THE SECRET de Pascal Laugier
– critique – DVD – (épouvante)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Tall Man
Parents : Pascal Laugier
Livret de famille : Jessica Biel (Julia), Stephen McHattie (Lieutenant Dodd), William B. Davis (Shérif Chestnut), Jodelle Ferland (Jenny), Samantha Ferris (Tracy), Katherine Ramdeen (Carol), Teach Grant (Steven), Colleen Wheeler (Mme Johnson)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis, Canada
Taille/Poids : 1h45 – 18 millions $

Signes particuliers (+) : Esthétiquement élégant. Une première moitié haletante et intrigante.

Signes particuliers (-) : Retombe comme un soufflet passé son twist éventé en milieu de film. La suite tourne à vide.

 

DITES-NOUS LE À L’OREILLE…

Résumé : Cold Rock, petite ville minière américaine. Depuis des années, des enfants disparaissent étrangement, sans laisser de traces. Julia, le médecin de la ville, est confronté au problème quand elle voit à son tour, son fils de 6 ans se faire enlever sous ses yeux par un mystérieux inconnu. Elle se lance à sa poursuite…

Le français Pascal Laugier traverse pour la première fois de sa carrière l’Atlantique en cette année 2012, pour aller concrétiser sur les terres de l’Oncle Sam, un projet qu’il garde sous le manteau depuis maintenant sept ans et qu’il aura remanié mainte et mainte fois avant d’obtenir un résultat final qu’il jugeait satisfaisant et acceptable. Entretemps, depuis 2005, le cinéaste aura conforté sa solide réputation acquise avec son élégant Saint Ange, par le sulfureux Martyrs, thriller horrifique jusqu’au-boutiste qui aura fait grand bruit, en très bien pour son intelligence comme en très mal pour son voyeurisme qui fît débat selon les avis. Changement de cap et d’horizon donc pour un Laugier qui imite nombre de ses confrères (style Valette, Aja et consorts) en prenant la direction de l’Amérique où les moyens financiers permettent au cinéma de genre de ne pas être tristement réduit au carcan trop étroit des séries B sous-produites en vue de diffusions confidentielles dans des salles miteuses avec trois fauteuils et un écran plus petit qu’un bon plasma acheté à la fnac.

The Secret alias The Tall Man en VO, met en scène un personnage de légende effrayant, essentiellement dans la culture américaine, celui du susnommé « Tall Man », être mystérieux qui viendrait capturer et emmener les enfants. Le film de Laugier, à mi-chemin entre le thriller et le fantastique d’ambiance léché façon son précédent Saint Ange, part des nombreuses et tragiques disparitions d’enfants aux Etats-Unis et s’attèle à cette histoire pleine d’étrangeté, en proposant une explication, bien évidemment fictionnelle, accoudée à un fantastique sur un fil dans un style très Shyamalesque. C’est d’ailleurs ainsi qu’a été axée la campagne marketing française qui présente le film comme virtuose, bluffant et dans l’esprit du Sixième Sens de feu l’ancien bon cinéaste devenu une parodie de lui-même, M. Night Shyamalan, promettant des surprises incroyables. On s’attend donc à frissonner mais surtout à être surpris par un récit roublard qui saurait nous cueillir en nous coupant les pattes de sorte à nous laisser sans voix par sa malice, un peu comme ce fut le cas avec la petite prouesse imprévisible menée par Bruce Willis il y a quelques années. Pour se faire, Laugier se retrouve dans une position confortable, une star internationale au casting avec la belle Jessica Biel et surtout, un budget conséquent comme il n’en aurait jamais obtenu en France, plus de 18 millions de dollars soit de quoi faire une bonne série B élégante.

Pari qu’à moitié réussi pour le frenchie qui effectivement, signe une œuvre esthétisée, virtuose, au visuel très séduisant par ses plans superbement composés, sa photo soignée mais aussi sa musique bien travaillée et incorporée, tout cela tendant vers un même objectif : une ambiance singulière flirtant vers le Twin Peaks de Lynch. The Secret n’est jamais très angoissant à proprement parler mais baigne dans une atmosphère trouble, non sans un certain côté hypnotisant et attractif, que l’incompréhension des évènements narrés renforce. Laugier joue la carte du suspens, du mystère planant, nébuleux, dans lequel il précipite son héroïne rapidement aussi dépassée que le spectateur, les deux essayant de poursuivre la locomotive lancée pour se raccrocher au wagon. Le cinéaste s’en tire bien côté intrigue et réussit à captiver un public très vite avide de réponses, tenu en haleine, et la beauté esthétique générale magnifiant cette ville imaginaire pesante et élégiaque de Cold Rock, n’est pas pour nous déplaire et donne espoir en une œuvre magnifique, dépassant son statut de série B luxueuse pour venir boxer dans la catégorie des grandes œuvres fantastiques envoûtantes, lorgnant narrativement vers les travaux de Stephen King où l’action se mêle aux frissons, où les mystères surplombent des zones habitées authentiques, reflet d’une certaine Amérique reculée propice aux histoires étranges.

Mais pour vraiment réussir son coup, Laugier devait surmonter un point crucial de son récit : sa chute. Comme tout bon film d’angoisse reposant sur un mystère (et ils sont finalement assez rares les triomphes du genre), The Secret devait trouver la bonne carburation, savoir équilibrer sa narration entre un démarrage happant le public, un déroulement en renforçant l’intérêt et préparant une chute où l’explication est toujours le plus difficile à réaliser car devant répondre aux lourdes attentes imposées par les nombreuses minutes précédentes sans décevoir. Dans le meilleur des cas, le film parviendra même à réussir son effet de surprise en amenant le spectateur dans une direction complètement opposée à tout ce à quoi il s’attendait (exemple Psychose, Sixième Sens ou Saw). Ici, impossible de nier que Laugier nous surprend… dans un premier temps et à un moment inattendu. Par un virage dramaturgique en plein récit, The Secret fait tiquer le spectateur en révélant sa malice finement amenée sans que l’on ne se soit douté de quoi que ce soit. Une roublardise hautement réussie et imprévisible qui donne un tout autre angle au film dans son dernier tiers que l’on regarde désormais avec un tout autre regard. Malheureusement, le cinéaste aura bien négocié son premier virage mais pour mieux se planter dans la ligne droite juste derrière, heurtant un caillou qui l’amène à une sortie de route fatale. En clair, si effectivement la surprise est pour le moins surprenante, dira t-on, elle nous conduit ensuite vers un final dont les explications sont en revanche nettement plus décevantes, décrédibilisant l’ensemble. Laugier gâche son incroyable potentiel, en plus d’évacuer la charge fantastique empreint d’étrangeté et de mystère, par un final très conventionnel et peu inspiré, déballant des révélations nuançant le film en le plaçant dans un entredeux indistincts. Thriller d’enquête ? Film fantastique ? The Secret est incertain sans que la frontière soit une qualité mais plutôt un péché de tentative d’œuvre jouant sur plusieurs tableaux.

The Tall Man (le titre en VO est plus logique) fait des promesses, beaucoup de promesses, mais n’en tient qu’une partie et pas forcément la plus importante malheureusement. Pour une bonne idée de départ, une bonne atmosphère, pour un efficace retournement de situation malicieux, de bonnes idées narratives, pour un style virtuose et élégant, des décors impressionnants d’authenticité atypique. Mais tristement, comme pour beaucoup de ses petits copains du genre, The Secret n’avait pas une conclusion à la hauteur du reste de son récit et la petite claque surprise espérée ne l’aide pas vraiment puisque, contrairement à d’autres, elle ne vient pas dans son dénouement final en guise d’explication retors mais dans sa structure centrale en opérant un effet scénaristique comme ressort dramatique. Elle laisse du coup le champ libre à un gâchis final dans le dernier tiers où le film s’évertue poussivement à élaborer une fin qui se voudrait surprenante mais qui apparaît comme bien conventionnelle et pire, décevante, faute de proposer une résolution habile et passionnante. Un final aux allures de thriller qui laisse sur sa faim et donne une impression très mitigée sur l’ensemble du film, tendant plus vers le négatif que le positif. A moins que ce ne soit la façon dont Laugier le gère en respectant les codes du cinéma traditionnel américain sur-explicatif, qui le plombe à ce point.

The Tall Man est un premier exercice américain pour Laugier fourmillant de qualités, aussi bien plastiques que narratives avec au passage, une histoire défiant un peu la bonne morale puritaine américaine par son récit amoral et les points de vue narratifs adoptés. Dommage que tout cela ne s’imbrique dès lors pas dans un scénario plus brillant et moins bancal, gâché par la direction qu’il prend en cours de route et le changement de ton et de genre, qui ouvre à une frustration de ne pas voir un potentiel énorme plus savamment exploité. The Secret n’est pas un mauvais film mais laisse sur sa faim et déçoit par rapport aux attentes placées en lui. La claque, ce n’est pas maintenant.

Bande-annonce :


The Secret – Bande-annonce [VOST|HD] par Lyricis

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