A TOUCH OF SIN de Jia Zhang-ke
en salles – critique (drame)

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21006036_20131025171007628.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 7
Carte d’identité :
Nom : Tian Zhu Ding
Père : Jia Zhang-ke
Livret de famille : Wu Jiang (Dahai), Wang Baoqiang (Zhou San), Zhao Tao (Xiao Yu), Luo Lanshan (Xiao Hui)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 11 décembre 2013 (en salles)
Nationalité : Chine, Japon
Taille : 2h10
Poids : budget N.C.

Signes particuliers (+) : En cinéaste contestataire, le chinois Jia Zhang-ke dresse un portrait terrifiant de la Chine contemporaine, véritable comète en pleine ascension économique mais payant le tribu d’un libéralisme émergeant, fracturant le pays en le menant vers une violence longtemps contenue avant d’exploser aussi brutalement que ne l’a été l’évolution du pays. Une oeuvre forte et brillante de maîtrise et d’intelligence.

Signes particuliers (-) : Quelques mineures redondances et inégalités des moments.

 

VIOLENT PORTRAIT DE LA CHINE CONTEMPORAINE

Résumé : Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l’action. San’er, un travailleur migrant, découvre les infinies possibilités offertes par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d’un riche client. Xiaohui passe d’un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes.

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L’INTRO :

Avec A Touch of Sin, le metteur en scène chinois Jia Zhang-Ke a traversé l’Asie pour se rendre au dernier Festival de Cannes. Il n’aura pas fait le voyage pour rien puisqu’il repartira avec dans sa besace, le Prix du Meilleur scénario. Mais finalement, qu’importe les prix, ils ne vaudront jamais la fierté que le cinéaste peut retirer d’une œuvre puissante et réussie, fermement ancrée dans la réalité de son temps et de sa patrie sur laquelle il appose un regard terrible et dénonciateur de ses dysfonctionnements, assumant son devoir d’artiste avec talent. Récit éclaté s’attachant à l’histoire tragique de quatre personnages dans quatre provinces de la Chine actuelle, A Touch of Sin marque le retour du réalisateur des brillants Xiao Wu, Artisan Pickpocket, Platform ou Plaisirs Inconnus. Une nouvelle œuvre forte cherchant à analyser les travers de la Chine contemporaine, une fois de plus saluée par la critique comme l’ont été ses précédentes, de 24 City à I Wish I Knew etc…

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L’AVIS :

A Touch of Sin, c’est une construction chorale à quatre histoires dont l’agencement et la mise en parallèle forme tout le sens d’une œuvre à l’intelligence asservissante en brossant un portrait élargi des problèmes structurels de la Chine. Dahai (exceptionnel Wu Jiang) est un mineur révolté par la corruption des dirigeants de son village. Il cristallise le profond harassement d’un peuple soumis aux diktats des puissants qui les dominent. San’er est un travailleur migrant héritant d’une arme à feu, et permet d’aborder un autre visage de la Chine du travail et du sentiment de rébellion. Avec Xiaoyu, le film bascule dans les villes où les riches ont cette illusion de pouvoir disposer des vies asservies des plus faibles grâce au pouvoir de l’argent. Cette thématique de la dégradation se retrouve également avec l’histoire Xiaohui qui enchaîne les boulots en dégringolant dans l’échelle sociale…

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Poil à gratter de la censure chinoise, le critique Jia Zhang-Ke aborde cette fois-ci le brutal développement économique de son pays pour en traduire les conséquences qui ne sont pas seulement le trait d’une nation en plein essor. Derrière ce nouveau modèle économique, se cache un pays marqué par une évolution à deux vitesses, creusant fossés et inégalités, nourrissant injustice, frustration et sentiment révolte. Le cinéaste est parti de quatre faits divers relevés n’ayant rien en commun et les a assemblés dans une sorte de fresque intimiste pour apposer un constat sur la croissance boulimique du modèle chinois. Au rythme d’une ascension fulgurante, l’écart entre les très riches et les très pauvres se creusent, la haine et la colère grandissent, l’indignation grimpe au rythme des chemins inversés entre ceux qui ont su profiter du boom économique et les laissés pour-compte. Ce schéma inhérent à toute société soudainement prospère n’est pas sans répercussions. La violence de cette mutation trouve alors un exutoire dans la violence physique née des ressentiments, qui devient à son tour tout aussi brutale que le calque sur lequel elle s’applique.

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Avec une intelligence d’écriture et d’approche, Jia Zhang-ke livre un véritable réquisitoire sur la violence qui gangrène la Chine moderne et l’explique en s’immergeant dans les tensions sociales qui frappent son pays. Sa fresque à quatre jambes, est un uppercut violent, frontal, saisissant, qui ne s’embarrasse pas de gants en soie pour délivrer son propos avec un tact fielleux. Radical, ce pamphlet subversif est alimenté par une rage extrême qui s’invite dans la forme là où précédemment dans son cinéma, il restait tapi dans le fond. Film brillant et tendu, parmi les expériences résonnantes les plus fortes de l’année, A Touch of Sin est une charge explosive et implacable marquant le paysage cinématographique 2013. Un pur brûlot social et politique viscéral au sujet ambitieux mais traité avec la grandeur qu’il méritait. Au-delà de quelques redondances et menues glissades lancinantes, ce virtuose exercice se confrontant à l’envers du libéralisme émergeant dans un pays marqué par le communisme, est une peinture glaciale et redoutable qui dérange autant qu’elle ne libère. Un grand film louable et admirable de maîtrise éclatante, dont le message contestataire est accroché à un vibrant hommage passionné à la Chine ancestrale, sa culture et son héritage.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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