BACCALAURÉAT de Cristian Mungiu : la critique du film
sortie cinéma

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324388-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 4 -5
Carte d’identité :
Nom : Bacalaureat
Père : Cristian Mungiu
Date de naissance : 2016
Majorité : 07 décembre 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : Roumanie
Taille : 2h08 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Adrian Titieni, Maria Drăguș, Lia Bugnar…

Signes particuliers : Le meilleur film de Cristian Mungiu.

ÉTAT DES LIEUX DE LA ROUMANIE D’AUJOURD’HUI

LA CRITIQUE DE BACCALAURÉAT

Résumé : Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…559334-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxLa Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines et 2 Jours, le prix du scénario pour Au-delà des Collines et maintenant le prix de la mise en scène pour Baccalauréat, son nouveau long-métrage. Cristian Mungiu collectionne les récompenses cannoises depuis quelques années, en attendant peut-être le prix du Jury pour un prochain effort, le seul qui lui manque… Une série qui enfonce un peu plus le clou sur le fait que le Festival de Cannes tourne toujours autour des éternels mêmes auteurs dans un idéal de copinage ? Oui et non. Si le reproche peut être valable pour certains, il ne l’est pas concernant le metteur en scène roumain, dont l’oeuvre est méritante, à l’image de ce Baccalauréat, à travers lequel il scrute le parcours d’un père qui va tout faire pour aider sa fille, coincée dans une situation malheureuse. Brillante élève, Eliza vient de décrocher une bourse pour aller étudier en Angleterre. Il ne lui manque plus que le Bac pour valider son départ outre-manche. Une formalité qu’une agression va mettre en péril. Désormais dans l’impossibilité de pouvoir passer ses épreuves dans de bonnes conditions, Eliza voit ses espoirs s’éloigner. Son père va tout faire pour arranger la situation. 045875-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx
Avec Baccalauréat, Cristian Mungiu pénètre dans un microcosme familial et utilise une situation particulière et très spécifique pour, comme souvent, amener son film vers la radiographie d’une société roumaine dysfonctionnelle et périclitante, pas loin de fonctionner comme une jungle primitive avec ses gagnants et ses perdants. Dans le monde de Baccalauréat, reflet juste et sans fard d’une réalité approchée avec sobriété et pertinence, Mungiu affiche le malaise de la Roumanie d’aujourd’hui, et la complexité de son état post-effondrement du système communiste, avec tous les problèmes hérités de ce passé difficile. Le cinéaste pointe du doigt une société où tout est régi par la loi de la débrouillardise et de l’entraide en sous-mains, où tout fonctionne par petits services rendus et échanges de faveurs, car la survie est tout ce qui compte désormais dans un pays socialement en ruines. Mais au-delà de ce constat terrible qui contraint l’élaboration d’un système solide, Mungiu réfléchit surtout sur la question de la fin et des moyens. Dans Baccalauréat, la moelle épinière du récit repose sur cette problématique transformée en enjeu narratif fort, de savoir dans quelle mesure la fin justifie t-elle les moyens dans un contexte marqué par la lente évaporation de ce qui fait l’essence d’une société civilisée et équilibrée :  l’humain. Très dur dans son regard critique, Mungiu montre une Roumanie presque inhumaine tant elle est coincée dans ses règles, obligeant ses citoyens a allé chercher des alternatives à la limite de la morale pour palier à ces manquements.045250-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx
Brillant et poignant sans jamais forcer le trait pour y parvenir, Baccalauréat est une réussite, peut-être même le meilleur film de son auteur. Et le prix de la mise en scène dans tout cela ? Mérite, tout simplement. Pas pour l’audace ou la virtuosité du traitement mais parce que Mungiu réussit à rendre son oeuvre intelligente et bouleversante sans jamais tomber dans la caricature ou la lourdeur du geste. Malgré les envolées pesantes que l’on pouvait craindre du sujet, le cinéaste ne tombe jamais dans le pathos ou le cynisme gratuit. Beaucoup de pudeur habite ce Baccalauréat, dont la destination idéologique compte finalement plus que le chemin emprunté. En résulte un film bouleversant mais dont l’émotion n’est pas manufacturée, seulement distillée aux entournures du parcours de ce père parti en croisade pour permettre à sa fille de connaître un avenir meilleur, loin d’un pays gangrené par ses tares. A la fois précis et universel quand son histoire s’ouvre sur plus large, Baccalauréat est du grand cinéma social, une œuvre aiguisée et riche, forte de sa simplicité et de son intelligence, cumulant de nombreuses strates d’intérêt.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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