CLOCLO (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Cloclo
Parents : Florent Emilio Siri
Livret de famille : Jérémie Renier, Benoît Magimel, Monica Scattini, Sabrina Seyvecou, Ana Girardot, Joséphine Japy, Marc Barbé, Eric Savin, maud Jurez, Robert Knepper…
Date de naissance : 2012
Nationalité : France
Taille/Poids : 2h28 – 20 millions €.

Signes particuliers (+) : Une construction remarquable d’intelligence et de cohérence. Vibrant et intense. Aborde toutes les facettes du personnage, des plus belles aux plus sombres.

Signes particuliers (-) : x

 

CES ANNÉES-LÀ !

Résumé : Le récit de la vie du chanteur Claude François, de son enfance en Egypte à son accession à la gloire avant sa fin tragique, à seulement 39 ans…

Comment réussir à faire un biopic original, genre ultra-balisé et si délicat ? Comment et par angle aborder la vie riche d’un des chanteurs français les plus mythiques, un chanteur dont les chansons sont connues de tous, des petits aux plus grands ? C’est un défi énorme auquel s’attaque le cinéaste Florent Emilio Siri, d’autant que le genre est souvent casse-gueule et hautement imprévisible. Peu importe la personnalité traitée, le succès n’est jamais évident. La Môme cartonne là où Gainsbourg se déçoit, Mesrine triomphe là où Coluche se plante. A croire que la popularité de la personnalité abordée n’est pas en cause. La bonne recette ? Visiblement, il n’y en a pas, le biopic est en quelque sorte, un coup de poker. Alors Siri, cinéaste touche à tout (le film d’action à la française avec Nid de Guêpe, à l’américaine avec Otage, le film de guerre avec L’Ennemi Intime…) se lance, prend son sujet à bras le corps et croise les doigts en espérant avoir fait du mieux possible… Bilan ? Précédé d’échos élogieux, Cloclo débarque enfin en salles. Et visiblement, le pari de Siri est part pour être gagné puisque le succès semble tendre les bras au film au vu des premiers jours.

Siri a t-il réussi à trouver une formule magique renouvelant le genre ? A t-il trouvé un moyen de s’extraire des deux formes traditionnelles du biopic alternant le film en flash-back (La Môme) ou le récit linéaire et temporel (la majorité) ? Incroyablement, la réponse est oui, doublement oui. Florent Emilio Siri se dépasse et réussit l’exploit de transcender son histoire, de la narrer avec un angle à la fois intelligent et passionnant. Cet angle, ce sera la rétrospective de vie en chansons. Le talentueux cinéaste penche pour le récit linéaire, suivant une temporalité classique, des débuts à la tragique fin. Mais l’astuce innovante et brillante est d’avoir su entremêler la vie du chanteur et ses chansons. Claude François a toujours mis beaucoup de lui dans ses œuvres au point qu’indépendamment, elles peuvent être écouté comme autant de chapitre à sa vie, comme autant d’illustration de ses humeurs et états d’âme du moment. C’est fort de ce constat que Siri attaque la construction de son métrage. La vie de Claude François sera retranscrite en étant imbriquée à ses chansons. Chaque tube sera le moyen par lequel le cinéaste illustrera une période charnière, un moment important, une page fondatrice du mythe. Pour exemple, « Le Téléphone pleure » écrit à la suite d’une rupture, sera la chanson par laquelle le film brossera cette énième déception amoureuse etc… Une idée brillante qui apporte qualité et profondeur à un film qui brosse une peinture exceptionnelle du mythe Cloclo. Rarement un biopic à la française n’aura eu autant d’âme, autant de personnalité, de caractère et ne se sera avéré aussi passionnant, aussi palpitant et intense. Pour cela, Siri ne fait pas dans concession et ne sort pas de son étui, sa brosse à reluire. Sa biographie sera fouillée, documentée mais surtout sans parti pris de glorification. Au contraire, Siri écorne la légende Claude François, égratigne le mythe en mettant en relief à la fois ses qualités d’homme passionné par son art, par ses amours tragiques, meurtri par sa volonté de reconnaissance et par le désamour d’un père qui ne l’aura jamais soutenu ou reconnu à sa juste valeur, poids qu’il se traînera toute sa vie mais dans le même, le réalisateur dresse aussi un portrait froid d’un homme complexe, tyrannique et généreux, odieux puis gentil, dur et doux. Sans édulcoration, Cloclo montre un homme qui, au-delà de ses excuses et de ses démons personnels, était à la fois un ange pour les personnes lointaines et un enfoiré pour ses proches. Claude François vouait un amour infini à son public, à ses fans avec qui il partageait tout au maximum, avec qui il était aux petits soins, courtois, attentionné, galants et généreux. Mais cette facette de Mister Claude cachait celle du Docteur François, un homme autoritaire dans l’intimité, jaloux, parfois épouvantable, cruel et méchant envers ses proches.

De sa naissance dans une Égypte occupée à sa fin dramatique dans sa salle de bain en passant par les relations difficiles avec son père, par ses ambitions de succès, par sa réussite, ses chansons de légende, ses nombreux amours, sa dureté, ses moments de détresse et de doutes et ses moments de confiance en son talent, c’est tout un portrait ample et presque définitif que Siri livre, du chanteur populaire à succès et malin à l’homme torturé au caractère très particulier, rigide pour ne pas dire impossible voire ingérable. Au gré des tubes mélodieux s’enchaînant avec bonheur et énergie déployée, se déploient avec puissance des moments de joie intenses tranchés par des moments de drames sondant les abysses touchées parfois par un homme handicapé par son caractère, par ses tourments. Directement impliquée dans la production de l’œuvre, la famille du chanteur aura posé de nombreux ennuis au cinéaste qui aura du se battre pour garder son intégrité et révéler certaines facettes méconnues de Claude François. Mais le combat valait le détour. Cloclo est une merveille prouvant que l’on peut encore aborder un genre balisé dans tous les sens, avec force et inventivité. Une inventivité qui dépasse la seule construction de l’œuvre pour toucher à sa réalisation. Siri donne tout ce qu’il a pour magnifier son portrait d’une mise en scène prodigieuse d’élégance, de force et d’intensité rappelant par moments Scorsese, Spielberg ou De Palma. On peut se remémorer les grandes heures du genre en se disant que Cloclo n’a finalement rien à leur envier et mérite sa place au panthéon des meilleures œuvres du genre pour sa maestria narrative comme visuelle.


Et derrière ce Cloclo de cinéma ? Derrière, c’est le belge Jérémie Rénier qui abat un travail colossal pour donner corps et vie au chanteur. Travail intensif, cinq mois de préparation entre chant, danse, sport, cours de musique et recherche pour s’imprégner du personnage, Jérémie Rénier ne joue pas Claude François, il est Claude François. L’acteur se métamorphose, aidé par tout un travail en coulisse d’habillage, de maquillage, en un sosie impressionnant qui n’aurait pas suffit si son jeu n’avait pas été si inspiré, si profond, si prenant. Un Jérémie Rénier dynamique et habité qui se fond à merveille, lui qui porte le film sur ses épaules par son omniprésence, dans un casting précis et judicieux que ce soit dans le choix du premier rôle comme dans ceux des rôles annexes. On pense à Benoît Magimel campant un autre enfoiré de légende impliqué dans cette saga, l’opportuniste impresario Paul Lederman. On pense aussi à Monica Scattini en maman François tout en sensibilité et en protectionnisme, à Marc Barbé en papa François dur et intransigeant mais aussi à Joséphine Japy, magnifique France Gall traumatisée par sa houleuse relation avec la star, à Maud Jurez, premier amour ayant subi sa jalousie terrible, à Ana Girardot (fille d’Hyppolite) en Isabelle, mère de ses enfants. Et de plus loin, Robert Knepper (le T-Bag de Prison Break) joue à merveille Sinatra, une des nombreuses stars que l’on retrouve au détour de quelques scènes ou plans dans ce Cloclo (on y croise un fabuleux sosie de Johnny, de Dutronc etc…)

Cloclo est superbe, riche, vibrant, palpitant, envoûtant. Mais Cloclo est aussi sombre et tragique montrant que finalement, derrière le chanteur adulé et énergique, derrière l’homme public chaleureux et séduisant, se tapissait un homme ignoble, fragile et terrible de méchanceté. Grand moment de cinéma au-delà du simple récit biographie ou hagiographique, Cloclo est avant tout une œuvre somptueuse et majestueuse faisant revivre le mythe tout en l’égratignant, brossant un portrait riche, presque total, mais d’une grande cohérence, honnêteté et sincérité. Fabuleux en plus de livrer une belle réflexion sur le métier d’artiste.

Bande-annonce :

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