ZANETA de Petr Vaclav
[Critique – Sortie Ciné]

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zanetaD6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 6 -10
Carte d’identité :
Nom : Cesta Ven
Père : Petr Vaclav
Date de naissance : 2014
Majorité : 06 mai 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Rép. Tchèque
Taille : 1h43 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Klaudia Dudová (Zaneta), David Ištok (David), Milan Cifra (Marian)…

Signes particuliers : Les malheurs de la population Roms à travers l’Europe, un sujet rarement abordé par le cinéma, auquel le tchèque Petr Vaclav se frotte pour la seconde fois.

LES TRIBULATIONS D’UNE POPULATION INCONSIDÉRÉE

LA CRITIQUE

Résumé : Zaneta lutte sans cesse et jamais ne s’essouffle. Elle est Rom. Mère d’une fillette en bas âge. En quête de travail et de dignité, elle lutte pour intégrer une société tchèque qui lui est hostile. Son quotidien se transforme en tempête quand, menacé par les usuriers illégaux et les huissiers en col blanc, son compagnon David fait le pari de l’illégalité. Elle tente tout pour l’en détourner et trouver une solution à leur infortune. Elle devra batailler pour s’en sortir. zanetaL’INTRO :

Le cinéaste tchèque Petr Vaclav appartient à cette race des « metteurs en scène miroirs », ces artistes engagés qui aiment à travers leurs œuvres, refléter certaines facettes nuancées des sociétés dans lesquelles ils évoluent et qu’ils contemplent, esquissant ensuite des portraits témoins mettant en exergue des personnages symboles auxquels ils offrent une voix pour s’exprimer, capturant des situations sociétales représentatives, dont ils se font l’écho, illustrant des maux passés sous silence, et pour lesquels ils deviennent un vecteur de parole. Avec Zaneta, le réalisateur se penche pour la seconde fois, vingt ans après Marian (1996), sur la communauté Rom évoluant dans « l’ombre visible » de son pays. Une communauté malmenée, comme partout ailleurs, coincée entre rejet, mépris et non-appartenance. Après avoir dressé le portrait d’un jeune garçon balloté de centres de rétention en maisons de correction avec son premier long-métrage, Vaclav met en scène cette fois-ci Zaneta, une jeune femme Rom mariée et mère d’une fillette en bas âge, qui se débat au quotidien avec et pour sa famille, entre recherche de travail, dettes qui s’accumulent, préjugés, haine raciale, usuriers crapuleux et conflit de couple sur fond de survie.Zaneta 6-f_jpg-q_x-xxyxxL’AVIS :

Dans une République Tchèque grisailleuse où perle le désespoir et la précarité pour une communauté à la présence non-désirée, Zaneta nous plonge dans un quotidien dur, exténuant, suffocant. Sur le papier, le nouveau film de Petr Vaclav ne fait pas rêver avec son histoire austère et dramatique sur le quotidien d’une famille de Roms qui essaie de s’en sortir dans une société hostile. Pourtant, et c’est là qu’est le beau coup, Zaneta ne manque pas d’une certaine forme de luminosité au-delà de sa noirceur. Surtout, il ne manque pas de pertinence et ne se contente pas d’accumuler les couches de désespoir jusqu’à la lie. Avant tout le récit d’un combat permanent et sans essoufflement pour composer avec une situation révoltante que l’on sent admise non sans fatalisme, Zaneta illustre avec justesse les malheurs d’une communauté faible, ostracisée, rejetée de partout, martyrisée, parfois poussée au crime faute de solutions plus nobles. Sans se montrer professoral ou moralisateur, Zaneta essaie humblement de décrypter le cercle vicieux dans lequel sont enfermés un grands nombre de Roms à travers l’Europe, pour certains désireux de travailler pour une vie meilleure mais dont les espoirs sont barrés par l’inconsidération, les préjugés et une forme de racisme pernicieux ou frontal, c’est selon. Drame social éclairé mais qui ne cherche pas le militantisme, lui préférant une forme de pudeur du langage cinématographique pour se frayer un chemin plus édifiant, Zaneta touche au but par sa sobriété, son sens de l’épure, certes archétypal de ce genre de cinéma social, mais qui a le mérite de mettre en avant sa signification sur la lutte d’une minorité à la recherche de normalité au sein d’une société malveillante. Une œuvre courageuse et intéressante, portée à bout de bras par la néo-actrice Klaudia Dudova, surprenante comédienne non-professionnelle dénichée après sept mois de casting sauvage, et qui épate par le naturel de son jeu tout en véracité clinique.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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