BATTLESHIP (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Battleship
Parents : Peter Berg
Livret de famille : Taylor Kitsch, Rihanna, Liam Neeson, Alexander Skarsgård, Tadanobu Asano, Decker, Brooklyn Hamish Linkater, Jesse Plemons…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h10 – 200 millions $

Signes particuliers (+) : Des effets spéciaux impressionnants. Quelques bonnes scènes d’action et notes d’humour qui fonctionnent.

Signes particuliers (-) : Taylor Kitsch et surtout Rihanna catastrophiques. Une mise en scène bordélique au service d’un non-scénario. Une fâcheuse tendance à virer de bord vers le ridiculement idiot.

 

TOUCHÉ… COULÉ.

Résumé : Quelques navires de la Marine américaine sont confrontés à une menace extraterrestre soudaine mal intentionnée…

La marque Harsbro adaptant au cinéma le légendaire jeu « La Bataille Navale » créé en 1931 et dont ils sont propriétaires des droits aujourd’hui… Un concept complètement loufoque et obscur tant on a du mal à visualiser sur le papier comment il serait possible de transposer une telle idée à base de « D4, C5 et E6, touché, coulé » en images. Pourtant, ils l’ont fait. Avec le plutôt brillant Peter Berg (Hancock, Le Royaume) aux commandes, qui ramènent au passage une partie de son casting de la formidable série Friday Night Lights (l’une des meilleures séries du petit écran, en passant) avec la star montante Taylor Kitsch en vedette et Jesse Plemons en second rôle, les producteurs de Battleship mettent la colossale somme de 200 millions de dollars sur la table pour un produit qui finalement sent à plein nez l’opportunisme, surfant sur les grandes fresques catastrophes provoquées par des machines robotisées. Transformers, vous dites ? Si peu. D’autant que les producteurs sont les mêmes. Dans les design, dans les effets, dans la mise en scène, les bruitages, impossible de ne pas voir la saga de Michael Bay pointer le bout de son nez dans cette entreprise misant à fond la carte des effets spéciaux dantesques et le spectacle absolu. Pour développer son adaptation impossible à la base, Peter Berg double son idée de guerre maritime entre vaisseaux et navires, d’une histoire d’invasion extraterrestre par des aliens belliqueux, façon Independence Day, d’un autre mastodonte du cinéma pop corn de divertissant, Roland Emmerich. Et pour rendre l’affaire encore plus vendeuse et attractive, c’est la pop star Rihanna qui vient jouer curieusement les comédiennes, histoire que son nom drague encore davantage de public.

Et comme ça pouvait se sentir sur le papier, Battleship pue bien l’opportunisme à plein nez. Mangeant à tous les râteliers, le film de Peter Berg surfe à la fois sur les évoqués Transformers et Independence Day mais aussi dans une certaine mesure, sur le récent Battle : Los Angeles de Jonathan Liebesman. Visuellement, on voit Michael Bay, dans certains éléments de construction, on voit Emmerich et dans le contexte et le cadre, on est en plein Battle : Los Angeles ou comment suivre une invasion en étant immergé dans une bataille intimiste, plutôt que dans le cadre géant de la terre entière. Comme pour le film de Liebesman, Berg ne propose pas une invasion à grande échelle mais une guerre qui va se dérouler quasiment dans une unité de lieu, en plein Pacifique au large des côtes d’une petite île et dans laquelle le spectateur va être plongé de l’intérieur, sur les lieux même des combats, aux côtés des protagonistes. Le mix de ces références aurait pu donner quelque chose de bon si Peter Berg n’avait juste pas pris le moins bon des trois pour en faire un film étrangement schizophrénique qui va alterner de bonnes idées avec l’immensément nanardesque. Battleship, ou comment chaque idée est sabordée par une très mauvaise, laissant un amer sentiment de gâchis et de dépit. Loin d’être impersonnel cela étant dit, Peter Berg appose au passage son style plus intimiste fait de cadrage serré et de décadrage en mode presque documentaire, toujours au plus près de ses personnages dont il filme les tourments et les états d’âme comme un authentique drame humain. Un choix stylistique qui avait fait la réussite de Friday Night Lights, par exemple mais qui colle pas forcément idéalement à sa superproduction à grand spectacle.

Au rang des bonnes intentions, la volonté du cinéaste d’immerger le spectateur presque dans une guerre en temps réel (même si ce n’est pas le cas réellement) et de brosser le portrait d’une guerre acharnée entre humains et visiteurs au look mécanique science fictionnel, vu de l’intérieur. En résultent des scènes de combats féroces dantesques et visuellement impressionnantes qui porte à croire que l’on a pour notre argent devant ce spectacle démesuré et généreux. Autre point de satisfaction, les design en eux-mêmes, des créatures plutôt bien fichues et pensées, même si elles empruntent grandement aux films de Bay. Des vaisseaux venus d’une autre planète assez impressionnants, servis par des effets spéciaux réussis au même titre que les explosions et ravages causés dans ce qui prend, par moments, des allures de gros film catastrophe ravageur. Enfin, la mise en scène efficace de Berg parvient, de temps à autre, à hausser le niveau des séquences d’action par quelques plans visuellement bien conçus.

 Si dans les intentions, Battleship se veut plaisant, la somme de ses défauts vient malheureusement le tirer fortement vers le bas pour en faire un film en équilibre précaire entre le bon divertissement plutôt pas mal pour une aprem pop corn décérébrée et la grosse bouse hollywoodienne totalement ratée, flirtant dangereusement avec la nullité absolue. On passera sur la prestation du casting, Rihanna en tête, qui devrait se cantonner à la chanson et oublier à vie la comédie tant les quelques lignes de texte qu’elle a à déclamer (des dialogues que l’on dirait revus au plus strict minimum en phrases comme en nombre de mots, au vu du naufrage) font sourire à chaque coup. Bon, Rihanna est mauvaise. Elle est belle mais mauvaise. Plus fâcheux, Taylor Kitsch semble ne pas parvenir à retrouver tout son talent que l’on avait aperçu dans la série Friday Night Lights où il éblouissait l’écran. Depuis son passage au long-métrage, force est d’admettre que l’attachant acteur déçoit de prestation en prestation alors que l’on tente de nous l’imposer comme la nouvelle génération. Il faut dire que son rôle, caricatural au possible, n’aide pas des masses. Mais ce n’est très certainement pas ce qui participe d’enterrer ce Battleship. Peter Berg pioche ça et là dans des références qu’ils ne maîtrise visiblement pas et se rate complètement. Sur un scénario, enfin, sur un script car difficile de parler de « scénario » au sens noble du terme ici, très faiblard, le metteur en scène ne parvient pas à construire quoique ce soit. Ce qui faisait la qualité du divertissement de pur entertainment qu’était Independence Day par exemple, c’était son habile et efficace façon de faire monter la sauce en alternant présentation des personnages, scènes de vie et climax en vue des séquences centrales de gros déchaînement d’action spectaculaire. Emmerich savait doser, savait construire son invasion en faisant lentement monter la sauce sans pour autant ennuyer un instant durant toute la partie prologue pré-moments clés. Berg se foire dans les grandes largeurs en allant trop vite, en voulant servir directement le plat de résistance à un public qu’il croit impatient et complètement demeuré, incapable de rentrer dans une histoire. Peut-être par excès d’intention généreuse, il passe complètement à côté d’une quelconque montée du suspens, de l’attachement à ses personnages qui, du coup, en deviennent totalement inexistant et fait perdre toute émotion à un film qui finalement, se traverse avec détachement plus qu’il ne se vit. Une erreur majeure qui fait du coup de Battleship, un concentré d’action spectaculaire peu intéressant et passionnant même si le divertissement reste quand même là, par moments. Mal construit, mal rythmé, mal géré, le script de son film est sans aucun doute la principale erreur et son plus gros handicap, résumant du coup le film à ses uniques effets digitaux, sans que l’on quoique ce soit à se mettre sous la dent de plus. Le peu d’idées pour égayer un brin l’affaire et la rendre vivante et moins mécanique et redondante, va venir alors de scènes d’une incommensurable bêtise, une sous-intrigue participant à la première avec le point de vue et le récit de la petite amie du héros, prise elle aussi malgré elle dans cette soudaine guerre, sur l’île avoisinante. Une sous-intrigue à la stupidité sans nom, multipliant les incohérences et tendant vers le ridicule avec sa foireuse histoire d’ex-militaire handicapé (campé par un vrai ex-soldat ayant perdu ses jambes) reprenant du service à son niveau pour « se sentir à nouveau homme », puante de patriotisme, point généralisé dans le métrage dans des proportions que même Emmerich n’oserait pas. Cette seconde intrigue est l’un des points poussant le film dans un côté nanar presque embarrassant où l’on est obligé de réfréner des pouffements de rire devant la débilité de certains passages. Faut savoir que chez Peter Berg, les destroyer font des dérapages sur l’eau (au sens littéral de la chose), les kiné emmènent leur patients balader dans des collines où se trouvent des installations ultra-sécurisée de l’armée, les mutilés sans jambes se bastonnent avec des aliens. Et c’est sans parler des vétérans de l’armée, des gentils papis à la retraite façon Space Cowboys d’Eastwood, qui peuvent reprendre du service comme en quarante en dirigeant un navire de musée pour l’emmener vers la guerre sur du AC/DC et en y participant comme s’ils étaient encore tout vert et au top de leur forme. Mais on laissera le bénéfice du doute à Berg sur ce coup tant la scène, amusante au demeurant, semble relever plus de la blague et du clin à L’Etoffe des Héros version humoristique. Un grand moment de ridicule mais peut-être assumé. Enfin, on l’espère car c’est quand même bien comique de connerie.

Battleship était attendu comme un grand moment épique de SF catastrophe renouant avec les grandes heures des invasions spectaculaires d’extraterrestres qui veulent « téléphoner maison » pour appeler leurs copains et les inviter à la fête et au carnage (oui, oui, il y a du E.T. dans l’affaire). Mais Peter Berg, qui s’est montré plutôt brillant par le passé sur pas de mal de films passionnants (Friday Night Lights le film, Hancock, Le Royaume) échoue dans sa tentative de gros spectacle bourrin. Pas totalement mais en grande partie. Battleship séduit autant qu’il désespère en oubliant complètement de broder un film autour de ses effets spéciaux et de ses combats qui cèdent, par ailleurs, au sur-découpage agaçant dans certains passages là où d’autres sont plutôt efficaces. On avait déjà noté l’inconfort du réalisateur dans son précédent Hancock, plus à l’aise dans le drame et la comédie que dans la mise en boîte de séquences d’action bien ficelées. Toujours peu à l’aise, il confirme qu’il est meilleur dans les œuvres plus intimistes ou dans un autre registre et tout porte à croire qu’il n’était certainement pas l’homme pour ce projet ou du moins, pas le meilleur choix. À trop vouloir faire du Bay et du Emmerich à la fois, à trop vouloir faire dans la générosité vomitive, il passe complètement à côté de son sujet et livre un produit calibré pour le spectacle mais finalement peu agréable, où l’humour tombe souvent complètement à plat avec des vannes foireuses, où l’action ne s’intègre dans rien de plus vaste et où les scènes s’enchaînent les unes derrière les autres sans liant, sans épaisseur, et avec une qualité fort aléatoire. « Fun et émouvant » souhaitait Berg. Fun, seulement parfois, émouvant, jamais. Après Transformers et GI Joe, il serait temps que la firme de jouets Hasbro nous épargne un peu les mirettes. Si l’on ne touche pas le fond, coulé à pic par l’indigeste et bruyante entreprise proposée, on est à peine à flot, happé vers le haut par une volonté de fun décomplexé, mais tiré vers le bas par un film lourdingue de patriotisme sans recul et au second degré très éparse, handicapé par son florilège de bêtises, son absence d’histoire à raconter. La récréation high-tech est terminée, on peut passer à du « cinéma » maintenant ? Battleship peut se regarder d’un œil distrait sans peine mais quand même, il y avait la possibilité de faire tellement mieux que le résultat pondu est sacrément frustrant. On se prend parfois à cette grosse machine calibrée, nerveuse, démonstration de furia rageuse bandante. Mais c’est pour mieux en sortir tout au long par une affligeante insipidité marquée par trop de faux pas. C’est bien dommage car y’a du sympa dans tout ça. Mais du bien naze aussi.

Bande-annonce :

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