ÇA d’Andrés Muschietti : la critique du film
Sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : It
Père : Andrés Muchietti
Date de naissance : 2017
Majorité : 20 septembre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h15 / Poids : 30 M$
Genre
: Horreur

 

Livret de famille : Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Sophia Lillis, Jack Dylan Grazer, Jeremy Ray Taylor, Wyatt Oleff…

Signes particuliers : Une nouvelle adaptation du roman de Stephen King ambitieuse mais qui passe à côté de ce que l’on en attendait.

IL EST REVENU !

LA CRITIQUE DE ÇA

Résumé : Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur… 

Il est revenu ! Près de 25 ans après la mini-série adaptée du roman culte de Stephen King, qui avaient terrorisé toute une génération à sa diffusion sur M6 en 1993, le clown maléfique le plus célèbre de l’horreur refait surface dans un remake/reboot signé Andrés Muschietti (Mama). Dans Ça version 2017, on quitte les années 50 chères au bouquin originel, pour filer dans vers la fin des années 80, où Grippe-Sou va s’en prendre à une bande de gamins tout droit sorti de Stranger Things. À ce titre, on ne manquera pas de souligner à quel point la série star de Netflix a fait des émules, tant le long-métrage de Muschietti semble surfer sur sa popularité en pillant généreusement son style, en plus de reprendre l’un de ses jeunes acteurs. Bref. La question n’est pas là de toute manière. Ce que l’on attendait de savoir, c’est si cette nouvelle version de Ça allait être à la hauteur des attentes. Après avoir été adoubée par King lui-même, et après avoir connu un lancement en trombe au box office américain (record historique du plus gros démarrage pour un film d’horreur interdit aux moins de 17 ans), la hype avait décuplé l’impatience déjà intenable depuis de longs mois. Et comme on le sait, quand l’attente est insoutenable, le risque de déception est souvent proportionnel.

Allez savoir pourquoi on a eu la naïveté de croire que Ça allait donner un coup de pied au cul du cinéma de genre actuel en s’affirmant comme un must bien flippant et sadique, où aurait régné en maître, la sensation de malaise que l’on retrouvait dans les romans… Allez savoir pourquoi on a eu la naïveté de croire que le film pouvait être autre chose qu’un énième « blockbuster d’horreur », avec les éternels mêmes codes, mêmes ficelles, et la même méthodologie usitée… Probablement parce que l’on attendait le film comme la Némésis des produits sans saveur qui pullulent sur les écrans de cinéma ces dernières années, Ça est une déception. Certes une déception contrôlée, le film ayant des arguments à faire valoir pour boxer dans la catégorie de l’acceptable, mais une déception quand même. De part ses ambitions narratives, sa direction artistique indéniablement soignée, ou sa volonté de sortir un peu de l’horreur bas de gamme pour ado surexcité, Ça s’élève au-dessus de la mêlée composée des navets fadasses à la Annabelle et autre Ouija. Mais le résultat reste insuffisant.

Avec sa relecture modernisée, Muschietti ne va jamais vraiment plus loin que la mini-série des années 90, laquelle était assez moyenne au demeurant, avec le recul. Pire, le cinéaste va à rebours, livrant un film calibré pour être populaire, actionnant tout ce qui fait marcher le cinéma de genre à la mode pour mieux se ranger dans son sillage. Des CGI partout, une construction scénaristique très mécanique, des jump-scare faciles et prévisibles, le choix d’une linéarité narrative assez terne qui annihile l’intelligente structure du roman, un lissage général pour se conformer à une certaine idée du mainstream et enfin, une sous-exploitation tragique de sa si terrifiante et iconique créature clownesque prête à déclencher des vagues de coulrophobie… En réalité, cette nouvelle version de Ça est certes plus fidèle à la trame du roman de King, quoiqu’elle se prive des deux temporalités avec les allers-retours entre l’enfance et l’âge adulte (enlevant ainsi la dimension dramatique sur les répercussions psychologiques de ces traumas de l’enfance), mais par contre, elle en a oublié l’âme, et a sacrifié son côté transgressif sur l’autel de l’horreur populaire moralement acceptable. On ne parlera pas de saccage en règle du matériau de base, certains éléments restant lointainement sous-entendus, mais le conformisme aseptisé plane au-dessus du film.

En prenant de la distance vis à vis des romans pour juger l’œuvre cinématographique comme elle se présente, on reprochera beaucoup d’autres choses à cette première partie de Ça (dont la suite sur les héros à l’âge adulte est d’ores et déjà attendue). À commencer par sa durée, trop longue, rendant le film passablement ennuyeux. Un ennui que l’on ressent d’autant plus, que Ça peine à faire réellement peur, ses scènes de flippe étant trop calculées, trop formatées, trop peu originales. Ça était annoncé comme un monument de trouille viscérale, il apparaît comme un pétard mouillé qui n’a peu de chance d’impressionner les vrais amateurs d’horreur, bien trop rodés au genre pour encore marcher dans ce type d’exercice conventionnel. Si Muschietti témoigne de quelques belles idées de mise en scène éparpillées ça et là, l’ensemble peine à surprendre, d’autant que son clown n’arrive jamais à vraiment cristalliser l’effroi à l’écran, le réalisateur ne lui ménageant pas l’espace adéquat pour qu’il puisse exprimer son pouvoir glaçant. Long, un peu ennuyeux et guère effrayant, il n’en fallait pas plus pour briser l’élan des fans d’horreur, qui se retrouveront devant un film certes au-dessus de la moyenne, mais tellement loin de son potentiel.

Sans être un ratage, Ça ne parvient finalement pas à faire oublier les madeleines de Proust qu’étaient les deux téléfilms avec Tim Curry, mémorable interprète du clown sadique dans les années 90 que le pauvre Bill Skarsgård ne parvient pas à faire oublier malgré sa bonne prestation. Au final, on se contentera de l’esprit Stand By Me qui domine les relations entre les jeunes protagonistes de ce cauchemar onirique mais côté terreur, le point fort tant attendu, on repassera. Car en dehors d’une excellente scène d’introduction qui donne d’emblée un ton que l’on aurait voulu voir durer jusqu’au bout, Ça est un déclin permanent, qui tente maladroitement de condenser la richesse du roman au point de perdre en efficacité. Et au passage, on a la confirmation que Muschietti n’est qu’un modeste fils spirituel de Del Toro, sans le génie de son mentor.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

 

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