EL CLUB de Pablo Larrain : la critique du film [sortie cinéma]

Partagez cet article
0 votes

el clubMondo-mètre
note 6 -10
Carte d’identité :
Nom : El Club
Père : Pablo Larrain
Date de naissance : 2015
Majorité : 18 novembre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Chili
Taille : 1h37 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Alfredo Castro (Père Vidal), Roberto Farías (Sandokan), Antonia Zegers (Monica), Jaime Vadell (Père Silva), Alejandro Goic (Père Ortega), Alejandro Sieveking (Père Ramirez), Marcelo Alonso (Père Garcia), José Soza (Père Lazcano)…

Signes particuliers : Entre deux projets, Pablo Larrain s’occupe avec un film monté et tourné dans l’urgence. Mais ce n’est pas pour autant que l’effort manque d’intérêt.

RÉUNION DE PRÊTRES CLOISONNÉS

LA CRITIQUE

Résumé : Dans une ville côtière du Chili, des prêtres marginalisés par l’Eglise vivent ensemble dans une maison. L’arrivée d’un nouveau pensionnaire va perturber le semblant d’équilibre qui y règne.El_club__Foto_película_9438L’INTRO :

Depuis quelques années déjà, Pablo Larrain est l’un des cinéastes les plus intéressants du paysage cinématographique chilien. Le metteur en scène a déjà prouvé à plusieurs reprises sa capacité à livrer des œuvres fortes, passionnantes et pertinentes, portant un regard sur l’histoire passée et présente de son pays. Santiago 73, Post-Mortem ou plus récemment No en étaient de bons exemples. Sortant de sa trilogie sur le régime Pinochet, El Club est le résultat du bouillonnement hyperactif de Larrain. Dans l’attente qu’un projet en développement se finalise, le cinéaste a occupé son « temps libre » en tournant très vite (2 semaines et demi) ce plus « petit film » néanmoins hautement intéressant. Bien lui en a pris, El Club a raflé le Grand Prix du Jury à la dernière Berlinale.The-Club-GEMSL’AVIS :

Le nouveau film de Pablo Larrain est l’histoire d’un malaise. Un malaise envers le sujet, un malaise vis à vis de la façon dont le cinéaste l’aborde, et un malaise entre les spectateurs eux-mêmes face à cet effort étrange et bicéphale. Avec El Club, les réactions les plus diverses s’observent. Certains pouffent de rire devant l’humour noir qui se dégage de cette histoire au cynisme bien senti soutenant son propos terrible, d’autres au contraire, en ressortiront le visage serré après avoir été confrontés à une œuvre glaçante. Doit-on rire de ces pantins disgracieux à l’arrogance et au cynisme pathétique ou doit-on être terrifié par la noirceur de leur basse médiocrité ? El Club ne se positionne pas vraiment, et Pablo Larrain laisse entier ce choix au spectateur. Avec la subtilité et l’intelligence qu’on lui connaît, le réalisateur chilien se contente de dresser un portrait tragi-pathétique à prendre comme on le souhaite, lui se contentant d’être dans la position d’un chef-d’orchestre déployant ses idées sur la société avec une caméra qui lui sert de baguette. Larrain disserte ainsi avec finesse sur l’hypocrisie des institutions respectées au Chili, la religion notamment, dans un pays profondément catholique où son importance est majeure. Sans jamais digresser et au contraire avec une remarquable cohérence, il questionne également la confiance du peuple dans ses « guides » spirituels, la violence de l’ombre, l’archaïsme des fondements de la société chilienne…el_clubEl Club est un film dérangeant, une œuvre inconfortable qui poussera le spectateur dans ses plus profonds retranchements. Aussi bien par son aspect esthétique difficile à appréhender (une image vidéo « délavée » renvoyant à la pâleur des institutions visées par la missive) que par son sujet passablement douloureux, que le film dessine au bout de quelques dizaines de minutes, laissant d’abord planer le mystère sur la fonction de cette maisonnée réunissant quelques vieux prêtres à la retraite, isolés de tout contact avec l’extérieur. Le tournant explicatif qui viendra mettre fin aux questions, sera l’apothéose du propos sur l’hypocrisie crasse de la chrétienté alors que film grimpe crescendo vers un final puissant. Un final à la fois magnifique et peut-être le seul défaut d’un film qui se termine là où il aurait pu commencer.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.