DEUX JOURS, UNE NUIT des Frères Dardenne
#Cannes2014 – Critique (en salles, drame)

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deux jours une nuitMondo-mètre
note 4.5
Carte d’identité :
Nom : Deux Jours, Une Nuit
Père(s) : Jean-Pierre et Luc Dardenne
Livret de famille : Marion Cotillard (Sandra), Fabrizio Rongione (Manu), Pili Groyne (Estelle), Simon Caudry (Maxime), Catherine Salée (Juliette), Olivier Gourmet (Jean-Marc), Baptiste Sornin (Dumont)…
Date de naissance : 2014
Majorité : 21 mai 2014 (en salles)
Nationalité : France, Belgique
Taille : 1h35
Poids : Budget 7 M$

 

Signes particuliers (+) : Les Frères Dardenne récidivent dans le cinéma socialement engagé avec un film simple et accessible, à la facture plus classique et porté par une Marion Cotillard dont le seul nom permet de mettre le projet dans la lumière.

Signes particuliers (-) : C’est l’ère des régimes, même le cinéma s’y met. Deux Jours, Une Nuit est un Dardenne « allégé », sorte de petit brûlot social un peu faible et un peu simpliste, soulevant des points justes et intéressants mais sans creuser trop profond. 

 

L’AILE OU LA PRIME ?

LA CRITIQUE

Résumé : Sandra, aidée par son mari, n’a qu’un week-end pour aller voir ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail.346503.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx L’INTRO :

Trois ans après Le Gamin au Vélo, Grand Prix à Cannes en 2011 ex-aequo avec Il Etait une Fois en Anotalie de Nuri Bilge Ceylan (qui a soufflé que c’était toujours les mêmes ? Qu’il se dénonce…), les Frères Dardenne font leur retour sur la Croisette avec Deux Jours, Une Nuit. L’histoire du combat, le temps d’un weekend, d’une femme sortant de dépression apprenant son licenciement imminent et s’efforçant de convaincre tous ses collègues de sauver son emploi plutôt que d’accepter une prime qui la condamnera au chômage. Tel est le simple dilemme à la base d’un entièrement film porté par notre Marion Cotillard nationale, reine du grand écart aimant passer des grands films populaires aux petits films d’auteur, avec quelques virées hollywoodiennes de temps à autre.205344.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxL’AVIS :

On prend les mêmes et on recommence, donc. Les Frères Dardenne sortent un nouveau film socialement engagé, questionnant la société et le traitement réservé aux plus faibles, et voilà que le Festival de Cannes se jette dessus comme un charognard sur sa proie. En l’ayant vu au préalable au moins ? On se le demande… Les deux frangins belges avaient fait sensation il y a quelques années avec Rosetta, uppercut dénonciateur tourné avec rage, simplicité et envie. Aujourd’hui, Deux Jours, Une Nuit semble être bâti sur les cendres froides de ce cinéma-vérité, œuvre engagée pour les nuls aux clichés tuant toute sa réflexion de fond brodée sur des enjeux délimités par un discours aléatoirement lucide et parfois naïf, dont le seul bon point est d’être confectionné dans une certaine absence de jugement de personne, si ce n’est la société elle-même et la façon dont elle produit des situations révoltantes.351659.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLe duo connu pour leur cinéma témoin des disfonctionnement de nos sociétés écrasant les plus faibles, livre une sorte de Douze Hommes en Colère de Lumet réinterprété à la sauce lutte sociale contemporaine sur fond de crise et de climat impitoyable. Une femme, 16 collègues, et ce besoin vital de les « retourner » avec un impératif de temps jouant contre elle, en essayant d’en convaincre une petite majorité. L’idée eut pu être bonne mais encore fallait-il l’exploiter correctement. Trop simpliste, manufacturé, répétitif à souhait à tourner en rond pendant 1h30 autour de sa mince idée narrative de départ censée soutenir une réflexion humaniste brassant mollement des thématiques telles que la lutte des classes et des gens, la violence du monde du travail actuel, l’humain dénié au profit de la productivité, la solidarité égratignée sous le poids de la pression psychologique…deux jours une nuitMais Deux Jours, Une Nuit rate ses objectifs seulement plaqués en fond d’un film qui se contente d’enfoncer des portes ouvertes. Rien n’a de réelle profondeur dans ce métrage aux carences caractérisées, manquant de chair, d’épaisseur et de consistance au-delà de son humilité formelle et narrative. La pauvre et empathique Marion Cotillard (tout aussi touchante qu’elle soit à défaut d’être toujours juste) frappe aux maisonnées de ses collègues, leur récite mécaniquement le même discours pendant tout le film, et un vain suspens sur la finalité de son action de se mettre en branle alors que les Dardenne font dans le catalogage des réactions et des portraits de travailleurs. Probablement conscients du manque d’étoffe de l’arc dramatique de leur rejeton, le tandem essaie alors de broder un vague contexte aux coutures très apparentes, avec ce personnage dépressif luttant pour se sortir de sa mauvaise passe, y retombant, luttant, rechutant etc… Trop superficielle et un peu désincarnée, l’affaire semble bien ampoulée et parfois fainéante, en plus d’être d’une pauvreté indigne de ses intentions de cinéma d’auteur brûlot à la température trop tiède. On parlera d’ailleurs de cinéma d’auteur parce qu’il n’y a pas de musique et que l’affaire est tournée caméra à l’épaule mais sans cela, Deux Jours, Une Nuit a tout du faible drame facile à la facture consensuelle qui lui sied très mal, œuvre mineure sans finesse et décevante ayant quelque-chose à dire mais le bégayant trop timidement pour convaincre.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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