certes, le réalisateur n’est pas aussi bon que Madden mais j’ai également beaucoup aimé ce film. Il démontre parfaitement la connivence entre les politiciens, ces « publicistes », et les grosses banques qui tirent profit des lois qu’ils se font tailler sur mesure. Loin d’être hermétique, on y apprend facilement que l’origine de la crise des subprimes n’a rien à voir avec une quelconque spéculation « sauvage » mais qu’elle est le fruit de lois stupides votées par des politiques corrompus et dont ont su tirer profit leurs « amis » initiés.
    C’est vrai qu’en France il toujours aussi difficile de faire passer ce genre de messages auprès du grand public compte tenu du très faible nombre de journalistes à même de comprendre la différence entre libéralisme et capitalisme de connivence…
    Who is John Galt ?

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