A SINGLE MAN (critique – drame)

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note 7.5
Carte d’identité :
Nom : A Single Man
Père : Tom Ford
Livret de famille : Colin Firth (George), Julianne Moore (Charley), Nicholas Hoult (Kenny), Matthew Goode (Jim), Jon Kortajarena (Carlos)…
Date de naissance : 2009
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h40 – 7 millions $

Signes particuliers (+) : Un film délicat sur le deuil et sa complexité, posant aussi un regard doux et passionné sur l’homosexualité comme étant avant tout une affaire d’amour. La mise en scène de Tom Ford est inspirée et les comédiens prodigieux.

Signes particuliers (-) : La profusion d’effets de réal « arty » pourra en agacer certains sur la longueur.

 

L’HYMNE A L’AMOUR

Résumé : A Los Angeles, en 1962, George Falconer, professeur d’Université homosexuel, ne parvient pas à se remettre de la mort de son compagnon dans un accident de voiture. Malgré le soutien de sa meilleure amie Charley, il est inconsolable et vide…

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Tom Ford était jusqu’ici plus connu pour son travail dans le monde de la couture et de la mode. Rien ne le destinait à priori vers le cinéma à moins de ne voir dans son apparition dans Zoolander ou dans le fait qu’il ait signé les costumes du James Bond Quantum of Solace, un signe prémonitoire. Et pourtant, le designer se lance dans l’aventure en 2008 en signant son premier et unique film à ce jour, A Single Man, adaptation d’un livre de Christopher Isherwood sur la longue période de deuil d’un homme ayant perdu tragiquement son compagnon dans un accident de voiture. Le récit évoqué par isherwood et repris par Tom Ford avait cette particularité de s’attacher à une histoire homosexuelle sans jamais faire de cette particularité, une chose atypique ou singulière. Le deuil d’un amour est le même pour tous, peu importe le bord, peu importe les penchants et la douleur est la même dans tous les cas de figure.

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A Single Man fut l’une des pépites de l’année 2008, acclamé tant par la critique que par le public et auréolé de plusieurs récompenses dont de nombreux prix d’interprétation pour son comédien principal, le britannique Colin Firth, interprétant George Falconer, homme brisé ne se remettant pas de la perte de son petit-ami et grand amour, Jim. Pour George, la vie personnelle s’est quasiment arrêtée ce jour-là. Incapable de voir l’avenir, engoncé et s’enfonçant dans un passé toujours à fleur de peau, George n’arrive pas à dissocier les temporalités et n’arrive surtout pas à voir le « présent ». Pour lui, le présent, c’est la douleur du passé, une douleur à laquelle il n’arrive pas à tourner le dos malgré les soutiens, malgré la richesse de sa vie entre l’enseignement, métier dans lequel il excelle, et son amie, la belle Charley, femme quadragénaire s’interrogeant elle aussi sur sa vie, sur sa solitude, perdue et paumée. La solitude, le thème central et fort de ce A Single Man. La solitude de Charley donc, qui ne parvient pas à se stabiliser, qui ne parvient pas à se construire une vie sentimentale mais surtout la solitude de George, qui ne ressent que le vide, le manque, l’absence. Cette histoire spirituelle de dépassement du deuil, doublée d’un formidable discours en faveur de l’homosexualité que le film présente avec finesse et détachement (sa principale force) est ouvertement universelle. Et c’est justement là que A Single Man fait fort. A aucun moment, le film de Tom Ford ne marginalise l’amour masculin, ne le présente comme différent. Au contraire, en s’attachant avec justesse sur un drame universel pouvant toucher n’importe qui, du jour au lendemain, il montre bien que la perte d’un être cher peut faire souffrir tout le monde et de la même façon, que l’amour homosexuel n’a rien de différent des autres. Il implique les mêmes choses, montre les mêmes choses, fonctionne de la même manière et peut souffrir identiquement à un autre. Si la question de l’homosexualité n’est pas le thème central, pas plus qu’elle ne constitue le discours premier du film, elle a néanmoins son importance pour présenter une autre réalité peu souvent traitée et évoquée au cinéma. Si les romances brisées et/ou les décès dramatiques sont une thématique très prisée du cinéma américain (Grace is Gone par exemple), l’angle abordé par A Single Man apporte une vision différente sur le sujet. La perte d’un membre dans la structure traditionnelle et judéo-chrétienne de la famille américaine, est l’angle classique et habituel pour ce genre d’histoire. Mais Tom Ford, via le bouquin de Isherwood, montre intelligemment que la mort dans un couple homosexuel ne représente pas le même anéantissement de la « structure » du foyer que dans tout autre couple classique. Ce sera sur ce seul point que l’homosexualité sera présentée comme « différente » ou du moins, présentant une différence. Car si un parent décède dans une cellule familiale traditionnelle, la structure familiale, elle, subsiste. Le cas du couple homosexuel est exemplaire pour traduire le vide, la solitude, le désolement de celui qui reste. Car l’absence d’une structure familiale dans un couple homosexuel place ce type de relation sur un équilibre fragile et précaire. Un équilibre qui va se briser ici pour George et qui va montrer toute la douleur d’un homme désormais seul, isolé, perdu et abandonné et n’ayant que son ami Charley pour se raccrocher à la vie et au présent.

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A Single Man est de ces films indépendants américains dramatiques naviguant entre émotion et humour subtilement placé. Beau, touchant, sensible, la réussite de ce projet sur la perte de l’être aimé vue normalement et banalement du point de vue homosexuel, est indéniable et très certainement indissociable de la performance d’un Colin Firth toujours juste et sobre dans ses choix et ses interprétations. Tom Ford a recours à pas mal d’effets de mise en scène qui, même s’ils peuvent paraître parfois un peu tape à l’oeil à la longue, n’en sont pas moins intéressants. Les jeux de lumière pour commencer, le film alternant entre image froide et délavée et couleurs chaudes selon l’humeur et le ressenti du personnage principal. Une trouvaille visuelle qui apporte à l’histoire car elle permet, juste par un jeu d’éclairage, de faire comprendre une idée en se passant d’explications diégétiques. Alors certes, l’on pourra trouver que Tom Ford abuse peut-être un peu parfois de ces « trucs » de réalisation, qu’il affiche une mise en scène arty et tape à l’œil, mais dans l’ensemble, ses plans sont d’une telle beauté (la superbe séquence bleutée devant l’affiche du Psychose d’Hitchcock) que l’on peut aisément lui pardonner ses excès pour se focaliser sur la beauté, la sincérité, l’émotion et la profondeur de sa très très belle histoire.

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Pour un premier film, Tom Ford frappe très fort et révèle un talent de cinéaste insoupçonné. Si pour le réalisateur, son film transcende les questions de sexualité pour toucher une universalité totale (pour le réalisateur, le film aurait pu être le même si le couple avait été hétérosexuel) il n’en est pas moins que le choix de la sexualité de son protagoniste apporte une dimension autre à un film à fleur de peau, ancré par ailleurs dans une époque seventies délicate pour les orientations différentes. Dans tous les cas, A Single Man est un film riche, aussi bien esthétiquement que symboliquement. Quête spirituelle d’un homme cherchant à redonner un sens à sa vie, cherchant à reprendre le fil d’une existence qui s’était arrêtée, ce drame subtil est d’une belle puissance et fait preuve à la fois d’un sens artistique léché et d’une force émotionnelle tout en pudeur et en retenue, mélancoliquement lumineux et pessimiste à la fois sur le travail nécessaire du temps dans ce genre de douleur de vie.

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