HÔTEL DU NORD de Marcel Carné : la critique du film et le test Blu-ray [sortie Blu-ray]

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hotel_du_nord_blu-rayMondo-mètre
note 10 -10
Carte d’identité :
Nom : Hôtel du Nord
Père : Marcel Carné
Date de naissance : 1938
Majorité : 04 novembre 2015
Type : Sortie Blu-ray
(Éditeur : TF1 / Mk2)
Nationalité : France
Taille : 1h35 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique

Livret de famille : Louis Jouvet (Mr. Edmond), Arletty (Raymonde), Annabella (Renée), Jean-Pierre Aumont (Pierre), Bernard Blier (Prosper), Paulette Dubost (Ginette), Andrex (Kenel), Jane Marken (Mme Lecouvreur), François Périer (Adrien), Andre Brunot (Emile Lecouvreur)…

Signes particuliers : Un chef-d’œuvre du patrimoine cinématographique français, pour la première fois en Blu-ray !

QUELQUE-PART, AU BORD DU CANAL SAINT-MARTIN…

LA CRITIQUE

Résumé : Un hôtel modeste au bord du canal Saint-Martin abrite une clientèle bigarrée. Pierre et Renée, un couple d’amoureux, décident d’en finir avec la vie. Ce qui va s’avérer plus difficile que prévu. Un autre couple, M. Edmond, mystérieux homme, et Raymonde, une prostituée, vont se mêler à l’histoire des amoureux désespérés.film-hotel-du-nord2L’INTRO :

Hôtel du Nord… Rien que le nom en appelle déjà aux desseins mythiques des plus grands dieux du cinéma français. Hôtel du Nord, ou la grandeur étoilée régnant dans la constellation des inoubliables du septième art. Aux côtés des La Règle du Jeu, La Belle Equipe, Pépé le Moko, Quai des Brumes, au milieu des classiques de Duvivier, Vigo, Renoir, Guitry et autre Gance ou Tourneur, Hôtel du Nord représente la quintessence du cinéma français des années 30, époque contrainte par la censure, contrainte par les bonnes mœurs, et pourtant époque où le cinéma livrera certaines de ses œuvres les plus marquantes ayant souvent tordu le coup aux conventions. Lorsqu’il réalise Hôtel du Nord, Marcel Carné n’est alors qu’un « jeune cinéaste ». L’ancien critique devenu assistant de Feyder ou René Clair, n’a alors réalisé que trois longs-métrages. Trois films, et déjà une progression incroyable d’efforts en efforts. Son inaugural Jenny témoignait de ses maladresses de débutant qui se cherche, le très sympathique Drôle au Drame marquait le début de sa montée en maîtrise, et le fabuleux Le Quai des Brumes venait de l’installer comme un artiste né et accompli. La même année que ce dernier, Marcel Carné marque une pause dans sa collaboration avec Jacques Prévert, qui venait d’écrire les scénarios de ses trois premiers films, et adapte un roman d’Eugène Darbit en collaboration avec Jean Aurenche et Henri Jeanson, deux autres grands noms du cinéma français de l’époque. A la base destiné à la star Annabella, c’est finalement la crème du cinéma français de l’époque qui vient intervenir devant sa caméra. Quatrième long-métrage de Carné, Hôtel du Nord entre immédiatement au panthéon de l’art patrimonial.Hotel-du-Nord-2L’AVIS :

C’est donc en 1938, à la veille de la deuxième Guerre Mondiale, que Marcel Carné signera l’un des plus beaux classiques et chef-d’œuvre du cinéma, son deuxième consécutif. Et dire que derrière, il restera encore à venir Le Jour se Lève, Les Enfants du Paradis ou Les Portes de la Nuit. Hôtel du Nord, c’est Arletty qui demande si elle a « une gueule d’atmosphère », c’est la mélancolie de la relation entre les amoureux tristes que sont Jean-Pierre Aumont et Annabella, c’est le flegme de Louis Jouvet, c’est un lieu unique où se joue plusieurs pièces du grand théâtre de la vie, c’est le régal des truculents dialogues d’Henri Jeanson incarnant toute la gouille parisienne, c’est le talent d’écriture de Jean Aurenche, c’est un film profondément en avance sur son temps, c’est des décors somptueux du maître Alexandre Trauner, c’est la musique de Maurice Jaubert, la photographie d’Armand Thirard ou les grandes heures en tant que monteur, du futur réalisateur René Le Hénaff… Hôtel du Nord, c’est tellement de choses.17_arletty_theredlistA commencer, par probablement l’un des films les plus emblématiques de la période du « réalisme poétique » qui aura atteint ses sommets au cours des années d’avant-guerre. Pour l’amertume qui se dégage de sa représentation des passions impossibles ou déchirées, pour la grandeur bouleversante de ses amours tragiques, pour la façon dont il pose un regard sur son époque, captant dans un geste au fond presque documentaire, les codes et les mœurs du microcosme parisien, de la société en général et ses différentes classes sociales. Réaliste et poétique autant sur la forme que sur le fond, Hôtel du Nord est une œuvre à la fois témoin et émotionnelle, une œuvre où le génie de Carné accoudé sur le talent de Jean Aurenche et d’Henri Jeanson, permet de naviguer avec brio entre le drame très sombre et la comédie gouailleuse, essentiellement grâce à la succulente galerie de personnages qui composent ce quasi huis-clos aux allures de vaudeville dramatique. Annabella et Jean-Pierre Aumont en couple d’amoureux transit, Arletty en prostituée au grand cœur, Louis Jouvet en « souteneur » au détachement charismatique, André Brunot et Jane Marken en attachants patrons d’hôtel, Bernard Blier en mari cocufié et Paulette Dubosc en épouse haute en couleurs, François Périer en client vagabond… Dans les murs de cet hôtel du nord, ces protagonistes vont se croiser, se quitter, se recroiser, s’échauffer, s’aimer ou se déchirer. Et Hôtel du Nord réussira à voguer sans cesse entre le tragicomique, la romance, la mélancolie, la comédie de boulevard drolatique, le désespoir pessimiste, la noirceur ou le thriller, au gré d’un ensemble construit avec grâce, tendresse, dureté et puissance des sentiments alloués à l’élaboration de l’histoire.103150202Et au-delà du chef-d’œuvre cinématographique, que ce soit pour sa narration ou sa mise en scène, Hôtel du Nord s’imposera aussi comme une œuvre profondément en avance sur son temps. Une œuvre où Carné essaie de pousser certains tabous interdit de représentation pour rendre compte de l’évolution de la société extérieure que le cinéma trop sage des « faiseurs » dénie. Comme ce personnage que l’on devine vite résolument homosexuel incarné par François Périer, comme cette scène de violence domestique commise sur Arletty qui finira avec un œil au beurre noir, comme cette sensualité érotisée que dégage cette même Arletty (elle, qui osera d’ailleurs le nu chez le même Carné l’année suivante dans Le Jour se Lève, scène victime de la censure), comme ce commentaire pertinent sur l’évolution de la place de la femme dans la société (une femme qui trompe son mari, voilà qui était assez rare dans le cinéma de l’époque) ou encore, cette allusion à la guerre d’Espagne qui fait alors rage… Hôtel du Nord, ce n’est pas juste du « cinéma », c’est toute la finesse du caviar couchée sur pellicule. Chef-d’œuvre, chef-d’œuvre, est-ce que j’ai une gueule de chef-d’œuvre ? La réponse est oui.hotel_du_nord_blu-ray

LE BLU-RAY

Hôtel du Nord paraît pour la première fois en Blu-ray, ce qui est déjà un événement en soi. L’édition concoctée par TF1 et Mk2 Vidéo permettra ainsi de remplacer des étagères des cinéphiles, l’ancienne version DVD à la qualité moyenne. On notera un modeste effort dans le traitement de l’image et un son amélioré, gagnant un peu en pureté. Néanmoins, le film n’ayant pas connu un travail de restauration pointu au préalable, on ne pourra s’émerveiller devant la netteté du rendu proposé par cette nouvelle édition inédite. L’échantillonnage est correct, à défaut de donner un véritable coup d’éclat au chef-d’œuvre de Carné, et même si quantité de parasites ont été balayés, on pourra dire que l’on connu mieux en terme de qualité visuelle. Cela étant dit et entendu, cette édition BR de Hôtel du Nord n’en demeure pas moins indispensable.

Côté « suppléments », pas grand-chose malheureusement, mais l’on pourra tout de même se délecter de la présentation concise et intéressante de Serge Toubiana qui en l’espace de 4 petites minutes, revient succinctement sur la genèse du film, évoquant Carné, Annabella (le projet étant à la base un véhicule pour la comédienne star de l’époque) et tout ce qui fait de Hôtel du Nord, un classique de notre patrimoine. La délicieuse bande-annonce d’époque complète cette édition.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

Un commentaire à propos de “HÔTEL DU NORD de Marcel Carné : la critique du film et le test Blu-ray [sortie Blu-ray]

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