HOPE de Na Hong-jin : la critique du film

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Nom : Hope
Père : Na Hong-jin
Date de naissance : 28 octobre 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h37 / Poids : NC
Genre : Thriller, Science-fiction, Action

Livret de Famille : Jung-Min Hwang, In-sung Zo, Jung Ho-Yeon, Alicia Vikander, Michael Fassbender…

Signes particuliers : Le blockbuster de l’année !

Synopsis : Les renforts sont partis maîtriser des feux de forêt et toutes les communications sont coupées. Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante. Pendant ce temps, Sung-ki et ses amis partent à la poursuite de la bête dans la montagne mais se retrouvent eux-mêmes pris pour cible. Le malheur émane de l’ignorance. Après des avis divergents, il se transforme en une catastrophe qui touche l’univers entier.

 

LA CLAQUE DE L’EXPERT

NOTRE AVIS SUR HOPE

Entre deux drames roumain, français ou bulgare, le coréen Na Hong-jin a sifflé l’heure de la récré au dernier festival de Cannes avec son Hope, énorme thriller de science-fiction dans lequel une petite ville portuaire coréenne se voit attaquée par une mystérieuse créature. La police locale et quelques habitants tentent de défendre leur patelin des ravages perpétrés par le monstre sanguinaire et destructeur. Pour qui connaît le cinéma de Na Hong-jin, la hype ne pouvait être que folle. The Chaser, The Murderer, The Strangers. Na Hong-jin, c’est trois films, trois baffes aller-retour. Et on peut vous l’assurer, la quatrième va laisser des traces. Roller coaster absolument dément, Hope fait l’effet d’une expédition dans le tambour d’une machine à laver réglée sur son cycle le plus puissant. On en ressort plus essoré qu’une paire de chaussettes propres.

Concrètement, Hope c’est 2h45 d’une traque au monstre racontée quasi en temps réel. Un monstre que l’on ne voit pas pendant une bonne heure, mais dont on devine constamment le gigantisme par le bruit, par la fureur, par une sensation diffuse, par l’impact ravageur et mortel de ses passages aux quatre coins de la ville. Avec toute la virtuosité qu’on lui connaît (la mise en scène est littéralement dingue), Na Hong-jin nous fait cavaler dans tous les recoins de la ville, dehors, dedans, en forêt, sur l’autoroute, avec un sentiment constant d’urgence. Toujours pied au plancher, jamais le rythme ne faiblit. Il n’a pas le temps pour ça. Hope, c’est 2h45 d’une intensité hallucinante. Rarement un spectacle a pu se montrer aussi généreux. Destructions massives, fusillades dantesques, corps déchiquetés qui volent dans tous les sens (quand c’est pas une moto, une bagnole, un camion ou des troncs d’arbres), Hope transforme le cadre de sa petite ville en vaste terrain de bataille où une véritable guerre va faire rage.
Un danger guettait inévitablement le film : la redondance. Si Hope peut en effet laisser perler quelques micro-longueurs (notamment dans son dernier acte), le génie d’écriture et de mise en scène de Na Hong-jin règle vite le problème. Le cinéaste est à la fois un inventeur et un créatif. Deux termes qui, conjugués ensemble, produisent le meilleur du meilleur. D’abord, il y a son indéfectible sens de l’humour, l’une des caractéristiques de son cinéma. Malgré le ton presque horrifique, malgré les élans de gore, malgré la démonstration tonitruante d’action, le coréen arrive à faire rire. Beaucoup. Sa recette ? Soutirer une forme d’humour noir au mystère, déclencher une forme de burlesque dans le fracas du chaos. Joueur tel un équilibriste évoluant sur une fine ligne de crête, Na Hong-jin rend sa folie furieuse intensément spectaculaire et intrinsèquement drolatique. Sa manière d’iconiser des gugusses, de se moquer gentiment de la figure du héros policier, d’insérer au milieu de tout cela une ribambelle de pieds-nickelés, de surjouer certains clichés poussés jusqu’à l’extrême par pure drôlerie, Hope parvient à être par moments désopilant. Mais attention, sans jamais que l’humour n’annihile la tension. Bien au contraire, il lui donne même un rythme, un tempo, comme une soupape dictant la marche d’un moteur. Et puis il y a l’émotion, plus discrète mais surtout très inattendue. C’est là que Na Hong-jin surprend le plus, dans sa capacité à emmener le récit là où on ne l’attend absolument pas. On peut difficilement en dire davantage sans en trahir l’évolution, mais force est d’avouer que le cinéaste va chercher des pistes que l’on ne voit pas venir, des arcs narratifs imprévisibles, des rebondissements qui bouleversent les ordres établis et casse le manichéisme d’une simple bataille entre des hommes et un monstre venu d’ailleurs.

Dans le registre du blockbuster spectaculaire, Hope est un petit chef-d’œuvre prouvant -si besoin en était encore- la force d’audace du cinéma coréen. Là où le cinéma hollywoodien a cessé de nous surprendre depuis bien longtemps (à quelques exceptions près bien sûr), la production coréenne semble avoir une fraîcheur inépuisable. Et avec des artistes comme Na Hong-jin, elle n’est pas prête de décliner. Hope est une sensation constante qui impressionne d’un bout à l’autre. Entre une direction artistique somptueuse, des effets spéciaux convaincants, un sens du rythme diabolique, un scénario redoutablement malin et intelligent, une réalisation capable de pondre en rafale des plans dingues à s’en faire des noeuds au cerveau, et des acteurs formidables (Jung-Min Hwang régale en flic dépassé mais combatif, le couple américain Fassbender-Vikander humanise l’inhumain, Jung Ho-Yeon est géniale en fliquette badass), Hope est un film de monstre absolument monstrueux. Avec une question qui reste au final : qui sont vraiment les monstres de l’affaire au final ? Le plaisir est absolu mais il n’est jamais asséné au mépris d’un propos pour qui veut gratter un peu derrière le vernis d’un déluge d’action XXL. En creux de son gigantesque spectacle pop corn, Na Hong-jin glisse un regard sur le monde actuel, incapable de communiquer et préférant s’attaquer avant d’échanger. Un profond sentiment de mélancolie subsiste de Hope, film qui passe en un clin d’oeil, de l’actioner SF au portrait de la barbarie.

Au delà du vrai plaisir coupable, on s’était demandé si Hope avait vraiment sa place à Cannes, dans un festival où l’ambition est de présenter des films qui réinventent le cinéma. La réponse est oui, Na Hong-jin réinvente bien le blockbuster extraterrestre avec un oeuvre fou-furieuse renversant les codes, la table et tout le reste. Quelle claque !

 

Par Nicolas Rieux

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