L’HOMME AUX POINGS DE FER (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Man with the Iron Fists
Père : RZA
Livret de famille : RZA (forgeron), Russell Crowe (Jack Knife), Lucy Liu (Mme Blossom), Dave Batista (Brass), Pam Grier (Jane), Zhu Zhu (Chi Chi), Gordon Liu (abbé), Jamie Chung (Silk), Cung Lee (Lion de bronze), Daniel Wu (poison), Byron Mann (lion d’argent)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : USA, Hong-Kong
Taille/Poids : 1h36 – 15 millions $

Signes particuliers (+) : Quelques bagarres sympathiques et des gueules de ciné qu’on aime bien et Jamie Chung qu’on aime tout court.

Signes particuliers (-) : N’est pas Tarantino qui veut. Là où l’un mixe pour créer avec génie, d’autres assemblent et sont ridicules.

 

LE DEUXIÈME EFFET BIS COOL

Résumé : Un modeste forgeron entre par amour en résistance contre des guerriers locaux qui font régner la terreur…

Le danger des films de potes, c’est que personne n’ose dire à personne des choses du genre « Eh mais mec, c’est de la merde là ce que tu es en train de faire… » Résultat, ça donne des films comme L’homme aux Poings de Fer, sorte de délire personnel entre amis où l’on retrouve impliqués rien de moins que Tarantino, Eli Roth et le rappeur RZA. On ne vous remercie pas les gars pour ce beau navet de début d’année, collage poussif d’éléments de la contre-culture du cinéma de genre…

Après avoir approché le cinéma en tant qu’acteur et chanteur (il a joué dans quelques films comme Date Limite, G.I. Joe ou Repo Men et travaillé sur quelques BO comme Ghost Dog ou Blade 3), RZA décide de se lancer dans la réalisation avec comme premier film, une bisserie à petit budget, sorte de péloche grindhouse faisant appel à sa culture et à ses goûts ciné qui s’avèrent être les mêmes que son ami Quentin Tarantino, tous ancrés dans la contre-culture cinématographique du bis jugé « cool ». Les deux hommes se connaissent bien et ont collaboré ensemble par le passé puisque RZA avait signé l’une des chansons cultes de la BO de Kill Bill en 2003, en l’occurrence le thème de O-Ren Ishii, fatale Lucy Liu qui du coup pâr effet de ricochet, se trouve être l’une des actrices principales de cet Homme aux Poings de Fer aux côtés d’un casting impressionnant allant de Russell Crowe à RZA lui-même en passant par le catcheur Dave Batista, Pam Grier, Daniel Wu et même Gordon Liu qui fait un passage. Y’a pas à dire, si l’on ne savait pas, on pourrait presque croire que c’est Tarantino qui est à la baguette ! Et histoire de confirmer que l’on est bel et bien dans un « film de potes », qui retrouve t-on au scénario ? Eli Roth ! Le réalisateur/producteur et grand ami de Tarantino vient s’amuser entre deux projets, à perdre son temps à rédiger le script de ce qui « aurait » pu être un délire jubilatoire si les fautes de goûts ne s’empilaient pas les unes sur les autres comme un vieux tas de VHS poussiéreuses dans une cave de cinéphile.

Passionné par les anciennes séries B de kung-fu chinoises et hongkongaises, par les vieux films d’action et de blaxploitation et tout un pan du septième art sacré pour les amateurs de l’univers pop, RZA (qui avait créé son groupe Wu-Tang Clan du nom d’un film de Chang Cheh, maître des films d’arts martiaux HK) convoque donc tout son beau monde en Chine où il s’exile pour aller tourner. Roth file un coup de main donc dans l’écriture et à la production, le chanteur endosse les costumes d’acteur, de réalisateur, de co-compositeur de la BO et Tarantino se contente par sympathie, d’apposer son « Tarantino présente » en début de film, histoire de dire qu’il soutient et cautionne. Il sera également une sorte de mini-conseiller personnel pour RZA, lui prodiguant des conseils avisés qui, au vu du résultat, sentaient franchement les avis foireux. Car L’homme aux Poings de Fer est une authentique daube ni faite ni à faire.

Gros Megamix mélangeant les inspirations, les emprunts, les références, les clins d’œil et les hommages, L’homme aux Poings de Fer n’est ni plus ni moins que ce que fait déjà Tarantino mais en mieux, avec un vrai sens artistique. RZA n’est pas un cinéaste et ça ne s’improvise pas. Le chanteur/acteur (assez mauvais d’ailleurs de ce second métier) réunit un peu tout ce qu’il aime, tout ce qui lui vient à l’esprit et essaie à partir de patchwork d’idées, de construire maladroitement un film qui tiendrait vaguement la route, aidé par un Roth qui visiblement a pondu un scénario avec un je-m’en-foutisme royal. L’homme aux Poings de Fer appelle donc à la barre, bien évidemment, le cinéma de Chang Cheh, et par extension celui de la Shaw Brothers en général, mais aussi tout un tas de choses diverses et variées. Le Kill Bill de son pote (qui était déjà lui-même un collage référencé), le cinéma des Yuen Woo Ping, des Sammo Hung, des Corey Yuen (qui au passage vient jouer les chorégraphes) et celui plus moderne avec des chorégraphies câblées délirantes, John Woo (via un petit clin d’œil discret avec l’utilisation de la chanson phare de The Killer), le western spaghetti italien avec le personnage du mystérieux étranger de passage en ville, le cinéma de kung-fu asiatique des années 70 caractérisée par une violence accrue tombant régulièrement dans le gore comme c’était le cas pour des péloches du genre Street Fighter avec Sonny Chiba (et dans l’esprit des westerns « spaghetti » au passage), autant d’inspirations et d’emprunts mis bout-à-bout dans une volonté de pondre un film « cool » agrémenté d’idées loufoques, absconses mais funs (le colossal personnage en acier campé par Dave Batista), d’une musique hip hop ou rap reflétant les goûts de son auteur, d’un vague parfum de cinoche bis de blaxploitation et enfin, avec un point d’honneur mis sur un enrobage sexy complémentaire avec le côté « film d’action ». Et pour cela, des créatures de rêve à peine habillées en pagaille, une Lucy Liu sensuelle et surtout une Jamie Chung (Sucker Punch) comme à son habitude, à tomber parterre de beauté.

L’homme aux Poings de Fer est au final un non-film, une œuvre qui se la joue super-cool, super-tendance, surtout-fun mais qui sent à vingt milles, le délire de potes partageant les mêmes goûts et voulant les faire partager à leur tour à ceux qui, comme eux, sont amateurs. Sauf que ce qui marchait avec Kill Bill ou avec le diptyque Grindhouse de Tarantino et Rodriguez, ne prend pas ici car il ne suffit pas de faire du revival « nostalgicool » pour pondre un film et à plus forte raison, un bon film. L’homme aux Poings de Fer a des idées, certaines sont mêmes excellences, mais elles sont engluées dans un bordel foutraque relevant du grand n’importe quoi, ne pouvant qu’assumer sa bisserie puisque c’est ce qu’il est, une bisserie bien daubée d’une nullité effarante multipliant les fautes de goûts. Depuis quand foutre du son hip hop sur des images d’arts martiaux dans la Chine féodale, c’est cool ? Si au moins le mariage collait bien ensemble comme le rock sur des images de Marie Antoinette chez Sofia Coppola mais même pas. En plus de choisir des chansons pourries (du Kanye West même, super, la bonne idée à la con) n’allant pas du tout avec les images qu’elles illustrent, RZA nous en fout dès qu’il le peut (The Black Keys, du Wu-Tang Clan) à notre plus grand effarement parfois.

L’homme aux Poings de Fer se voulait un délire fun, dans l’esprit de la vague grindhouse faisant revivre des pans de la contre-culture ciné que l’on aime. Sauf que quand c’est raté, et c’est le danger de ce genre d’entreprise qu’il faut maîtriser à mort pour s’y lancer, ça donne du ridicule involontaire et gênant. C’est le cas ici avec un film proche de l’indigestion cinématographique, plombé par un côté nanardesque résultant de l’échec dans la recherche de complicité avec le spectateur au second degré. Avec ses effets spéciaux cheap, ses cascades vues mille fois, son script débile et mal raconté, son interprétation très moyenne et la mise en scène douloureuse d’un RZA dépassé et flinguant la sincérité de sa modeste entreprise, L’homme aux Poings de Fer est une purge, amusante quelques minutes par-ci par-là, sur quelques vannes, quelques idées absurdes, quelques plans, mais ne dépassant jamais son statut de caprice rendant hommage. Presque honteux si l’on n’aimait pas les références en question qui nous tiennent en haleine dans le jeu qui s’installe pour les débusquer et si l’ensemble n’avait pas un côté con rigolo dopé par quelques vagues idées bis qui nous empêche de condamner l’entièreté de ce nanar que l’on aimerait trouver attachant en fait.

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