AU BONHEUR DES OGRES de Nicolas Bary
En salles – critique (comédie)

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note 7
Carte d’identité :
Nom : Au Bonheur des Ogres
Père : Nicolas Bary
Livret de famille : Raphaël Personnaz (Benjamin), Bérénice Bejo (Julia), Guillaume De Tonquédec (Sinclair), Mélanie Bernier (Louna), Emir Kusturica (Stojil), Dean Constantin (Cazeneuve), Thierry Neuvic (Inspecteur Carrega), Marius Yelolo (Inspecteur Coudrier), Bruno Paviot (Lehman)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 16 octobre 2013 (en salles)
Nationalité : France
Taille : 1h32 / Poids : 12 millions €

Signes particuliers (+) : On pensait la série de romans de Daniel pennac inadaptable. Nicolas Bary prouve avec férocité le contraire en signant une sucrerie réjouissante qui nous entraîne dans un véritable tourbillon de sourires euphorisant. Absolument délicieux et a-do-ra-ble !

Signes particuliers (-) : Les puristes des romans verront peut-être d’un mauvais oeil les quelques transgressions nécessaires inhérentes à toute adaptation.

 

LES ROMANS DE DANIEL PENNAC PRENNENT VIE !

Résumé : Dans la belle et heureuse famille Malaussène, tout est aussi étrange que décalé. Et une chose est sûre, on ne s’y ennuie jamais. Entre le métier de Benjamin, l’aîné et chef de cette joyeuse tribu, qui occupe la fonction de « bouc émissaire » dans un grand magasin, et les différents membres pas toujours faciles à gérer, l’ambiance est sans cesse rocambolesque et animée. Il y a le tout petit, malentendant, la soeur qui s’est découverte une passion pour la cartomancie, le frère casse-cou qui jure comme un charretier et la grande soeur qui est enceinte mais refuse de le dire. Alors que déjà la vie n’est pas triste, une série d’explosions curieuses faisant des victimes étrangement ciblées, secoue l’enseigne où travaille Benjamin. Et ce dernier de devenir un suspect privilégié pour la police. Sa rencontre avec une journaliste fantasque sera providentielle et va l’aider à trouver le fin mot de l’histoire…

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L’INTRO :

Pour son deuxième long-métrage cinq ans après Les Enfants de Timpelbach, le jeune cinéaste Nicolas Bary décide de porter à l’écran un autre classique de la littérature et pas des moindres, puisqu’il s’agit du roman réputé inadaptable, Au Bonheur des Ogres, publié par Daniel Pennac en 1985 et premier tome d’une saga de six bouquins consacrés aux aventures de la pétillante famille Malaussène. Une famille joyeusement bordélique dirigée comme il le peut par Benjamin Malaussène, l’ainé, prenant le relai d’une mère sans cesse en cavale amoureuse et ramenant à Belleville, ses enfants faits aux quatre coins du monde avec ses amours du moment. Benjamin Malaussène qui, pour nourrir cette tribu fofolle, occupe un emploi aussi correctement payé qu’il n’est original : bouc émissaire ! Qu’est ce donc que cela ? Tout simplement, il occupe dans une grande enseigne parisienne vendant tout et n’importe quoi, un poste de fusible à mécontentement, sorte de responsable pré-désigné sur lesquels les clients remontés peuvent passer leurs nerfs afin d’éviter les dépôts de plaintes…

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L’AVIS :

Inadaptable disait-on ? L’histoire du cinéma a souvent démontré que finalement, aucun roman n’est réellement inadaptable. Il suffit juste de trouver le bon cinéaste, le bon angle d’approche, la bonne méthode pour le cerner, le bon ton et bien entendu les bons comédiens. Et tout cela, Nicolas Bary y est visiblement parvenu puisqu’il a su trouver les mots et le bon projet d’adaptation pour convaincre le réticent Daniel Pennac (qui jusque-là avait refusé toutes les propositions esquissées) de le laisser s’emparer de sa magnifique fable sociale furieusement fantasmagorique, mettant aux prises les puissants tyranniques malheureux et les sémillants petits d’en bas dans une palpitante aventure conférant au film policier décalé marchant à contresens du classicisme à la force d’un enchantement des sens permanent. Pour la première fois, le romancier s’est laissé séduire par une vision de son travail, alliant merveilleusement sincérité, respect et appréhension juste et judicieuse de ses écrits. Nicolas Bary a bel et bien réussi haut la main le tour de force d’adapter en images ce Au Bonheur des Ogres dans une sucrerie réjouissante et exaltante qui à coups sûrs, percera les cœurs de pierre, atteindra les réservoirs blindés à innocence et laissera doucement s’écouler les âmes d’enfants contenues.

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Le monde de Au Bonheur des Ogres, c’est avant toute chose ses personnages intégrés dans un univers ancré dans l’extraordinaire. A commencer par Benjamin, figure « chaplinienne » par excellence comme le définit son interprète Raphael Personnaz, un héros romantique, mélancolique poète doux-dingue touchant et marginal, construisant et façonnant à lui-seul un monde fantastique dans tous les sens du terme où la joie est le ciment qui scinde les liens qui unissent les membres de sa tribu. Autour de lui, un frère malentendant mignon à croquer, un autre casse-cou au langage fleuri, une petite sœur se découvrant des dons de voyance et une autre plus grande aidant cette famille improbable à tenir debout tout en cachant le fait qu’elle est enceinte. Eux et tout plein de personnages secondaires, d’une irrésistible et intrépide journaliste extravagante à un vieil ami renfermé aux cicatrices apparentes, en passant par un patron sans scrupule, un supérieur cynique, un policier tendrement cabossé et un autre fonceur peu réfléchi…

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Dire que l’on voyage devant cette pépite magnifique est un euphémisme. Au Bonheur des Ogres est un vrai feel good movie à la française, une originalité détonante dans le paysage cinématographique actuel, œuvre courageuse tentant la différence, s’amarrant passionnément à la folie des romans pour matérialiser un univers déjanté à la force d’un ton délicieusement déconcertant nous rappelant par moments ce que serait capable de faire le Michel Gondry dès débuts ou un Enki Bilal œuvrant dans la légèreté. Au Bonheur des Ogres épate, déconcerte, enivre, emporte, sublime, met en joie, avec son punch débordant, sa malice irrésistible et sa finesse tellement intelligente qu’elle parvient à réunir dans un même film, la fantaisie des chaleureux contes enfantins, la portée métaphorique d’un regard plus adulte sur le monde des grands et la fable acerbe sur le système capitaliste et les mécanismes de fonctionnement de l’échelle sociale. Nicolas Bary réussit l’exploit de réaliser un mélange des tons d’une harmonie foudroyante où le thriller coexiste avec la comédie ou la romance s’entrelace au drame ou la critique de la société s’effectue sans mièvrerie ni violence dans une douceur traversée de talent. Pour cela, toutes les folies sont matérialisées dans un film qui n’a pas peur du ridicule pour la simple raison qu’il désarme d’avance les endurcis par la virtuosité de son atmosphère drôle et tendre à la fois, baignant dans une autre réalité tour à tour grave et sombre puis inconséquente et pétillante. Que l’on soit dans ce grand magasin (une vision répliquée de La Samaritaine) ou dans l’appartement tout crasseux de la famille Malaussène, on se sent bien dans cette rom com attachante à la sympathie merveilleuse.
au bonheur des ogres
Le merveilleux, voilà bien le genre dans lequel on pourrait ranger ce semi-ovni presque inclassable, qui a ce petit plus de proposer autre chose que du déjà-vu banalisé et balisé. Au Bonheur des Ogres marche en dehors des clous avec une gentille impertinence qui lui sied à ravir et même si le récit est conduit sans trop de surprises, la surprise est déjà là, dès le départ, dès que cette entraînante histoire se déshabille pour se dévoiler dans sa plus simple essence avec une jovialité qui roule au super bonne humeur sans plomb. Le genre de film radieux qui illumine une journée et le pire, c’est qu’il semble amuser tous ses protagonistes au point que la gaieté en devient contagieuse. Le duo Raphael Personnaz et Bérénice Béjo fait des étincelles, Mélanie Bernier fait craquer, Guillaume de Tonquédec épate, Emir Kusturica touche, les gamins amusent, Marius Yelolo suit le mouvement, Thierry Neuvic agace gentiment… Mon premier est une tentative audacieuse, mon second est un bon moment sans prétention, mon troisième est élégant et mon tout s’appelle Au Bonheur des Ogres, une bien belle réussite qui prouve que notre cinéma n’est pas mort et qu’il est encore capable d’étonner, de divertir sans s’abaisser au ras du sol, et de surprendre tout en glissant des petites choses sans pour autant emprunter des sentiers pompeux. Les puristes des œuvres littéraires noteront forcément quelques menues transgressions mais c’est bien là le lot d’une adaptation. Elle se doit de s’approprier le matériau de départ pour trouver sa propre voie. Et Au Bonheur des Ogres le fait bien et rend un hommage vibrant et vivant à sa source et à son créateur. On en terminera juste avec un coup de chapeau mérité à Bettina von den Steinen, chef décoratrice grandement responsable dans la belle allure de ce savoureux univers, tristement décédée avant d’avoir pu jouir du résultat final de son travail. Allez, place à la magie !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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