JUAN OF THE DEAD (Horreur – critique)

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Carte d’identité :
Nom : Juan de los Muertos
Parents : Alejandro Burgès
Livret de famille : Alexis Díaz de Villegas (Juan), Jorge Molina (Lazaro), Andrea Duro (Camila), Andros Perugorría (Vladi California), Jazz Vilà (La China), Eliecer Ramírez (El Primo), Elsa Camp (Yiya), Blanca Rosa Blanco (Sarah)…
Date de naissance : 2011
Nationalité : Espagne, Cuba
Taille/Poids : 1h40 – 2,7 millions $

Signes particuliers (+) : Aussi drôle que gore et intelligent. Un modèle du genre, à la fois comédie jubilatoire fun et vrai film d’horreur sur fond politisé. Énorme et si cool !

Signes particuliers (-) : A vrai dire, on voit pas…

 

MARRADE OF THE DEAD : AIE CARRRRRRAMBA !

Résumé : Alors que La Havane sombre dans la chaos après une contamination transformant les gens en zombie, le pouvoir étatique en place essaie encore de convaincre la population que l’attaque est l’œuvre d’un groupe de dissidents soutenu par les américains et cherchant la mort du régime. Au milieu de cette apocalypse, Juan, paisible cubain amoureux de son île. Juan a une idée. Il va louer ses services pour dézinguer du zombie. Ainsi, il défend son île bien-aimée d’une part et se fait un peu de pognon au passage…

À chaque année sa perle horrifique dans le prolifique registre à succès du film de zombies où l’on serait tenté de croire qu’il est impossible d’innover tant les films produits sont coincées dans un carcan étriqué répondant à des codes et des canevas établis par quelques œuvres fondatrices imposées depuis fort longtemps comme les chefs d’œuvre ultimes et inatteignables du genre. Et pourtant… En 2007, on était gratifié du furieux espagnol Rec et du magistral britannique 28 Semaines Plus Tard. L’année suivante était marquée par l’original Pontypool venu du Canada. 2009 nous offrait les drôlissimes Dead Sno directement descendu de Norvège et Zombieland pondu par les States alors que 2010 allait être l’année de la série événement The Walking Dead conduite par Franck Darabont. L’an passé enfin, les États-Unis encore s’illustraient avec l’excellent The Dead des Frères Ford et leurs morts-vivants déambulant dans la savane africaine. Et ainsi de suite si l’on remonte dans le passé avec les 28 Jours plus Tard en 2002, L’Armée des Morts en 2004… Et cette année, la révélation vient sans qu’on s’y attende de la petite île de Cuba où l’argentin Alejandro Burgès réussit à réunir des financements internationaux pour un film authentiquement national, authentiquement cubain et aussi savoureux qu’un bon vieux cigare de la Havane.

Comédie horrifique avec un pied solidement ancré dans chacun des deux genres sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre, Juan of the Dead ou Juan de los Muertos pour respecter la sonorité ensoleillée exotico-hispanique du titre originel, est la réponse cubaine aux nombreuses comédies zombies qui pullulent depuis le classique anglais Shaun of the Dead dont il s’inspire directement. Car oui, désormais, Cuba a aussi son Shaun of the Dead à lui et culture oblige, Shaun est remplacé par Juan.

Jubilatoire, à la fois hilarant, gore, décalé et plein de dynamisme et de rage déchaînée, Juan of the Dead est un croisement entre le rouge sanguinolent d’un bloody-mary et la fraîcheur d’un bon rhum local, le tout emballé dans une ambiance… salsa ! La troupe de Juan, véritable personnage cubain par excellence, débrouillard et toujours cool entre soleil, transat, combines, amis et pêche sur son radeau, se retrouve plongée dans une bataille sans merci pour la défense de leur territoire, de leur ville et pays bien-aimés, envahis par une épidémie transformant les habitants en morts-vivants agressifs. Sauf que cette bande hétéroclite entre Juan et son pote de toujours, le maladroit Lazaro, mais aussi Vladi California, le fils de ce dernier, Camilla, la fille de Juan, qu’il n’a jamais vraiment connu, la fantasque transformiste China ou le géant costaud black El Primo qui s’évanouit à la vue de la moindre goutte de sang, est une troupe de pieds nickelés aux délicieux accents de loosers comiques qui s’organisent comme ils peuvent pour la défense de leur bien-être avant tout, non sans une petite pointe de nationalisme pour sauver, non pas la mère patrie glorifiée par l’Etat, mais leur Cuba à eux, celui qu’ils aiment pour sa douceur de vie au-delà des contraintes inhérentes au régime en place.

Cette comédie zombiesque old school et presque gentiment Grindhouse dans l’âme, est surtout l’occasion pour Burgès d’un large panorama de ce qu’est Cuba sous forme de déclaration enflammée et passionnée d’un metteur en scène à son pays d’adoption, sans glorification outrancière et malvenue, mais avec une profonde sincérité et véracité naturelle pleine de tendresse. Coexiste du coup un Cuba jovial, ensoleillé, calme, peinard, beau à en crever et où il fait bon vivre, dominé par de vraies valeurs d’entraide, de partage, de solidarité, de simplicité et d’amitié (le Cuba de Juan et sa bande) et un Cuba pauvre, en crise (celui pourrissant des zombies), que le cinéaste décortique judicieusement en imbriquant une réelle satire économico-sociale à l’intelligence bluffante, à son histoire de genre somme toute assez classique. Tout part en vrille à Cuba, on peut le dire, c’est la merde dans le pays qui s’enfonce dramatiquement depuis plusieurs décennies dans un véritable chaos sociétal. Et pourtant, à l’image de ses héros, ses habitants l’aiment profondément leur pays, y sont attachés et ne le quitteraient pour rien au monde car sa beauté et la vie qu’on y mène transcendent les malheurs politiques ou sociaux d’un régime dictatorial responsable de bien des choses. La parabole est directe mais astucieuse et d’une indiscutable malice. Les zombies personnifient le chaos frappant un Cuba à la dérive, où tout va à vau-l’eau et pourtant, Juan et Lazaro sont heureux, aiment leur vie, aime leur Cuba. Indiscutablement, Juan of the Dead est férocement intelligent. Burgès se moque du régime en place avec une finesse pleine de dérision fantastique. Les autorités mettent cette épidémie sur le dos des dissidents envoyés par le gouvernement américain, une fois de plus responsable des maux de la nation, la désorganisation est totale, la police dépassée… Burgès glisse une multitude d’éléments insidieusement très critiques contre le régime castriste mais ne verse pas pour autant dans la charge politisée. Juan of the Dead reste avant tout une véritable zombie-comedy délectable où les gags s’enchaînent sur un rythme effréné, sans temps morts, sans ralentissement, sans ventre mou, avec une inventivité permanente touchant tous les étages du film, de l’histoire à la mise en scène en passant par un humour sans arrêt renouvelé et ne tournant jamais en rond autour des mêmes blagues.

Ça faisait un moment que l’on n’avait pas autant pris un pied monstrueux devant un film du genre. Juan of the Dead est inspiré, raconte quelque chose, propose de vrais personnages qui existent par et pour eux-mêmes avec chacun une caractérisation et une histoire qui les rendent terriblement attachant et touchant. Tour à tour drôle, émouvant, spectaculaire avec de beaux effets spéciaux (même s’ils montrent parfois les moyens limités de cette péloche énervée et irrévérencieuse) et bien sûr, gore à souhait, Juan de los Muertos est une tuerie au sens propre comme au sens figuré, affichant une diversité narrative exceptionnelle, de l’humour potache au comique fin, du trash à l’irrévérencieux, de l’action épique au drame sensible. On ne peut que remercier Alejandro Burgès pour ce beau cadeau, l’un des meilleurs films de zombies vus depuis un sacré bail et surtout un moment de cinéma jubilatoire, jamais cheap et toujours génial, fun, cool, divertissant et intelligent. Chapeau car le sous-genre n’est pourtant pas si facile que ce que l’on pourrait croire à aborder. Burgès frappe un coup puissant et retentissant. Espérons que son film ne restera pas dans le seul circuit des festivals.

Bande-annonce :

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