LES SORCIÈRES DE ZUGARRAMURDI d’Alex De la Iglesia
en salles – critique (comédie fantastique)

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note 6
Carte d’identité :
Nom : Las brujas de Zugarramurdi
Père : Alex De la Iglesia
Livret de famille : Hugo Silva (Jose), Mario Casas (Tony), Carmen Maura (Graciana), Carolina Bang (Eva), Terele Pavez (Maritxu), Secun de la Rosa (Pacheco), Carlos Aceres (Conchi), Macarena Gómez (Silvia), Pepón Nieto (Calvo), Javier Botet (Luismi), Jaime Ordóñez (Manuel)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 08 janvier 2014 (en salles)
Nationalité : Espagne
Taille : 1h59
Poids : 6 millions €

Signes particuliers (+) : Alex De la Iglesia est toujours aussi en forme et son oeil porté sur ses congénères est toujours aussi aiguisé et affuté. La preuve avec cette nouvelle folie mariant comédie noire et fantastique à la lisière de l’épouvante avec un Salem espagnol, des braqueurs en fuite, tout plein de gens qui les pourchassent, des sorcières maléfiques, et surtout une analyse acide et drolatique des relations hommes-femmes dans notre société moderne.

Signes particuliers (-) : Un peu long, Les Sorcières… est un peu moins gracieux dans son dernier tiers.

 

MA FEMME EST UNE SORCIÈRE

Résumé : Trois braqueurs d’un magasin d’or à Madrid, prennent la fuite en direction de la frontière française. Avec eux, un chauffeur de taxi, un client en otage et l’enfant d’un des bandits. Leur chemin les amène à passer par la ville de Zugarramurdi, haut lieu de la sorcellerie redouté depuis le moyen-âge…

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L’INTRO :

Zugarramurdi, charmante petite bourgade de Navarre, tout ce qu’il y a de plus bucolique et authentique avec ses rues étroites, son ancienne église, sa splendide grotte… Bref, une destination ravissante pour le pèlerin en demande de calme et de campagne. Voilà pour la version « office du tourisme ». Sinon, Zugarramurdi, c’est l’équivalent du Salem américain, mais en Espagne. Un village connu pour ses déboires avec de prétendues sorcières au XVIème et qui se traîne depuis l’Inquisition une réputation de lieu maudit voire hanté. A l’époque, 40 personnes furent accusées, 12 brûlèrent sur l’échafaud. Et cette si jolie grotte aujourd’hui visitable était alors soi-disant, le lieu de réunion et de culte des sorcières de la région. Cet univers baignant dans un certain surréalisme ne pouvait que titiller la curiosité du cinéaste espagnol Alex de la Iglesia, qui a décidé d’en tirer un film prenant place dans le Zugarramurdi d’aujourd’hui, où atterrissent une petite bande de braqueurs du dimanche en fuite vers la France.

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De la Iglesia a toujours été un touche-à-tout, aimant flâner d’un genre à l’autre. On l’a vu dans l’horreur avec Le Jour de la Bête, dans le western avec 800 Balles, dans la comédie historique de guerre, dans la comédie tout court, dans le thriller, dans le drame… dans à peu près tout finalement, le seul lien cimentant son entier travail étant son style inimitable et reconnaissable entre mille, qui transpire autant de Mes Chers Voisins, d’Un Crime Farpait ou de 800 Balles que des somptueux Balada Triste et La Chispa de la Vida, ses deux derniers longs-métrages en date et au passage véritables joyaux ayant hissé son cinéma sacrément haut. Un style caractérisé par la récurrence d’un humour noir féroce et ravageur, un esprit trash et impertinent appuyé, un étonnant mélange du drame sombre et de la drôlerie décalé (un peu comme Dupontel chez nous, tout deux ayant cette propension à rire de sujets terriblement sombres et pas drôles pour un sou en apparence) et surtout, des histoires qui ne sont que des toiles de fond à de cinglantes analyses de son temps et plus particulièrement du genre humain… Sans oublier une véritable fidélité de collaboration avec ses équipes et comédiens. Pas étonnant donc de retrouver dans Les Sorcières de Zugarramurdi quelques habitués du cinéma de l’ibérique fou, comme Carmen Maura (déjà dans Mes Chers Voisins, 800 Balles), Carlos Caceres (héros de Balada Triste) ou la bombe Carolina Bang (Balada Triste et La Chispa de la Vida). Sinon, pour le reste, de jeunes noms comme en vedette la néo-star et ex-mannequin Hugo Silva, remarqué dans le dernier Almodovar Les Amants Passagers et une référence amusante de la part d’un film virant du côté de l’horreur, avec l’emploi de Javier Botet, clin d’œil à sa présence dans la trilogie zombiesque des [●REC].

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L’AVIS :

Mélange de comédie noire et de fantastico-horrifique sur fond de sorcellerie dans le Salem du nord de l’Espagne, Les Sorcières de Zugarramurdi n’est pas sans lointainement nous rappeler deux/trois petites choses. Dans la structure d’abord, la géniale série B de l’ami Robert Rodriguez, Une Nuit en Enfer. Un film bifurquant à mi-parcours vers un itinéraire bis, à la seule nuance ici, que l’on sait plus ou moins d’avance vers quoi l’on se dirige après une balade pour y arriver aussi étendue que jubilatoire. Et dans la forme ensuite, où De la Iglesia nous promène sur un terrain que les amateurs de cinéma de genre britannique reconnaîtront peut-être. Lesbian Vampire Killer, Doghouse et d’autres, autant de comédies horrifiques anglaises qui se plaisaient à conduire une bande de pieds nickelés vers un village passablement reculé et lugubre, théâtre d’un délire horrifico-humoristique pas loin du déjanté avec tour à tour des vampires ou des zombies. Chez De la Iglesia, ce sera des sorcières, choix logique vu les thématiques déployées par le film. Très british dans l’âme sur ce coup-ci, le cinéaste n’en oublie pas moins pour autant de réaliser SON film et ne se contente pas de piocher à droite et à gauche de quoi nourrir sa nouvelle farce débridée. Comme à son habitude, son récit a surtout pour but de divertir mais en œuvrant en toile de fond de l’illustration d’un regard acerbe posé sur ses congénères et retranscrit via un humour mordant et grinçant donnant lieu à une comédie de genre bien hallucinée et frappadingue. Les Sorcières de Zugarramurdi nous offre en réalité derrière son statut de série B fantastique distrayante, une contemplation décalée mais terriblement moderne sur le genre humain, le récit soutenant de fait une farce horrifique sur les relations d’opposition entre les hommes et les femmes dans la société actuelle. Les unes sont devenues « chiantes » et castratrices à sans cesse revendiquer un quasi-matriarcat excessif poussant les hommes à bout en cherchant à les déposséder de tout rôle ou pouvoir sur la gente féminine. Des hommes qui eux, ne valent pas mieux, lâches, égoïstes et souvent bas du front voire médiocres. Avec beaucoup de cynisme et de machisme ironique, Alex De la Iglesia est féroce, comme toujours, ici frontalement et premier degré en ce qui concerne les femmes qu’il assimile à des sorcières, plus narquois et fin en ce qui concerne les hommes et leur petitesse. A double tranchant, Les Sorcières de Zugarramurdi n’épargne personne et si d’aucun serait tenté de croire à l’œuvre bassement machiste et rétrograde, la lecture des entrelignes tend bien à s’efforcer de montrer le contraire.

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Les Sorcières de Zugarramurdi, c’est donc un film à deux temps et qui se plaît à marier les genres comme à l’accoutumée dans le cinéma du trublion ibérique. Une course-poursuite effrénée et bourrée d’un humour un peu fêlé du ciboulot dans un premier temps, avec son groupe de braqueurs-loosers hétéroclites (dont un enfant embarqué là-dedans par son paternel séparé cherchant à le récupérer des griffes de sa mère) fuyant la police après le cambriolage d’une bijouterie, puis un pur film fantastique voire d’horreur lorsque cette petite bande tombera entre les griffes des sorcières du village de Zugarramurdi. Couché à plat, le scénario des Sorcières de Zugarramurdi n’a rien de drôle : un père désespéré craque et bascule, devenant braqueur de fortune et embarquant dans sa tragique cavale son fils de 8 ans. Pourtant, De la Iglesia va retourner ce postulat de départ avec son esprit inspiré. Jouissif dans son humour délicatement distillé et marqué par un second degré décapant, Les Sorcières de Zugarramurdi éclate et ravit les mirettes pendant deux bons tiers de superbe tenue où la patte de l’expert en comédie noire instille son génie dans cette farce délicieuse et à l’énergie revitalisante.

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Si le cinéaste restait artistiquement parlant sur deux succès parmi les plus magistraux de sa carrière, Les Sorcières de Zugarramurdi est un cran en-dessous. Le seul accroc dans ce beau paysage singulier viendra d’un dernier tiers où des longueurs commencent à se faire sentir au rythme d’une énergie vivifiante cédant progressivement sa place à quelques relâchements poussifs amenant le film à patiner sur une pente verglacée de redondances. Un petit quart d’heure en moins aurait pu être une solution pour mieux équilibrer la conduite d’un film qui sur la fin, voit sa finalité de propos se noyer un peu dans un spectaculaire très surchargé au fur et à mesure que le dénouement approche. Dans ce dernier acte, le fond tend à se faire déposséder par la forme et l’esprit alors que l’histoire a de plus en plus de mal à rester à sa place de seule toile de fond prétexte aux enjeux nourrissant le discours (une des marques du cinéaste). Les Sorcières de Zugarramurdi bascule alors dans l’ambitieuse production à effets digitaux divertissante et perd un peu en force mordante, d’autant que quelques maladresses esthétiques et créatives lézardent sa façade. Comme si De la Iglesia était finalement moins à l’aise dans le gros spectacle que dans l’intimisme grinçant se concentrant sur les phénomènes de société qu’il veut dépeindre.

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Ce fléchissement final n’est cependant pas de nature à impacter fatalement Les Sorcières de Zugarramurdi qui reste une nouvelle farce détonnante de l’ami De la Iglesia, une fois de plus à son avantage avec un cinéma qui transpire l’amour du septième art. Toujours aussi barré, le cinéaste livre un exercice plaisant et réjouissant parsemé de grands moments, et qui parvient avec adresse à errer entre les genres se muant ironiquement, en ode à la femme au gré de la peinture qui en faite par le prisme du regard misogyne des hommes plaintifs, amusant d’exagération et de caricature. Les voir finir par être confrontés à la matérialisation de leurs diatribes via les fameuses sorcières, sorte d’excroissances cauchemardesques de leur vision de la gente féminine, devient alors un délice inspiré, à la fois éclatant et fendard. Et finalement… comparé à elles, elles ne sont pas si terribles que ça nos femmes !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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2 commentaires à propos de “LES SORCIÈRES DE ZUGARRAMURDI d’Alex De la Iglesia
en salles – critique (comédie fantastique)

  1. Une farce bien dans le style d’Alex de la Iglesia. Dommage pour la fin en effet digne d’un blockbuster. Dommage aussi d’avoir ajouté un élément à la vision paranoïaque des espagnols envers les basques. Les esprits forts ou étrangers excuseront peut-être l’aspect purement provocateur de l’exercice illustrant une cérémonie sataniste au coeur du pays basque avec notamment un chant de Mikel Laboa -qui n’a rien à voir avec l’humour ni la sorcellerie- repris en coeur par une assemblée de foldingues cannibales, mais ce sont les crétins qui sont les plus nombreux en ce bas-monde, hélàs. Et les réflexes racistes des espagnols envers les basques, soutenus par la diabolisation orchestrée par un Etat espagnol néo-franquiste qui cherche à faire oublier son incompétence par les stigmatisations populistes les plus graves.
    Au final, un film à l’esthétique certaine, mais aux intentions incertaines et aux conséquences probablement néfastes.
    Irai-je encore voir un film d’Alex de la Iglesia ?

    • Ton analyse est intéressante. Pour ta question… on a envie de te dire, De la Iglesia peut toujours surprendre ! Regarde le précédent La chispa de la vida !

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