WALL CINÉ PICTURES n°52 : Bagdad Café, La Vengeance aux Deux Visages, The Last Movie
Ciné-club

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Au menu du ciné-club ce samedi, Bagdad Café fête ses 30 ans, le western La Vengeance aux Deux Visages, unique réalisation de Marlon Brando, et The Last Movie, le film ovni de Dennis Hopper !

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BAGDAD CAFÉ
De Percy Adlon – (1988)
Genre : Comédie dramatique – Allemagne
Avec : Marianne Sägebrecht, CCH Pounder, Jack Palance
En Blu-ray
le 17 juillet 2018

Synopsis : Après une scène de ménage Jasmin atterrit au Bagdad Café, motel minable entre Disneyland et Las Vegas. La patronne, Brenda, Noire tapageuse et insatisfaite, règne sur tout un petit monde de routiers et de personnages énigmatiques. Peu à peu, Jasmin se fait apprécier de tous et remet même le café à flot grâce à « Magic », une boite de magie avec laquelle elle monte des tours assistée de Brenda. Entre les deux femmes va naître une solide amitié.

Tout le monde (ou presque) connaît la mythique chanson I’m Calling You, mélodie emblématique du film Bagdad Café. Mais le chef-d’oeuvre de Percy Adlon ne se résume pas qu’à elle, ce serait si réducteur. En 1988, c’est un quasi inconnu qui signe en Allemagne, un petit bijou de cinéma que l’histoire va rendre éternel. Sorti discrètement en salles à l’époque, Bagdad Café va devenir un triomphe inattendu en France, avec plus de 2,3 millions d’entrées. Dans la foulée, un César du Meilleur Film Étranger. Chronique douce-amère entre le rire et l’émotion, Bagdad Café est la rencontre entre deux personnages que tout oppose, un classique du cinéma que Percy Adlon va sublimer dans le désert du Texas. Jasmin (Marianne Sägebrecht) est une femme qui vient de fuir la Bavière après une énième dispute avec son mari. Brenda (CCH Pounder) est une patronne de Motel miteux aussi bruyante que pas commode à vivre. Rien ne semble unir ces deux êtres et pourtant, une amitié hors du commun va naître entre elles. Percy Adlon impose une mise en scène singulière, déroule un scénario dont la finesse d’écriture emporte tout sur son passage, les deux comédiennes se livrent à un étourdissant numéro d’interprétation et c’est parti sur la musique de Javetta Steele… Bagdad Café est lent, contemplatif et pourtant fascinant et enivrant. Entre ses héroïnes attachantes, sa galerie de personnages fantasques et son univers hors du temps à la lisière du surréalisme, le film de Percy Adlon va nous entraîner dans une spirale poétique rétro, magnifiée par son humanisme. Pour son trentième anniversaire, Bagdad Café s’offre une version restaurée et sort en Blu-ray collector chez StudioCanal. Aux côtés du film, les commentaires audio du réalisateur et de la comédienne Marianne Sägebrecht, une visite des lieux de tournage (30 min.) et un résumé du film par Percy Adlon (25 minutes). 

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LA VENGEANCE AUX DEUX VISAGES
De Marlon Brando – (1961)
Genre : Western – USA
Avec : Marlon Brando, Karl Malden, Slim Picken
S
ortie en Blu-ray Collector le 11 juillet 2018

Synopsis : Trois truands américains braquent une banque dans un village mexicain avant d’être pourchassés par la police locale. Le premier est abattu, tandis que les deux autres, Rio et Dad Longworth, parviennent à s’enfuir. Parti chercher de l’aide, Longworth abandonne son camarade et détale avec le magot. Cerné de toutes parts, Rio est arrêté. Lorsqu’il parvient à s’évader, il n’a qu’une seule idée en tête : se venger de son ancien acolyte…

Il fut l’un des plus grands visages du cinéma du XXeme siècle, à la fois sex-symbol érotisant et comédien de génie à la palette incroyable. De Sur les Quais à Apocalypse Now en passant par Le Parrain ou Un Tramway Nommé Désir, Marlon Brando est un mythe qui aura éclaboussé plusieurs décennies de son immense talent. Mais si sa filmographie en tant qu’acteur est longue comme le bras, elle est en revanche bien plus mince côté mise en scène. C’est bien simple, en cinquante ans de carrière, Brando ne sera passé qu’une seule fois derrière la caméra. C’était pour La Vengeance aux Deux Visages, projet qui aura connu bien des difficultés avant d’exister grâce à lui. Passé entre les mais de Sam Peckinpah puis surtout de Stanley Kubrick qui devait initialement le réaliser, La Vengeance aux Deux Visages a failli de ne jamais voir le jour avant que Brando lui-même ne se décide à le diriger lui-même. Inexpérimenté, le comédien eut beaucoup de mal à en venir à bout, complètement dépassé à un poste qu’il ne maîtrisait pas. Entre surcoût et délais rallongés car Brando tâtonnait sans cesse, le film achevé était beaucoup trop long à tel point qu’il dût être drastiquement coupé, ce qui ressent par moments dans le récit. Mais malgré ses défauts, reste un western fascinant, très psychologique, très œdipien (il y est clairement question de la notion de « tuer le père »), marqué par un ton sombre et une intense beauté visuelle. C’est probablement ces éléments ainsi que sa violence et sa tension sourde qui en font une œuvre n’ayant que peu vieillie par rapport à bien d’autres westerns de son époque. A cheval entre une certaine retenue introspective et quelques excès notamment dans le sado-masochisme ambiant, La Vengeance aux Deux Visages est un western assez singulier, marginal même, dont la volonté de différence lui apporte autant de qualités que d’accrocs. Grâce à une restauration dirigée par Universal et Fimm Foundation avec le concours des cinéphiles Spielberg et Scorsese, One-Eyed Jacks (en VO) est à redécouvrir en version restaurée dans cette magnifique édition Blu-ray limitée à 2000 exemplaires éditée par Carlotta Films. En suppléments de cette belle édition collector, une présentation du film par Martin Scorsese, un jeu de photos et un fac-similé du dossier promotionnel de l’époque.

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THE LAST MOVIE
De Dennis Hopper – 1971 – 1h48
Genre : Drame – USA
Avec : Kris Kristofferson, Henry Jaglom, Don Gordon, Dennis Hopper…
Ressortie au cinéma le 18 juillet 2018

Synopsis : Une équipe de cinéma est venue tourner un western dans un village péruvien niché dans les Andes. Une fois le film terminé, tous les Américains s’en vont, à l’exception de Kansas, l’un des cascadeurs, qui souhaite prendre du recul vis-à-vis d’Hollywood et s’installer dans la région avec Maria, une ancienne prostituée. Les choses dégénèrent lorsque les habitants décident de tourner leur propre film : les caméras, les perches et les projecteurs sont faux, mais la violence qu’ils mettent en scène est elle bien réelle. Kansas va se retrouver héros malgré lui de cette « fiction »…

1969, en pleine Révolution Culturelle, Dennis Hopper sort Easy Rider, classique parmi les classiques qui contribua à élaborer les fondations du Nouvel Hollywood. Le film fut un gros succès, primé à Cannes, et Hopper était en odeur de sainteté même si Hollywood était un peu méfiant vis-à-vis de cet électron libre. Toujours est-il que deux plus tard, Universal accepte de financer son nouveau long-métrage, The Last Movie, en acceptant une chose rarissime : lui laisser le Final Cut. Hopper ne se fera pas prier et signera une œuvre aussi éblouissante que chaotique, expérimentale et libre. Mais en raison de son approche trop radicale, Universal refusera de le distribuer et abandonnera tous les droits. Dennis Hopper se chargera lui-même d’en tirer quelques copies. Le film fut un échec prévisible et Hopper mît neuf ans à s’en remettre (son film suivant, Garçonne, fut tourné en 1980). A travers The Last Movie, Dennis Hopper traduit une société américaine périclitante, qui a sacrifié ses valeurs et son histoire à un American Way of Life moderne fossoyeur. Mais si The Last Movie est une allégorie de l’innocence perdue, il est aussi un appel à la destruction du mythe hollywoodien, à la « révolution culturelle », au besoin de rompre avec les canons traditionnels vieillots d’un Hollywood à l’agonie, pour que le cinéma avance, pour que l’art progresse vers de nouvelles directions. Et pour se faire, Dennis Hopper va signer un film aux allures de trip hallucinatoire. Véritable ovni, The Last Movie est le genre de film dans lequel on entre ou pas. On peut aisément rester hermétique à cette création étrange refusant la narration chronologique et le montage classiques, et alternant film et film dans le film. Néanmoins et au-delà de sa singularité radicale, The Last Movie reste une pièce maîtresse d’une époque charnière du cinéma américain. A redécouvrir (ou à découvrir tant le film est longtemps resté invisible) à partir du 18 juillet au cinéma, en version restaurée 4K !

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Par Nicolas Rieux

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