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THE TAX COLLECTOR de David Ayer : la critique du film [VOD]

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Spectateurs

Carte d’identité :

Nom : The Tax Collector
Père : David Ayer
Date de naissance : 2019
Majorité : 25 novembre 2020
Type : sortie en VOD
Nationalité : USA
Taille : 1h35 / Poids : NC
Genre : Thriller

Livret de Famille : Shia LaBeouf, Bobby Soto, George Lopez…

Signes particuliers : David Ayer veut se la jouer Scarface… mais c’est raté.

 

 

LA VÉRITÉ N’EST PAS AYER

NOTRE AVIS SUR THE TAX COLLECTOR

Synopsis : David et Creeper travaillent comme « percepteurs d’impôts » pour un seigneur du crime nommé Wizard, en récupérant sa part des profits auprès des gangs locaux. Mais lorsque l’ancien rival de Wizard revient du Mexique, toute son entreprise est chamboulée, et David se retrouve à devoir protéger ce qui compte le plus pour lui – sa famille.

Six ans après l’excellent Fury, le réalisateur David Ayer retrouve son camarade Shia LaBeouf pour The Tax Collector, un thriller à la « Training Day » (sur lequel Ayer avait officié comme scénariste) qui nous plonge dans l’univers méandreux des gangs de Los Angeles à travers l’histoire de deux « collecteurs de taxes » à la solde d’un puissant mafieux qui contrôle toute la ville et ses business de l’ombre. En gros, tous les chefs de gang de L. A. peuvent mener à bien leurs « affaires » tant qu’ils paient un tribut à l’énigmatique Wizard, obscur manitou pour lequel roulent le respecté duo Creeper et David. Jusqu’au jour où un rival débarque avec l’intention de redistribuer les cartes du jeu… C’est dans la violence la plus extrême que la guerre va éclater.

Comme le dit l’adage, l’avantage quand on a touché le fond, c’est qu’on ne peut que remonter. Il y a ceux qui poussent très fort sur leurs jambes pour revenir vite au sommet d’un coup d’un seul, et ceux qui remontent plus lentement en continuant à avaler encore un peu l’eau de la piscine. C’est le cas de David Ayer. Capable du meilleur il y a longtemps (End of Watch, Fury), le cinéaste n’a cessé de s’enfoncer depuis avec le désastreux Suicide Squad ou le grotesque Bright pour Netflix. Et comme il avait touché le fond, on peut dire qu’il remonte un peu, The Tax Collector se révélant un chouia moins mauvais que ses dernières sorties. Sauf que « moins mauvais » ne veut pas dire « bon » et ce retour polar criminel hard-boiled est douloureux.

C’est d’autant plus bête qu’en soi, The Tax Collector aurait presque pu être un bon film. Ayer a la maîtrise des univers poisseux où le soleil brûlant de Californie chauffe les têtes des chefs de gang patibulaires. On le sait capable d’une nervosité cinématographique idéale pour dépeindre ces milieux violents et impitoyables. Et question scénario, celui de The Tax Collector avait le mérite de vouloir imposer un univers « élaboré » et original. Adieu les traditionnelles petites guerres de gangs et bonjour le monde d’au-dessus, le divin de la criminalité surpuissante qui règne en maître sur tout le monde depuis l’obscurité en dictant les règles du jeu. En fait, The Tax Collector aurait pu être le John Wick du thriller de gang. C’aurait pu, c’aurait dû, mais c’est justement là que le pari est loupé. Il ne va pas falloir une heure pour voir tout foutre le camp à la vitesse d’un vendeur de clopes à la sauvette quand les flics déboulent. Si les problèmes de The Tax Collector sont très nombreux, un seul cristallise à lui seul tout le foirage massif de l’entreprise de David Ayer : l’édification boiteuse d’un scénario qui ne tient pas debout sur ses gambettes.

The Tax Collector ressemble à une grande fresque criminelle que l’on aurait amputée d’une heure. Sur ses menues 95 minutes, le film n’a pas le temps de poser son univers avec consistance et crédibilité. Alors il prend tous les raccourcis qu’il trouve pour avancer au plus vite. Au risque de se perdre en chemin ou d’oublier tellement de choses qu’il en devient un modèle de non-sens. David Ayer nous expédie dans un univers fumeux aussi insaisissable qu’incompréhensible via des personnages qui sont posés là sans aucune élaboration. Tous ne sont que des pions illustrant les traits grossiers d’un scénario qui manque de développement, de qualité d’écriture et surtout de détails pour bien planter ce qu’il veut montrer et raconter. Bilan : rien ne fonctionne. Tout est abstrait, peu clair ou vulgairement sans queue ni tête. Si l’on arrive vaguement à comprendre l’organigramme de ce monde criminel, rien ne l’installe vraiment. Si l’on arrive à vaguement comprendre que ce tandem de collecteurs (Shia LaBeouf et Bobby Sotto) est redouté de tous, les scènes qui l’exposent tournent souvent au risible quand des caïds aux gueules aussi charmantes qu’un mix entre Sébastien Chabal et Mike Tyson pleurnichent comme des chocottes apeurées. The Tax Collector manque d’idées et surtout de finesse pour crédibiliser son univers. Et côté finesse, tout part encore plus à vau-l’eau quand Ayer fait entrer en piste l’éternel dilemme « famille vs boulot », traité avec une minauderie pas loin d’un épisode de télénovela. Et ce n’est que le début des emmerdes.

Outre du sens et de la cohérence, la subtilité, c’est l’autre chose qui va manquer à The Tax Collector d’un bout à l’autre. Comme quand il introduit des femmes badasso-criminelles avec une caractérisation tellement grotesque, qu’elle désamorce l’ambition de casser l’extrême masculinité des codes chers à ce type d’univers. Absence aussi de subtilité dans les dialogues, souvent affublés d’une bêtise congénitale. Absence de subtilité dans l’évolution narrative, qui se traîne les pieds dans tous les clichés et passages prévisibles obligés (pas d’angles morts, on voit tout venir de très loin façon ligne droite sur 3 kilomètres). Absence de subtilité enfin dans la globalité d’un scénario qui se voudrait ambitieux dans l’univers qu’il pose mais qui esquive constamment ce qui aurait pu lui donner du corps pour s’en tenir à un terre-à-terre exagérément simpliste.

Entre deux séquences qui posent leurs couilles sur la table (notamment quelques envolées de violence foutrement décomplexées), The Tax Collector n’a de cesse de s’auto-ridiculiser, de gâcher ce qu’il aurait pu avoir de meilleur en couplant à ses intentions de survival hard-boiled, des scènes « what the fuck » hallucinantes de crétinerie et à peine dignes du calibre bisseux (le coup du super criminel mexicain qui trucide des vierges dans des rites vaudous pour avoir le pouvoir – au secours !!). Et finalement, sans être vraiment désagréable à regarder en soi (juste très très con sur les bords et au milieu), The Tax Collector laisse un sentiment d’horrible gâchis. Les intentions étaient là mais pas les ambitions, qui se sont manifestement toutes dissipées en chemin alors que l’entreprise glissait de Scarface vers la mauvaise série B trouée de partout. Et dire que Shia LaBeouf -pas connu pour sa mesure- s’est fait (vraiment) tatouer tout le torse pour un rôle à l’arrivée aussi binaire et sous-exploité !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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