FIN (aka THE END) – critique (sf)

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the-end-afficheMondo-mètre :
note 4
Carte d’identité :
Nom : The End
Père : Jorge Torregrossa
Livret de famille : Antonio Garrido (Rafa), Blanca Romero (Cova), Carmen Ruiz (Sara), Clara Lago (Eva), Daniel Grao (Félix), Maribel Verdú (Maribel), Miquel Fernández (Sergio)…
Date de naissance : 2012
Majorité au : 13 mai 2013 (en DTV)
Nationalité : Espagne
Taille : 1h30
Poids : 5 millions €

Signes particuliers (+) : Une production ibérique à la fois intéressante et originale dans sa démarche « inexplicative ». Quelques scènes virtuoses.

Signes particuliers (-) : Un script très mal développé annihilant ses bonnes idées en manquant de tenue et de cohérence, même en lisant entre les lignes. Le film sait-il au moins où il va, où ne va pas justement, en nous faisant croire le contraire ? Raté.

 

LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS

Résumé : Un groupe d’amis de jeunesse qui ne se sont plus vus depuis des années, se donnent rendez-vous dans un chalet à la montagne pour un weekend « retrouvailles ». Un étrange phénomène perturbera leur séjour, phénomène qui les amènera à découvrir que la fin de l »humanité semble en marche, les gens disparaissant purement et simplement sans explications…

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L’INTRO :

Toujours en quête d’histoires nouvelles, notamment dans le registre du genre où il est très actif, le cinéma espagnol ne pouvait rester indifférent au succès littéraire de Fin, best seller d’un simple ouvrier d’usine ibérique révélé auteur à succès sur le tard. Une batterie de producteurs expérimentés (qui ont bossé avec Amenabar, Inarritu, Fresnadillo, Bayona, De La Iglesia ou Del Toro) s’associent pour donner vie au projet d’adaptation de ce curieux récit apocalyptique à la lisière du fantastique où un petit groupe se retrouvent confrontés à une étrange fin du monde lors d’un week-end entre anciens amis de jeunesse. Alors qu’ils profitent de leurs retrouvailles en mode « Patrick Bruel – on s’était dit rendez-vous dans dix ans », l’humanité, les gens, certains d’entre eux même, se mettent à disparaître mystérieusement, les uns après les autres, d’un coup, sans aucune explication apparente… Avec un budget de 5 millions d’euros réunis, le groupe d’exécutifs a confié les clés de l’entreprise au néophyte Jorge Torregrossa qui signe là son premier long-métrage après avoir œuvré sur quantité de courts et d’épisodes de séries télé. Le travail de transposition quant à lui, est laissé aux mains d’un duo, Sergio Sanchez (L’Orphelinat) et Jorge Guerricaechevarria (The Impossible) qui va devoir jongler entre le suspens né des mystères entourant cette histoire inquiétante et le fond thématique développé par un roman originel nettement plus complexe qu’il n’y paraît au premier coup d’oeil. Enfin, côté casting, peu de noms vraiment connus hors des frontières espagnoles et pour tout avouer, seule la mignonne Clara Lago ressort vraiment de la distribution.

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The End est une sorte d’anti-film catastrophe, un récit intimiste à la lisière du fantastique, sans spectaculaire ni souffle apocalyptique épique ou dévastateur, tournant seulement autour d’une poignée d’amis dont on suit le parcours dans l’étrange, au rythme des disparitions inexplicables au sens premier du terme. En cela, le travail de Torregrossa rappelle un peu celui de Gareth Evans sur un Monsters, autre anti-film de genre tournant le dos aux codes classiques et privilégiant l’infiniment petit, les personnages et la toile fond au démesurément grand et distrayant. Mais la réelle singularité qui fera jaser dans cette production espagnole, est davantage la façon originale avec laquelle il développe son univers, se drapant dans l’énigmatique sans réponses directes, un exercice délicat et à double-tranchant qui aura pour conséquence de fortement diviser son audience à l’image du public du dernier festival de Géradmer où il a été présenté, y remportant au passage le Prix du Jury. Car The End n’est pas du genre à s’ancrer dans un rationnel dramaturgique classique et codifié et ceux qui en attendront une traditionnelle petite série B efficace et divertissante risqueront d’être fortement déçus ou au moins déroutés.

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L’AVIS :

Sur le papier, The End fait parti de ces films attirants à plus d’un égard. Torregrossa abat la carte du mystère total, appelant le spectateur à se forger sa propre opinion et théorie devant les événements narrés par cet effort opaque livré sans toutes ses clés. Il faudra en effet s’aventurer dans les profondeurs du sous-texte pour essayer de dégager du sens et une interprétation à cette « fin du monde » d’un nouveau genre, en prenant appui sur les thématiques métaphysiques et philosophiques convoquées par l’histoire, notamment sur le comportement humain et la perception d’autrui. Allégorie science-fictionnelle, The End met en effet, en images, des concepts en s’efforçant de les illustrer par le biais d’une histoire référentielle et métaphorique. L’idée que l’on ne peut exister en tant qu’individu que par le regard d’autrui, que l’existence des autres est construite dans notre souvenir mais la vie passant, ils s’en éloignent au point de… ne plus exister (physiquement). On peut y voir également l’illustration du fait que l’on ne comprend réellement la place d’autrui dans notre construction personnelle et sociale que quand son absence se fait sentir ou encore celle de l’humanité qui disparaît/meurt en silence, à la fois loin et près de nous sans que l’on y prête forcément cas. En quelque sorte, The End n’est qu’allégorie sur allégorie, une sorte d’effort quelque part entre le légèrement prétentieux et le fortement ambitieux, essayant de porter le registre du catastrophe-apocalyptique à un niveau nettement plus intellectualisé que celui du seul divertissement bourrin à la Emmerich ou Bay, maître ès-genre. Mais le travail de Torregrossa se résume t-il à un pompeux travail intello masturbatoire ? Pas seulement. Outre son intéressante approche défiant les conventions classiques en évitant de pré-mâcher le travail du spectateur, il faut aussi reconnaître à The End certaines qualités formelles et narratives. Une plastique classieuse, avec notamment une belle image et une élégante photo, un certain savoir-faire dans la réalisation (malheureusement inconstant) qui se vérifie au détour de quelques séquences brillamment mises en scène comme ce passage à suspens virtuose avec les moutons fous à flanc de montagne ou certaines disparitions orchestrées non sans génie ou encore quelques ficelles dramaturgiques nourrissant le suspens. The End avait tout pour être une œuvre brillante et intelligente sauf que la théorie n’a pas été suivie de la pratique…

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On était pourtant largement disposé à faire la concession d’une absence de dénouement ou d’épilogue explicatif pour rester dans le mystère évasif faisant travailler notre imaginaire, quitte à ne jamais trouver les réponses à l’histoire dans laquelle The End tente de nous embarquer. De même, on était tout aussi prêt à se lancer dans un drame fantastico-philosophique allégorique, excités par le projet qu’il essayait de déployer. Sauf que la déception aura été à la hauteur de l’attente et au final, il n’y aura pas que les non-amateurs de pamphlets socio-philosophiques qui ressortiront frustrés d’un film qui donne cruellement l’impression d’aller nulle part en essayant de s’en défendre non sans une forme de facilité pédante en se cachant cyniquement derrière la roublardise de son postulat « sans explication ». Car au-delà de ses intéressants constats quelque peu nihilistes, au-delà de sa volonté de laisser sciemment planer un épais mystère en lui associant des concepts philosophiques comme pistes explicatives explorables pour le spectateur en quête de réponses, quelque chose de défaillant pousse à s’interroger sur le soi-disant génie d’un film qui semble en réalité relever davantage de la mauvaise farce amère prenant malicieusement le spectateur pour un idiot. The End a tout de la belle arnaque rusée bien huilée, se cachant derrière sa « différence » et sa pseudo-intelligence pour mieux pouvoir prendre la tangente et ne pas à avoir à se confronter à ses carences. Un film sans scénario archi-explicatif afin de laisser la liberté de réflexion au spectateur ? On aurait bien voulu, mais la réalité est bien plus cynique. Car encore eut-il fallu que The End soit soutenu par un minimum de cohérence dans son arc dramatique métaphorique pour que l’alchimie opère et qu’un procès de facilité mal placée lui soit évité. Le film essaie d’illustrer des idées philosophiques apposées à un scénario fantastico-apocalyptique mais les limites de ce travail se révèlent vite et l’ensemble se craquèle comme terre aride au soleil. Où va le film ? Où va le réalisateur ? Visiblement nulle part et c’est là que The End étale sa science de la narration intellectualisante comme cache-misère pour justifier son absence totale d’idées, d’enjeux, de maîtrise de l’écriture, de gestion du rythme, du suspens et d’une histoire. Non sans prétention, le film nous condamne à devoir « savourer » l’expérience proposée, l’instant, les belles images, le concept (englué dans un non-suspens) sans réclamer davantage et en nous abandonnant avec ses simili-pistes pour en dégager sens et compréhension. Sauf que voilà, face à l’absence de résolution explicite, on a beau se creuser -ce que souhaitait Torregrossa- rien à faire car rien n’a de sens dans un film qui a choisi son camp entre paresse et subtilité et c’est le mauvais des deux. Non, The End n’a pas un sens caché à débusquer en lisant entre les lignes car auquel cas, il ne fonctionne pas. Et quitte à rester dans l’évasif, alors l’indispensable est de faire en sorte à ce que l’ensemble tienne la route pour que les « idées » métaphoriques puissent s’y superposer.

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The End est raté et il est trop facile de se réfugier derrière l’opposition binaire « mauvais cinéma commercial sur-expliqué vs bon cinéma intelligent sans explication ». La réalité est que toutes les approches tentées, même métaphysiques ou philosophiques, ne feront jamais tenir debout un tant soit peu un film qui multiplie autant les incohérences et les non-sens structurels avec un aplomb aussi surréaliste, à se demander si ce ne serait pas là le credo visé par Jorge Torregrossa. Personnages qui ne se posent aucune question entre eux, qui ne parlent ou ne réagissent pas, qui ne communiquent aucune émotion, ni panique, ni peur, ni interrogation… On est déjà dans le surréalisme abstrait quand le concret vient pointer le bout de son nez au coin de scènes totalement venues d’ailleurs (celle du lion, à se croire chez Fellini). Si son élégance générale, son postulat et quelques passages lui conférant un demi-intérêt le sauvent du statut de navet, The End est quand même la déception du moment. Jorge Torregrossa rate totalement son examen de passage et peut-être que le casting artistique choisi par la production manquait d’expérience pour relever un tel challenge d’adapter un roman qui avait tout l’air de l’inadaptable. Car dans le résultat, The End passe à côté de son sujet. Sa mise en scène exploite mal ses idées, son écriture catastrophique esquive toutes les bonnes directions qu’il aurait fallu prendre et quand bien même le ridicule n’a pas tué avant, le final mielleux au possible viendra s’en charger au doux refrain d’une lointaine et fumeuse théorie métaphysique tout aussi nonsensique que le reste. Quel gâchis.

Bande-annonce :

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