D’APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE de Roman Polanski : la critique du film
Sortie cinéma / Festival de Cannes

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Carte d’identité :
Nom : D’après une histoire vraie
Père : Roman Polanski
Date de naissance : 2017
Majorité : 1er novembre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre
: Thriller

Livret de famille : Emmanuelle Seigner, Eva Green, Vincent Perez, Dominique Pinon,

Signes particuliers : Roman Polanski rate son nouveau thriller psychologique.

MISERY À LA FRANÇAISE

LA CRITIQUE DE D’APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE

Résumé : Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public. La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne. Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ? 

Présenté en grande pompe au dernier festival de Cannes, le nouveau Roman Polanski avait reçu un accueil désastreux sur la Croisette, conspué par une bonne majorité des festivaliers. L’excessivité récurrente des journalistes au cœur de la frénésie ambiante appelait à la prudence mais voilà, passée l’hystérie cannoise, D’après une histoire vraie est reparti fissa en salle de montage pour tenter un ultime électrochoc cinématographique afin de sauver le patient. Malheureusement, ce n’est pas un secret de dire qu’un « remontage » n’a jamais sauvé un film. Au mieux, il limitera certains dégâts mais en aucun cas l’opération fixera tous les maux. Adapté d’un roman de Delphine de Vigan et porté par le duo Emmanuelle Seigner et Eva Green, D’après une histoire vraie est emblématique de ces tentatives pour rafistoler un désastre.


C’est triste à dire mais on pourrait mettre une pièce sur la table pour parier que Polanski lui-même est conscient de l’échec de sa nouvelle œuvre. Il ne pourrait en être autrement. Il suffit d’un peu de recul pour voir ce que tout le monde voit. Pseudo thriller suffocant cherchant le suspens né du malaise et de l’ambiguïté d’une relation trouble, D’après une histoire vraie est un film en roue libre, où tout est raté ou presque dans cette sorte de Misery à la française, qui tente de lorgner vers Hitchcock mais qui s’embourbe dans un ridicule tellement surréaliste, qu’il en devient extrêmement gênant, pour son auteur comme pour ses interprètes. Et ces derniers sont malheureusement en première ligne de ce naufrage embarrassant. Rarement aura t-on vu Eva Green aussi mauvaise, sans cesse dans un surjeu au risible irréel, rarement aura t-on vu un duo s’opposant sur des dialogues d’une telle médiocre platitude, rarement aura t-on vu un film sonnant aussi faux, rarement aura t-on vu un tel festival de scènes grotesques. Jamais dirigées, les deux comédiennes guère aidées par un script désastreux pourtant signé Olivier Assayas, en viennent à s’échanger des banalités insipides en multipliant des mimiques forcées au point d’en devenir involontairement drôles, le tout dans une œuvre qui s’ingénie à sabrer tout son potentiel de suspens claustrophobique pour sombrer de minute en minute dans l’affligeant. L’idée, quoique rachi-rebattue, n’avait rien de déshonorant en soi, mais loin de ses plus belles heures, Polanski passe complètement à côté de son affaire, signant un drame d’un ennui mortel. Probablement son plus mauvais film à ce jour, D’après une histoire vraie confirme que le cinéaste est à la peine depuis quelques années, capable de sursauts tel que le magnifique La Vénus à la Fourrure, mais aussi d’œuvres léthargiques faussement incisives à l’image de son loupé Carnage.


La morne inertie du film le prive de toute ambiguïté, de toute tension paranoïaque, de tout pouvoir de thriller captivant, tel un objet flottant incapable de produire quelque chose qui viendrait secouer le spectateur endormi (ou effaré) par tant d’indigence. Si l’on pourrait être tenté d’y voir une œuvre forçant volontairement le second degré pour viser non pas le drame, mais plutôt la farce noire et tragi-comique, l’élan n’ira pas loin tant D’après une histoire vraie se prend très au sérieux, faisant passer sa supposée dérision, au mieux pour une plaisanterie de mauvais goût, au pire pour une bidonnante catastrophe. Et au lieu d’être saisi d’effroi pour cette dérangeante relation à la lisière du saphique, on est consterné par la vulgarité et la bêtise d’une tentative complètement loupée, de ses fondements à ses ornements.

BANDE-ANNONCE :

Par David Huxley

 

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