LA SECRETAIRE (critique)

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note 7.5
Carte d’identité :
Nom : Secretary
Père : Steven Shainberg
Livret de famille : James Spader (Edward Grey), Maggie Gyllenhaal (Lee Holloway), Oz Perkins (Jonathan), Jeremy Davis (Peter), Patrick Bauchau (Twardon), Stephen McHattie (Burt), Jessica Tuck (Tricia)…
Date de naissance : 2003
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h44 – 4 millions $

Signes particuliers (+) : Une comédie dramatique dont on se demande si elle est plus « comédie » ou « dramatique ». En tout cas, un ovni trash, impertinent, acide et immoral, porté par un épatant duo de comédiens. Une curiosité sulfureuse et mémorable.

Signes particuliers (-) :

 

L’AVOCAT DE SADE

Résumé : Lee Holloway, jeune femme fragile sortant à peine d’une clinique où elle a été interné par des actes d’auto-mutilation, se met à la recherche d’un emploi. Elle tombe sur Mr Grey, un avocat, qui l’engage comme secrétaire. Si au début tout est normal, une relation étrange s’instaure entre eux-deux…

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A la base nouvelle de Mary Gaitskill, La Secrétaire fut adapté une première fois par le cinéaste Steven Shainberg (rien de bien notable auparavant) sous la forme d’un court-métrage avant qu’il ne développe son histoire en long, pour le cinéma. Au vu du sujet difficile et pour le moins délicat et original, Shainberg a du batailler pour que le film ne voit le jour, bien des financiers lui ayant claqué la porte au nez lorsqu’il débarquait avec son projet de film d’amour doublé d’une relation sadomasochiste jamais condamnée mais au contraire acceptée et recherchée. Mais après une Capture d’écran 2013-03-25 à 10.16.07belle bataille, Shainberg a trouver un sentier, celui du cinéma indépendant. Au vu de son histoire délicate et de son pari fou, Shainberg avait au minimum besoin d’un casting fort pour composer avec les thématiques évoquées par La Secrétaire. Et il ne pourra pas trouver mieux. Premier choix, Maggie Gyllenhall, monstre de sexualité et d’attractivité, qui dégage naturellement sans jouer, une ambivalence physique allant de la fragilité émouvante au sex-appeal le plus érotique qui soit. Un choix idéal pour interpréter Lee Holloway, personnage complexe, peu stable psychologiquement mais devant trouver au fil du film, une assurance et une confiance à fleur de peau, expressive tout en étant précaire. Pour lui répondre, le choix de Shainberg se portera sur le trop rare à l’écran mais au combien brillant James Spader. Après une éclosion en fanfare avec Sexe, Mensonges et Vidéo puis Wolf avant d’enchaîner Stargate et Crash de Cronenberg, la carrière du comédien a pris une tournure étrange, s’enlisant lentement entre séries B pour le marché vidéo ou  petits rôles télévisuels. Et puis viendra Shainberg. En lui offrant le rôle de l’étrange Mr. Grey, avocat brillant mais particulier, le cinéaste ne sait pas qu’il va lui ouvrir la plus belle des portes de sa carrière puisque c’est très probablement cette prestation remarquée qui poussera le génie David E. Kelley, créateur de la série Ally Mc Beal, à offrir à Spader le premier rôle de son nouveau show Boston Legal, spin off de la série The Practice où le comédien crevait la lucarne dans un casting choral. La série télé comme le film partagent en commun un personnage (campé par Spader) similaire d’avocat, ténor du barreau, mais bien complexe dans sa vie privée, décalé humoristiquement dans Boston Legal, perversement dans La Secrétaire, mais dans les deux cas atypique avec une certaine forme de classe et de distance aux gens et aux choses, assez délicieuse. Spader + Gyllenhall, casting trois étoile pour film… spécial.

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La comédie indépendante américaine est en forme, on ne cesse de le dire et d’en avoir des exemples chaque année. Mais autant dire d’entrée que La Secrétaire est peut-être l’une des œuvres les plus originales qu’elle nous ait offert ces dernières années. Comédie grinçante, originale, La Secrétaire est une sorte, dans l’idée, de comédie romantique mais évacuant les bons sentiments dégoulinants et les clichés mièvres pour les remplacer par des sentiments trash, pervers voire malsain, et par une histoire aux antipodes des stéréotypes classiques. Ici, point de jeune femme rêveuse et de beau mâle romantique, point de doux moments mignons, bref, rien d’une comédie romantique normale. Original, La Secrétaire l’est. Lee Holloway n’est pas une rêveuse. Elle est un être fragile, psychologiquement sur un mince fil et dont la stabilité est toute relative. Mr. Grey n’est pas un homme rassurant, beau, sexy, gentil et courtois. Spécial, il va se montrer sadique, pervers. Si le film aurait pu prétendre à une tournure dramatique, il va pourtant bel et bien partir sur le ton de la comédie. Tour à tour drôle, impertinent, touchant, provocateur, cynique, trash et délectable, le romantisme façon Shainberg est original, différent, passionnant.

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Film d’amour, film sur le plaisir coupable, film sur la perversité, le masochisme et le sadisme, La Secrétaire se fend d’une peinture irrésistible sous forme de caricature exagérée et assumée des relations employeurs-employés. Jubilatoire tant de drôlerie que d’étonnement face à ce jeu dont les proportions grandissent de façon démesurée parallèlement à l’acceptation et au plaisir que les personnages y trouvent, La Secrétaire est érotique, sulfureux mais surtout bien loin des productions classiques ou même moins classiques d’ailleurs. Film presque ovni et déjanté, il laboure un nouveau sentier battu dans lequel il s’engouffre pour notre plus grand plaisir… vicieux !

Bande-annonce :

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