LA PLANÈTE DES SINGES : L’AFFRONTEMENT de Matt Reeves
Critique – Sortie ciné

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192966.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 6
Carte d’identité :
Nom : La Planète des Singes : L’affrontement
Père : Matt Reeves
Livret de famille : Jason Clarke (Malcolm), Andy Serkis (César), Gary Oldman (Dreyfus), Keri Russell (Ellie), Toby Kebbell (Koba), Kodi Smit-McPhee (Alexander), Judy Greer (Cornelia), Kirk Acevedo (Carver)…
Date de naissance : 2014
Majorité : 30 juillet 2014 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 2h10
Poids : Budget 120 M$

Signes particuliers : La saga continue et monte d’un cran dans la tension et le spectacle épique. Sans toutefois atteindre les sommets espérés, visiblement jalousement gardés pour le prochain volet. L’Affrontement fait le job avec la manière mais tourne un peu en rond, avec une envie d’aller de l’avant contrainte par son statut de chapitre de « transition ».

L’AFFRONTEMENT, C’EST MAINTENANT. OU PAS…

LA CRITIQUE

Résumé : Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui a survécu au virus dévastateur qui s’est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.planete des singes affrontement L’INTRO :

On a beau être inlassablement méfiant (et souvent à juste titre) à chaque fois qu’Hollywood s’entiche de l’idée de remaker un classique de son répertoire, heureusement, les craintes se dissipent parfois derrière quelques résultats flamboyants. Ce fut le cas il y a trois ans, lorsque Rupert Wyatt lâcha son excellent La Planète des Singes : Les Origines, excellent rebootage d’une saga culte qui méritait bien un petit rafraichissement à condition qu’il soit bien fait. Tâche parfaitement accomplie avec un premier volet globalement couvert d’éloges bien méritées, lançant dans son sillage les espoirs d’une nouvelle saga de grande qualité. Rupert Wyatt n’ayant pas rempilé à la tête de la suite de son prequel, c’est au tour du talentueux Matt Reeves de prendre la relève, le cinéaste restant sur deux réussites, le fabuleux Cloverfield et le remake casse-gueule mais loin d’être honteux, Let Me In. La seule ombre au tableau en suspens au-dessus de l’attente de ce La Planète des Singes : L’Affrontement, venait du scénario, dont la finalisation a été placée entre les mains de Mark Bombak, coupable de pas mal d’efforts douteux, de Wolverine 2 au remake de Total Recall en passant par Die Hard 4 ou le à peu près correct mais sans génie, Unstoppable. Devant la caméra, si côté « singes », Andy Serkis reprend son travail de génie de la Motion Capture, côté « humains », le personnage de James Franco disparaît au profit de nouvelles têtes, Jason Clarke (Des Hommes Sans Loi), Gary Oldman ou encore Keri Russell.054788.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Précédé d’une réputation glorieuse venue d’Outre-Manche, force est d’avouer que La Planète des Singes : L’Affrontement tient ses promesses. Ou du moins, une partie d’entre elles. Matt Reeves s’enfonce dans la voie de l’intelligence balisée par Rupert Wyatt avant lui et livre un blockbuster d’excellente facture, doublé d’un bon film de cinéma écumant son cahier des charges prévisionnel : émotions, spectacle divertissant et réflexion plus subtile qu’il n’y paraît, sur le genre humain, le tout sans céder au tout-action décérébrant, privilégiant la force d’une histoire racontée avec sérieux et maîtrise à la débauche de SFX anesthésiant. Et comme on était en droit de s’y attendre, au passage, L’Affrontement hausse le ton d’un cran question tension et action, alors que le conflit singes-hommes bouillonne et s’apprête à exploser dans un point culminant qui amènera vers la « suite » que l’on connaît tous, avec la prise en main de la planète par les primates éduqués. Ce règne à venir, on l’attendra encore, car l’heure est toujours à la pose des fondations qui nous y conduiront, ou plutôt au creusement de la subtilité de son évolution. Au menu de ce second chapitre, une prise directe avec le volet précédent, le film raccordant là où nous avait laissé Les Origines. Les singes ont fuit vers la forêt, un virus échappé d’un laboratoire a contaminé la planète et la pandémie a ravagé la civilisation humaine. Dix ans plus tard, les uns construisent, les autres veulent reconstruire. Mais la rencontre de ces velléités va forcément s’entrechoquer.305660.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

La Planète des Singes : L’Affrontement est meilleur sur le fond que sur la forme. Non pas qu’il déçoive visuellement, loin de là (et ce malgré un format en 1:85 assez gênant faisant regretter un scope qui se serait bien prêté aux superbes décors forestiers ou post-apocalyptiques), le film atteignant sporadiquement des sommets de virtuosité technique. Une Motion Capture saisissante encore sacrément perfectionnée, apportant aux singes un réalisme étourdissant au point qu’ils en viennent à finalement mieux « jouer » que leurs homologues humains, des prouesses visuelles rappelant la grandeur dont est capable Matt Reeves lorsqu’il met son talent au service d’une histoire laissant place aux prouesses visuelles, des effets spéciaux renversants… Non, vraiment, rien à dire de ce côté là, le film se révélant comme un beau spectacle qui ne rogne pas sur la qualité. En revanche, il pêche davantage dans le développement de sa narration, trahissant à demi-mots son statut d’épisode « de transition » coincé entre son excellente exposition (Les Origines) et les sommets de bravoure attendus dans le prochain volet qui devrait enfin nous conduire vers ce que l’on attend tous. Car pour le réel « affrontement », il faudra repasser au prochain épisode justement. Ce qui relance le débat de ce sous-titre français, là où L’Aube de la Planète des Singes eut été plus malin. On l’espérait dès maintenant, on a eu droit à une première escarmouche en guise de mise en bouche. Mais quelle escarmouche par contre, capable d’une débauche d’épique impressionnant quand le film s’intensifie, nous réservant quelques séquences emballées avec rigueur, énergie, maestria et beauté renversante. La seule réelle contrariété vient plutôt de son ossature dramatique tournant autour de quelques arguments très spécifiques et limités au-delà de la complexité injectée dans leur traitement (le parallèle humains vs primates, chacun reproduisant les mêmes erreurs de son côté), arguments que le film étire quand même laborieusement pour les tenir sur tout un long-métrage qui manque parfois de densité et surtout d’intensité narrative.la-planete-des-singes-l-affrontement-dawn-of-the-planet-of-the-apes-30-07-2014-10-g

Heureusement, la frustration de ne pas voir le film réellement « exploser » dès maintenant, est agréablement compensée par l’intelligence de sa dynamique dramatique, évoluant derrière un script somme toute assez simple voire sommaire. S’il pourra paraître long à démarrer, c’est avant tout parce qu’il se paye une installation très approfondie de ses enjeux qu’il s’efforce de rendre plus complexes et passionnants. Guerre, pas guerre, riposte impulsive ou sagesse de l’attente, paix ou anticipation des dangers possibles… À vouloir trop prendre les devants sur de possibles évènements redoutés, humains et singes déclenchent le conflit qu’ils espéraient tous esquiver. Le canevas des événements relatés traduit l’inéluctable des plus grands conflits bloqués dans des oppositions d’idéaux tenus par un passé douloureux entre deux camps. Cohabitation inconfortable, méfiance permanente, peur rationnelle et irrationnelle à la fois, interprétation déformée du moindre acte, anticipation par manque de clairvoyance dans le jeu de l’autre, crispation des camps par paranoïa… Le conflit israélo-palestinien, le climat de violence post-Apartheid, le conflit irlando-britannique, russo-ukrainien et tous les autres…  La Planète des Singes : L’Affrontement se calque plus ou moins sur des mécanismes universels propres à chaque conflit de « voisinage » sous tension, marqué par le poids d’un lourd passé dont chacun a payé un lourd tribu traumatisant. Sans manichéisme trop appuyé, Matt Reeves met en scène un cheminement inéluctable et c’est probablement ce qui le rend aussi terrifiant et résonnant, en prise directe avec le monde réel.012673.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Au final, à défaut de hurler au blockbuster de l’année, on se contentera de dire que La Planète des Singes : L’Affrontement fait le job non sans idées intéressantes, en perspective d’un prochain opus désormais sacrément attendu et que l’on espère plus dévastateur, cristallisant les belles promesses dessinées par celui-ci. Cet acte liant la saga dans ses enjeux globaux, a en tout cas pour lui une noble audace, celle de faire de ses singes les véritables stars du film, au point d’en étouffer d’ailleurs des personnages « humains » manquant d’étoffe. Pour le reste, notes d’humour, action distrayante et émotions variées sont au rendez-vous de ce second chapitre efficace, même si la plénitude est encore jalousement gardée en vue de l’avenir. Passée une petite déception quand à l’ampleur du plaisir espéré qui ne trouve pas juste récompense, on se retrouve avec quand même sur les bras, un film résolument bourré de qualités, globalement haletant, savoureux et gratifiant.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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2 commentaires à propos de “LA PLANÈTE DES SINGES : L’AFFRONTEMENT de Matt Reeves
Critique – Sortie ciné

  1. Excellente remarque Apocaly. Et totalement d’accord avec toi. Vu le contenu du film, ils n’auraient jamais dû changer le titre.

  2. « L’Affrontement » est le titre débile pour la France. Car en réalité, le film aurai du s’appeler « L’Aube de la Planète des Singes ».

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