MARY : Entretien avec le réalisateur Marc Webb

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A l’occasion de la sortie du magnifique Mary avec Chris Evans, actuellement en salles, nous avons rencontré le réalisateur Marc Webb, de passage à Paris et au festival de Deauville. Entretien…

Synopsis : Un homme se bat pour obtenir la garde de sa nièce, qui témoigne d’un don hors du commun pour les mathématiques. 

Qu’avez-vous pensé à la lecture du scénario, la première fois ?

Marc Webb : Je venais de terminer les deux Amazing Spider-Man, qui ont été tournés l’un après l’autre et m’ont bien occupé pendant quatre ans. C’était une magnifique, beaucoup de travail et une expérience très risquée. Lorsque j’ai lu le scénario de Mary, je n’avais pas du tout la même appréhension ! Je me suis senti bien car je sentais que ce film pouvait être fait de manière beaucoup plus simple, et c’était peut-être ce dont j’avais besoin, quelque chose qui soit amusant à faire. C’est ça qui m’a beaucoup attiré. En plus, mon père et mon grand-père sont mathématiciens, alors j’ai ressenti une certaine nostalgie à la lecture du script. Ça changeait aussi de mes films précédents qui ont toujours été assez romantiques. Même The Amazing Spider-Man avec Peter et Gwen. Je trouvais intéressant de sortir de cette zone-là. Mais pour en arriver là, il fallait aussi trouver l’enfant pour le rôle. Ce fut un vrai challenge et ça me terrifiait car je n’avais jamais travaillé avec un enfant de cette manière. Quand j’ai retravaillé le script, je me suis avant tout concentré sur le fait de trouver cette petite fille. Heureusement, nous avons trouvé une super actrice !

Justement, comment avez-vous trouvé la petite Mckenna Grace ?

Marc Webb : Grâce à mon directeur de casting, David Ruben, qui était aussi sur Big Little Lies à la même période. C’était assez amusant car on a vu centaines de petites filles qui ont aussi postulé pour la série et David auditionnait un peu pour les deux projets à la fois. Mckenna était déjà une actrice ! Elle a déjà joué dans quelques films et dans des séries, elle avait ce truc. Elle est capable de mener émotionnellement ses rôles, de pleurer tout en paraissant crédible, et elle est très amusante ! Elle était tout à fait capable de comprendre ce dont il était question dans les scènes où elle tournait, elle s’en imprégnait complètement, et ce d’une manière à laquelle je ne m’attendais pas du tout de la part d’une enfant. Elle me disait « Je ne pense pas que Mary dirait qu’elle est désolée tout de suite, je pense qu’elle aurait besoin d’un peu d’espace ». Elle s’appropriait réellement son personnage et était très impliquée.

C’est amusant, car l’on dit toujours que la pire chose pour un réalisateur, c’est de tourner avec un enfant et un animal…

Marc Webb : Et oui, j’ai fait les deux en même temps ! En plus, Mckenna est allergique aux chats, mais elle adore les animaux, alors c’était tout de même plus facile ! Même si ses yeux se mettaient à gonfler quand on tournait trop longtemps avec le chat. Tout ce que j’ai à dire sur Mckenna, c’est qu’elle a du talent, elle est disciplinée, et c’est vraiment un super enfant. Pour l’aider concernant l’atmosphère du film, je lui ai fait regarder La Barbe à Papa de Peter Bogdanovich, afin qu’elle puisse comprendre que son rôle devait être assez sarcastique. La première semaine, nous avons tourné dans les scènes dans la salle de classe avec Jenny Slate, qui jouait l’institutrice. Elle a préparé une leçon et on a fait entrer tous ces enfants qui n’étaient pas du tout acteurs, juste des enfants de l’école qui participaient en tant que figurants. Puis McKenna s’est assise parmi eux. Jenny leur faisait la leçon pendant quelques heures, comme si de rien n’était, puis elle allait poser des questions scénarisées à McKenna, qui allait ainsi commencer à jouer la scène. Les autres enfants n’avaient aucune idée de quand la scène commençait et se terminait. Ce qui était intéressant, c’était de créer une atmosphère réaliste. laquelle McKenna pouvait s’identifier.

Et pour le chat qui « interprète » Fred ? Ils étaient deux chats d’ailleurs, non ?

Marc Webb : Oui. On a retiré l’un de leurs yeux en post-production. Vu que tout le monde ressent une certaine souffrance dans le film, on s’est dit que le chat aussi devait faire partie de tout ça. Au moment du casting, on cherchait un chat avec un seul œil. Mais des vétérinaires nous ont dit que des personnes seraient capables d’éborgner leur chat exprès pour qu’il figure dans un film. Donc nous avons vite fait marche arrière en dépensant un peu d’argent pour ça. Tourner avec les chats était un enfer ! Notre cameraman devait attendre derrière lui pendant des heures, alors qu’on tournait en pellicule, juste pour le voir tourner la tête. Maintenant, je ne bosserai qu’avec des animaux en CGI ! (rires)

Dans le film, tout n’est pas tout blanc ou tout noir, et le personnage de Chris Evans a aussi ses propres problèmes : quel aspect de la famille avez-vous souhaité privilégier, entre cet oncle furieux et cette grand-mère acariâtre et autoritaire ?

Marc Webb : Je pense que le personnage d’Evelyn a quand même raison sur certains points, mais elle cherche davantage à satisfaire son ego. L’une de mes scènes préférées du film, est lorsque ces deux personnages marchent ensemble et discutent après une audition au tribunal. Ils ont presque une discussion amusante à propos du beau-père, et l’on ressent tout de même une sorte d’amour entre ces deux personnages malgré leur animosité. Ils ont leur relation malgré deux visions du monde très opposées. Chris et Mckenna ont fait plusieurs auditions ensemble, et Chris était très investi sur ce projet. Il adore travailler avec des personnages féminins forts. Ce que j’aime à propos de lui, c’est qu’il a appréhendé la simplicité de ce rôle, il ne l’a pas surjoué. Et ce malgré son bagage en tant que Captain America, qui jouait d’ailleurs en notre faveur puisque Mary parvenait à déconstruire cette figure de la masculinité qu’il pouvait avoir en tant que super-héros. Il y a une certaine sensibilité, voire une vulnérabilité qui s’échappe de son rôle, et il a pris énormément de plaisir à jouer ça. Les acteurs sont sensibles, et il est difficile pour un homme d’exprimer sa sensibilité. Ce film était un bon endroit pour le faire. On n’attend pas forcément ça d’un film de super-héros alors que le genre de Mary demandait sûrement davantage de simplicité.

Est-il essentiel pour vous que le public se sente très proche de vos personnages ?

Marc Webb : Bien sûr ! Je ne pense pas être aussi bon en matière de comédie, mais ce que j’aime faire, c’est créer ces personnages masculins qui finissent par s’ouvrir et craquer, car en tant qu’hommes, on nous inculque de rester stoïques et de garder nos sentiments pour nous. Lorsque je regarde un film et que je finis par pleurer, je ressens une grande forme de catharsis. C’est comme lorsque je me sens piégé devant un film, même si ce n’est pas toujours positif, il s’agit toujours d’une expérience. La catharsis nous permet de ressentir davantage d’émotions et d’y trouver un sens, c’est une sorte de soulagement que l’on ressent. Tom pleure parce qu’il perd Summer, Peter lorsqu’il perd Gwen, et là le personnage de Chris craque aussi : je ne sais pas pourquoi, mais j’adore voir des hommes craquer !

Le titre original de votre film est Gifted. En France, il sort sous le nom de Mary. Votre film parle-t-il davantage de l’enfant ou des adultes ?

Marc Webb : Et pourquoi pas des deux ? C’est une question rhétorique. Tout le film porte sur les relations, et l’intérêt n’est pas de déterminer si Frank est le meilleur père possible pour un enfant ou s’il délivre la meilleure éducation qui soit, mais plutôt de voir comment lui se sent capable de le faire, tout en remettant en perspective sa relation avec sa mère. Il se sent particulièrement blessé par ses relations avec les autres, abandonné par sa mère et par son père. Il ne trouve pas beaucoup de points positifs à l’idée d’être proche de quelqu’un, ce qui le terrifie au plus profond de lui. Et peut-être est-ce pour ça qu’il ne se sent pas capable d’élever Mary.

Est-ce que la simplicité de votre film explique son succès aux États-Unis ?

Marc Webb : C’est une question intéressante, car je pense qu’il s’agit d’un film qui rassemble. Il était pensé pour être accessible, et les critiques ont dû être particulièrement gentils en disant « vous savez, si vous voulez vous sentir bien, regardez ce film ». Et ça ne me fait rien ! J’aime faire des « pop movies », qui soient si accessibles. Je pense qu’il est important de renforcer certains aspects de ce type de films, comme le fait de ne pas avoir une famille traditionnelle dans Mary, l’idée que nos familles se désunissent et que l’on puisse créer la nôtre. C’est risqué, cela demande des efforts, mais c’est quelque chose d’important et qui n’est pas non plus traditionnel. D’autant plus aux États-Unis, avec ce qui peut se passer en ce moment, le fait de construire sa famille suscite encore des questions morales que l’on évite dans ce film. Sinon, le film ne porte pas vraiment sur la question des femmes dans la science, mais je trouvais ça important de montrer des personnages féminins qui soient mathématiciennes. Ironiquement, Les Figures de l’Ombre (où jouait également Octavia Spencer) a été réalisé après que l’on fasse ce film et j’ai aimé que cela montre à des petites filles, comme à ma nièce, qu’elles sont capables de faire des maths. Faire passer des messages progressistes dans des films accessibles, c’est ce qui me donne envie de faire du cinéma, c’est ce qui me fait sentir bien, et ce même si le film n’est pas si ambitieux cinématographiquement. Mary n’est pas aussi intense que Manchester by the Sea, qui nous hante et nous prend vraiment aux tripes, mais je pense qu’il transmet un message fort et important, en tout cas à mes yeux. Après, c’est au public d’en décider par la suite.

Bien que ce soit un film estival et léger, il a tout de même ses zones d’ombre. Frank ressent tout de même beaucoup de regrets envers sa famille, envers sa sœur qui l’a abandonnée…

Marc Webb : Je pense aussi qu’il a énormément de regrets, mais il ne se sentait pas capable de remplir ce rôle avant que sa sœur ne meure. Il pense qu’élever sa fille est quelque chose qu’il lui doit. Je pense que Frank se bat pour apprendre à éprouver de la gentillesse envers les gens alors même qu’il vivait dans une famille où celle-ci était prohibée. Apprendre à s’ouvrir aux autres est pour moi quelque chose de très héroïque.

Dans (500) jours ensemble, vous collaboriez déjà avec la jeune Chloe Grace Moretz, un autre personnage féminin fort… mais aussi une enfant ! Quels sont vos enfants préférés au cinéma ?

Marc Webb : Ceux de Stranger Things ! Ils sont géniaux ! J’adore l’amitié qu’ils ont entre eux, le fait qu’ils soient si héroïques. Stand by Me était aussi un film incroyable : j’ai pleuré devant, mais pas devant Stranger Things ! Il y a aussi Eliott, évidemment, dans E.T. L’Extraterrestre. Je me souviens avoir regardé des vidéos des auditions que Spielberg faisait passer, ce fut une vraie leçon pour moi. Je les ai même fait regarder à Mckenna pour qu’elle voie ce qui était en jeu.

BANDE-ANNONCE :

Propos recueillis et traduits par Fanny Ghalem.

Merci à Marc Webb, l’agence Cartel, Matthieu Rey, et les autres participants à la table ronde.

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