LA TENDRE INDIFFÉRENCE DU MONDE d’Adilkhan Yerzhanov : la critique du film
sortie cinéma

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Mondo-note :

Carte d’identité :
Nom : Laskovoe Bezrazlichie Mira
Père : Adilkhan Yerzhanov
Date de naissance : 2018
Majorité : 24 octobre 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : Kazakhstan
Taille : 1h37 / Poids : NC
Genre
: Drame, Romance

Livret de famille : Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Kulzhamiya Belzhanova…

Signes particuliers : Magnifique !

A LA RENCONTRE D’UN BEAU CINÉMA KAZAKH

LA CRITIQUE DE LA TENDRE INDIFFÉRENCE DU MONDE

Synopsis : La belle Saltanat et son chevalier servant Kuandyk sont amis depuis l’enfance. Criblée de dettes, la famille de Saltanat l’envoie dans la grande ville où elle est promise à un riche mariage. Escortée par Kuandyk qui veille sur elle, Saltanat quitte son village pour l’inconnu. Les deux jeunes gens se trouvent entraînés malgré eux dans une suite d’événements cruels et tentent d’y résister de toutes les façons possibles.  Rares sont les occasions de parler du cinéma kazakh. Timur Berkmanbetov s’en est allé travailler à Hollywood, Sergueï Dvortsevoy n’a plus refait parler de lui depuis son prix glané à Cannes en 2008 pour Tulpan, et les quelques autres tentent difficilement de faire aboutir leurs projets dans une industrie compliquée. Comme Adilkhan Yerzhanov (The Owners 2014) par exemple. C’est avec beaucoup de fierté que le cinéaste a débarqué sur la Croisette en mai dernier pour présenter son nouveau long-métrage, La Tendre Indifférence du Monde, dans la section Un Certain Regard. Avec son titre emprunté à L’Etranger d’Albert Camus, le réalisateur clame son amour pour le beau cinéma, pour l’art en général et pour la culture française en particulier. La Tendre Indifférence du Monde raconte le parcours tragicomique de Saltanat et Kuandyk. La première est contrainte de partir vers la ville pour y rencontrer une connaissance de son oncle en vu d’un riche mariage qui épongerait les dettes contractées par son défunt père qui s’est depuis suicidé. Le second, son ami d’enfance et une sorte d’amoureux transit, l’accompagne pour veiller sur elle. Le début d’un voyage qui va les entraîner dans une série d’évènements cruels.

C’est un petit bijou que signe Adilkhan Yerzhanov avec La Tendre Indifférence du Monde, conte romantique fidèle à son cinéma de toujours en cela qu’il erre avec grâce entre la tragédie sérieuse et le comique burlesque. Qu’il soit tour à tour soyeux, dur, léger, grave ou romanesque, le film nous emporte dans un univers fascinant où les difficultés de la vie au Kazakhstan s’enroulent autour d’une intrigue imaginée entre beauté et poésie. Pourquoi faire moche quand on peut faire magnifique ? Plutôt que de composer un film à l’esthétique rabougrie en se cachant derrière les légendaires « moyens du bord » comme arme de défense contre la paresse, Adilkhan Yerzhanov livre un film d’une splendeur extatique. C’est la première chose qui saute aux yeux à la découverte de La Tendre Indifférence du Monde, la magnificence de ses plans à l’étourdissante beauté picturale qui rappelle autant des tableaux impressionnistes et expressionnistes que de grandes œuvres littéraires à la Stendhal, Camus, Shakespeare ou Maupassant. Qu’il s’agisse de filmer une femme dans une belle robe rouge délicatement posée dans la campagne, des personnages discutant dans un café ou devant un coucher de soleil à l’horizon, tout est sans cesse composition magistrale, souci du détail poético-esthétique ou volonté d’utiliser le cadre pour exprimer des idées en sus de l’image et de l’histoire elle-même. Ainsi et alors qu’il parle souvent d’art et de culture, La Tendre Indifférence du Monde finit par ressembler lui-même à une œuvre d’art renfermant une sorte de revisite de Roméo et Juliette où deux êtres majestueusement humbles affrontent l’existence avec un panache bouleversant.Avec son héroïne Saltanat, Yerzhanov nous offre une merveilleuse beauté à contempler. « J’ai vu toutes les merveilles de la Terre. Toi, par exemple. Ton monde intérieur. Ton innocence. Ta robe rouge et ton ombrelle jaune. Tout cela est magnifique. » dit Kuandyk avec une sincérité désarmante et un regard fasciné par celle qu’il considère comme un trésor précieux. Comme lui, on contemple la grâce de Saltanat qui traverse l’image comme un papillon coloré. Mais comme ce fragile animal à la vie précaire, Saltanat est entourée d’un monde trop laid pour elle. De beauté extraordinaire, la jeune femme va devenir aussi le véhicule d’un focus sur une société qui n’épargne rien aux plus en difficultés. Ses rêves d’être médecin ont été brisés, son avenir est assombri par ce mariage d’argent, sa mère risque la prison à cause des dettes. On voudrait immédiatement protéger cette fleur en danger et c’est ce que va Kuandyk au péril de sa vie. Vecteur d’un autre visage du film, Kuandyk apporte l’humour décalé, la douceur romanesque et une autre forme de poésie plus narrative là où Saltanat confère une poésie plus visuelle. Tel un doux naïf avec ses attitudes de paysan stupide cachant un homme au cœur d’or amateur de culture, Kuandyk est un symbole que l’amour peut triompher des vicissitudes de la vie.

Petit cadeau à l’équilibre improbable rappelant parfois le cinéma de Kitano, La Tendre Indifférence du Monde est une balade dans l’univers d’un rêveur qui créé à la force de son imaginaire flamboyant. Le film de Yerzhanov est autant capable de grands moments d’émotion que de provoquer de francs éclats de rires, en plus d’assurer un moment magique aux yeux transportés par tant de générosité artistique. Une œuvre puissante portée par des comédiens renversants de simplicité et de justesse.


BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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