HAUNTER de Vincenzo Natali.
Festival – critique (thriller fantastique)

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haunter-affiche-51fa21fb02bf9Mondo-mètre :
note 4.5
Carte d’identité :
Nom : Haunter
Père : Vincenzo Natali
Livret de famille : Abigail Breslin (Lisa), Stephen McHattie (The Pale Man), Sarah Manninen (Mère d’Olivia), David Hewlett (Père d’Olivia), Michelle Nolden (Carol), Peter Outerbridge (Bruce), Samantha Weinstein (Frances), Peter DaCunha (Robbie)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : Indéterminée
Nationalité : Canada
Taille : 1h37
Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Une bonne base de départ, inversant avec malice l’angle de perspective des traditionnelles histoires de fantôme hantant une maison et lançant agréablement le film dans ses premières dizaines de minutes et quelques plans esthétiquement magnifiques…

Signes particuliers (-) : Vincenzo Natali nous pond une sorte de Beetlejuice version thriller horrifique à mystère. Le résultat est un naufrage dédaleux se perdant, et nous perdant, dans son histoire labyrinthique conduite sans réelle maîtrise mais une véritable confusion narrative plombante. L’excellent postulat ne s’en trouve pas utilisé comme il aurait pu/dû et Haunter de tomber rapidement dans une routinière banalité ennuyeuse et casse-tête.

 

BIENVENU CHEZ FANTÔMETTE…

Résumé : Lisa, une jeune fille, est décédé dans des circonstances inhabituelles aux côtés de sa famille en 1986, après qu’ils furent tous piégés dans leur propre maison. Devenu un esprit, Lisa va alors tenter de protéger une jeune fille qui vient habiter dans cette même bâtisse et qui risque de subir le même sort.

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L’INTRO :

Ne vous êtes vous jamais demandé ce que donnerait un film de maison hantée et de possession mais abordé depuis le point de vue du fantôme possesseur et non du traditionnel possédé, du point de vue du hanteur et non du hanté ? Bref, un film d’horreur ou d’épouvante qui inverserait les rôles… C’est ce que tente plus ou moins le réalisateur Vincenzo Natali avec Haunter, film fantastique d’épouvante en réalité plus proche du thriller que du cinéma de genre. Depuis le fabuleusement malin Cube en 1998, petite merveille culte qui l’a propulsé au rang de surdoué, Vincenzo Natali a toujours eu du mal à confirmer, à se montrer à la hauteur des attentes et à enchaîner derrière un chef d’œuvre inaugural qui lui aura fait presque plus de mal que de bien.  Les poussifs Cypher et Nothing n’ont pas vraiment fonctionné, le bien meilleur Splice a reçu un accueil mitigé et pas toujours juste, et nous voici amené à Haunter, le cinquième long-métrage de l’américano-canadien, produit d’ailleurs au Canada.

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Haunter nous invite dans les murs d’une maison où vit une famille décédée en 1986 et dont les esprits sont bloqués entre ces quatre murs, la même avant-dernière journée se répétant à l’infini. Une routine quotidiennement identique s’est installée jusqu’au jour où Lisa, l’adolescente de la famille, en prend mystérieusement conscience. Elle comprend aussi qu’elle doit tout faire pour protéger l’adolescente dont la famille a emménagé dans sa maison après eux, et dont la vie est en danger pour les mêmes raisons qu’elle… Devant la caméra, c’est la jeune Abigail Breslin qui campe Lisa, elle qui a bien poussé depuis Bienvenu à Zombieland où elle interprétait la petite Little Rock. Autre visage connu, Stephen McHattie (Pontypool) avec son faciès unique et sa voie lourde et grave. Présenté à L’Étrange Festival 2013, Haunter n’a toujours pas de date de sortie à l’heure actuelle. Et les réactions plutôt tièdes ne sont pas appuyer dans le sens d’une urgence capitale.

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L’AVIS :

Haunter essaie de surfer sur une tendance appréciée du moment, celle de l’épouvante élégante. Ces films fantastiques, plus ou moins de genre, qui s’appliquent à s’insérer dans une courant très léché lui permettant d’installer une atmosphère rappelant en ça une certaine veine britannique proche d’un cinéma à la Hammer moderne. On pense à Les Autres il y a maintenant un bail, à Insidious plus récemment ou à La Dame en Noir ou The Conjuring, encore plus récemment. Très appliqué, séduisant même dans son entame, Haunter semblait marquer un retour convaincant de Vincenzo Natali (enfin sauf pour ceux, comme nous, qui avons apprécié Splice et qui ne voient donc pas ici, un « retour ») mais malheureusement, ce dernier exercice déçoit, encore plus que les précédents.

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De bonnes idées, il y en a dans Haunter. De bonnes intentions, il y en a également. Sauf que Vincenzo Natali semble visiblement prendre un malin plaisir à s’ingénier à systématiquement tout saboter dans un film qui passe de ce qui aurait pu être une petite série B fantastique roublarde et intelligente, à un flop artistique absolu tournant à la débâcle honteuse. En cause, cette façon de très mal exploiter ce que Haunter avait de bon en lui. A commencer par un script qui reposait sur un postulat pas forcément fou d’originalité (voir Les Autres) mais enveloppé d’un arc dramatique solide ouvrant à plein de possibilités mais dont la route est barrée par une mécanique catastrophique et plombante. Le fait de traverser le miroir du monde des fantômes pour se retrouver dans leur univers (mais à la différence qu’ils en ont conscience contrairement à la merveille d’Alejandro Amenabar) laissait entrevoir un métrage potentiellement différent et plutôt excitant sur le papier. Sauf que l’excitation restera uniquement sur le papier et dans l’idée préconçue que l’on avait pu s’en faire. Dans la réalité, Haunter part en vrille au bout d’une bonne demi-heure jusque-là de bonne tenue. Le traitement choisi par Natali est de s’engouffrer dans une espèce de cinéma labyrinthique et dédaleux où le scénario s’enfoncerait dans un canevas tortueux qui, rapidement, devient plus étouffant que nourricier pour l’inspiration créatrice. Lancé dans cette direction brumeuse à l’intrigue nébuleuse et à la visée trouble, Haunter s’empêtre dans sa mécanique au fur et à mesure que le film s’engonce dans une forme, narrative comme visuelle, épouvantable et source d’un ennui incommensurable. Concrètement, Natali nous perd dans son jeu de miroir « twistique » qu’il pense être brillant -à tort d’ailleurs- et nous roule dans la farine en nous livrant en lieu et place d’un film qui se voulait au départ ambitieux, un énième travail trop anecdotique pour convaincre et qui est dans l’absolu, incroyablement plus paresseux qu’il ne le laisse paraître.

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Pétri de bonnes intentions gâchées, Haunter aurait gagné à s’en tenir à sa véritable bonne idée d’approche et de départ, plutôt que de dérailler ainsi dans tous les sens afin de virer vers une telle histoire d’enquête, de tueur et de mystères fantastiques à élucider, dominée par une confusion totale et absconse qui nous donne envie de nous laisser mener en bateau sans même regarder le paysage, espérant que la traversée sera la plus courte possible. Grosso modo, on s’ennuyait déjà ferme côté humain, devant les éternels mêmes films de fantômes avec mystère à résoudre pour comprendre une situation trouvant son explication dans un secret du passé. Et bien, vous savez quoi ? On s’ennuie de la même manière de l’autre côté du miroir, quand on nous narre la même chose mais chez les morts. Natali essaie pourtant de déployer un univers méandreux, tenu par une intrigue joueuse et resserrée, naviguant entre les dimensions, les époques et les personnages. Sauf que Haunter s’y perd de la même façon qu’il nous y perd, et patine dans la semoule en cherchant vainement une porte de sortie qu’il a condamné lui-même depuis longtemps. Le film tombe alors dans une longue accumulation de clichés insipides intégrés à une ineptie inintéressante qui, histoire de définitivement plomber l’affaire, se paye une mise en scène pleine d’artifices visuels (censés aider à illustrer l’histoire trop bordélique pour se suffire à elle-même) à la longue insupportables. Déjà condamné et cloué au pilori, l’absence totale d’émotion (issue de la relative « complexité du récit) est un dernier tue-l’amour qui office comme une balle finale en pleine tête venant mettre au sol un film aussi cauchemardesque pour le spectateur qu’il ne l’est pour son héroïne. Bancal, inabouti et sans finesse, Haunter est un puzzle raté et assommant qui confirme une chose par contre, c’est que Natali n’est jamais aussi bon que quand il mêle les genres. Ici, il est concentré sur un style cédant aux sirènes de la mode et le résultat manque autant de personnalité que de verve créatrice et d’inspiration.

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Film faussement complexe ou plutôt rendu volontairement plus complexe qu’il n’aurait dû être, Haunter est une œuvre boursoufflée doublé d’un échec sur toute la ligne pour un Natali qui décidément, s’applique à briller par intermittence dans sa carrière. Encensé peut-être trop tôt, le cinéaste est à la peine depuis maintenant bien trop d’années, et l’équilibre qualitatif n’est pas atteint après la passe de cinq films (un classique, un bon, trois déceptions) au point qu’il est en passe de retomber dans le vivier du quelconque voire de l’anonymat, aux côtés de ces nombreux autres réalisateurs dont les nouveaux films ne suscitent pas d’attente particulière.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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