DU VENT DANS MES MOLLETS (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Du Vent dans mes Mollets
Parents : Carine Tardieu
Livret de famille : Juliette Gombert (Rachel), Agnès Jaoui (Colette Gladstein), Denis Podalydès (Michel Gladstein), Isabelle Carré (Catherine), Isabella Rossellini (Mme Trebla), Judith Magre (grand-mère), Anna Lemarchand (Valérie), Elsa Lepoivre (Mme Danielle)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h29 – 5,2 millions €

Signes particuliers (+) : Une étonnante jeune actrice. Des bons comédiens. Une reconstitution épatante d’une époque. Attachant.

Signes particuliers (-) : Ressert une soupe à laquelle on a déjà que trop goûté. Mignon mais forcé.

 

UNE BRISE TRÈS (TROP) FRAÎCHE

Résumé : Rachel, petite gamine de neuf ans étouffée par une mère juive très possessive, plombée par un père qui a connu les camps et qui ne cesse de tout renvoyer au passé par comparaisons et cohabitant avec sa grand-mère qui ne dit jamais un mot, est timide et effacée à l’extrême. Au contact de la pétillante Valérie, nouvelle camarade d’école, elle va se transformer…

La cinéaste Carine Tardieu revient derrière la caméra cinq ans après son apprécié La Tête de Maman, pour une nouvelle chronique familiale plus juvénile cette fois, puisque de l’adolescence, elle passe à l’enfance autour d’une jolie et attachante petite gamine effacée de neuf ans, Rachel, coincée entre sa timidité presque maladive et ses parents désaxés, une mère juive étouffante qui la gave de boulettes et un père qui n’a de cesse de lui rappeler à quel point son enfance dans les camps a été tragique. Adaptant l’œuvre de Raphaële Moussafir (une BD et un roman éponyme), Tardieu croque à pleine dent dans son mignon mélodrame tragi-comique traitant à la fois de l’enfance étouffé et étouffante mais surtout du rapport à la mort lorsque l’on n’est pas en âge de la comprendre.

Sur un ton pop décalé et rétro balayant nos années 80 avec beaucoup de tendresse en ressortant les jeux Simon, les machines à écrire, Coluche, Mitterrand ou les Barbies, le Tang, les cuisines en Formica, le phénomène La Boum, les patins à roulette et les stylos effaceurs mais aussi Kate Bush, les Renault 12 ou la mire télévisuelle comme autant de Madeleines de Proust d’une époque dont on est tous quelque part nostalgique, Carine Tardieu essaie de nous bercer en nous prenant par les sentiments via la justesse de sa reconstitution en jouant sur notre enclin à systématiquement regarder en direction de notre enfance avec émotion. Mais cette nostalgie affichée attendrissante masque la facilité du propos d’un film qui peine à aller plus loin que son concept d’énième comédie dramatique familiale autour d’une enfant touchante du haut de ses trois pommes, entre ses drames existentiels et ses émois, le tout traité sous forme de chronique d’un cocon singulier et décalé, entre une mère ultra-possessive limite névrosée, un père installateur de cuisine Mobalpa largué jamais sorti du drame de son enfance frappé du régime nazi et une grand-mère, vieille fausse-élégante mutique. Dans tout cela, Rachel ne trouve pas sa place et va pouvoir enfin s’affirmer au contact de Valérie, nouvelle copine d’école bien dans ses baskets et totalement extravertie à l’image de sa tristement célibataire endurcie de mère.

Du Vent dans mes Mollets est faussement sympathique, à la fois attachant par son étalage de notre enfance et de tous les détails qui la construisaient, surtout pour une génération qui a grandi dans ces années 80. Mais avec une esthétique visuelle et une rhétorique sur-affichées, débordant de gimmicks et d’effets surannés comme autant de palliatifs au vide pour en faire un beau petit objet tendance et rétro-nostalgique, Du Vent dans mes Mollets finit par tourner en rond, répétant sans cesse les mêmes choses pour étirer son histoire sur une durée potable tendant à la poussivité. Le résultat a un goût de téléfilm jouant la facilité, un peu longuet d’autant plus qu’il aboutit sur un final mélodramatique poussiéreux dont on se serait bien passé suintant l’artificialité émotionnelle comme les cuisine en formica du père (le bon Denis Podalydès mais qui a tendance au cabotinage, tout comme Agnès Jaoui). La candeur de ce genre d’œuvres, qui marchait il y a encore quelques années, se retourne contre elles aujourd’hui, la faute à un manque d’inspiration pour renouveler un genre éculé au cinéma, repris par la télévision, et qui ne surprend plus guère, comptant de trop sur son visuel poético-chichiteux faisant appel à notre mémoire et à notre vague à l’âme d’une époque. Les superlatifs les plus démesurés ont été utilisés pour porter aux nues ce Du Vent dans mes Mollets, mais la réalité est que le film de Carine Tardieu fait passer une brise un peu trop fraîche qui nous glace les chevilles avant de nous enrhumer. Reste l’étonnante prestation de la jeune Juliette Gombert, une barrée Isabella Rossellini en psy étrange (qui a pris un coup de vieux par contre) et une bonne Isabelle Carré.

Bande-annonce :

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